Lassitude à Ennui-sur-blasé

Trois ans après l’Ile aux chiens et sept ans après The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson revient en octobre 2021 avec The French Dispatch, une réalisation qui émerveille autant qu’elle déçoit.

Avec le succès de pièces magistrales, Wes Anderson cultive l’exigences et les attentes. Pour la sortie de son dixième film, il n’a donc pas changé sa recette miracle : moults acteurs.trices de renom, couleurs vives, univers riches, mise-en-scène millimétrée et décors élaborés. Or, cette fois, il semblerait que la magie n’ai pas opérée.

Un synopsis fourre-tout 

Pendant presque deux heures, pour celleux qui ne s’endorment pas, Wes Anderson nous propose de feuilleter le dernier numéro d’un magazine publié à Ennui-sur-Blasé, un Paris fantasmé des années 1930 aux années 1970. Pour cela, quatre histoires différentes nous sont contées par les journalistes du French Dispatch. Nous passons sans aucune transition d’une balade dans les coins insalubres de la ville, à une critique du marché de l’Art Moderne prenant place dans une prison. Puis, Anderson nous propose une relecture de Mai 68, caricature d’une jeunesse intellectuelle avant de finir par une ode sarcastique à la gastronomie française, doté d’une superbe scène d’animation.

Une frénésie andersonnienne splendide

Une scène d’animation purement andersonnienne ©Searchlight Pictures

S’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à ce film (hormis sa bande originale étincelante composée par Alexandre Desplat) c’est bien son esthétique. Le réalisateur maitrise son sujet et il nous a fait la preuve. La photographie est superbe, Wes Anderson manie à la perfection les formes, les couleurs et les espaces. Il joue audacieusement avec la plastique de son film, offrant une direction artistique toujours plus inventive. Son excentricité le pousse à mêler théâtre filmé, passages en noir et blanc, séquence animée, faux diaporamas dans un ballet fou. Chaque scène est un tableau de maître, rythmé de sarcasmes et d’un ton décalé. 

Un casting cossu, et gâché

Pour The French Dispatch Wes Anderson n’a pas dérogé à ses habitudes : il lui faut un casting à rallonge, quitte à faire figurer Cécile de France. Inutile de nommer toute sa distribution, personne ne manque. En plus de ses acteurs.trices habituel.les comme Owen Wilson, Bill Murray, ou Edward Norton, il a décidé de faire appel à des têtes francophones. La part belle est donc faite à des artistes comme Léa Seydoux, Mathieu Amalric, Guillaume Gallienne ou encore Timothée Chalamet. Malgré ce défilé flamboyant, le jeu corseté des acteurs.trices ne dégage aucune émotion. Le rythme du film rend tous les personnages anecdotiques et ne permet d’éprouver de la sympathie pour aucun. 

Les célèbres Timothée Chalamet et Lyna Khoudri ©Searchlight Pictures

En découdre avec le scénario

The French Dispatch est un journal sans trame. L’histoire du journal est pourtant annoncée comme fil rouge, mais son occultation au fil du récit donne un sacré coup à la cohérence globale. On se perd totalement entre les histoires qui n’ont aucun lien. Pour ne rien arranger, les personnages changent de langues toutes les trois secondes. Le film enchaîne les longs dialogues incompréhensibles voire inaudibles en français grâce à des acteurs.trices, comme Léa Seydoux, qui ne prend pas la peine d’articuler.

Anderson a fait le choix de fragmenter l’intrigue pour mieux multiplier les univers et les galeries de personnages. Hélas, il n’évite pas le principal écueil des films à sketchs : il est inégal et inabouti. Wes Anderson n’a pas le temps de développer comme il se doit chacune des histoires, de présenter plus en détails les personnages si bien que le film apparait comme enchainement froid de décors et de protagonistes dénué de toute envie de suivre leurs aventures. 

Cette mosaïque dense, décousue et fort confuse nous laisse donc perplexe. Si The French Dispatch vaut le détour en tant que bijou visuel, il révèle une chose sûre : Wes Anderson n’a plus grand-chose à dire. En espérant que son prochain film, Asteroid City, retrouvera la délicatesse et les intrigues qui participaient surtout à la beauté de son cinéma.

Charlotte Vrignaud

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