Netflix et la question de l’inclusivité

Version anglaise disponible ici: https://culturexchange.fr/2021/04/11/when-diversity-is-only-screen-deep-netflix-and-the-problem-of-inclusivity/

Cet article est disponible en format audio, lu et audiodécrit par ses auteures:

Récemment, la série Netflix Les Chroniques de Brigerton est devenue l’un des plus grands succès de la plateforme de streaming. D’autres productions comme Lupin et Grand Army, se sont démarquées par leur casting inclusif. En effet, les  créations originales de la plateforme de streaming sont souvent connues et célébrées pour leur diversité. Mais dans quelle mesure leur engagement est-il sincère ?

Polémiques racistes autour des séries

Scène issue du premier épisode de la série Netflix Grand Army. © Telerama

En septembre 2020, la série Netflix Grand Army a suscité la polémique lorsqu’il a été révélé que trois scénaristes racisés ont démissionné en raison d’exploitation raciste et d’abus. 

Le 2 septembre 2020, la scénariste Ming Peiffer a cité le tweet révélant la bande-annonce officielle de la série. Elle affirme que l’une des scénaristes noires était harcelée par la créatrice de la série Katie Capiello. La scénariste a également déclaré qu’elle et les deux scénaristes noirs n’étaient pas écoutés en ce qui concerne l’intrigue. Cela pose la question de la diversité, non seulement en termes de représentation à l’écran, mais également en ce qui concerne la production des projets. Comme beaucoup de séries Netflix, Grand Army est reconnue pour la diversité raciale de son casting. Cependant, représenter différentes ethnies et sexualités à l’écran ne garantit pas que la production soit davantage progressiste. La représentation ne suffit pas toujours, il faut qu’elle soit bien faite. C’est pourquoi il est nécessaire d’engager des personnes issues de minorités dans le processus de création. Mais même lorsqu’elles sont embauchées, cela ne règle pas tous les problèmes. 

Les Chroniques de Bridgerton, série produite par Shonda Rhimes, a connu un succès mondial. Pourtant, cette série historique a suscité de nombreux débats, notamment parce que certains spectateurs étaient mécontents que des protagonistes soient noirs alors que l’histoire se déroule à l’époque de la Régence. De nombreuses personnes ont également critiqué le colorisme présent dans la série. En effet, les acteurs noirs dans les rôles principaux ont tous la peau claire. Selon beaucoup de critiques, la plupart des personnages à la peau foncée se résument à des rôles secondaires ou méchants. Le seul personnage principal à la peau foncée est Lady Danbury, jouée par Adjoa Andoh, dont certaines critiques vont jusqu’à accuser le rôle de reprendre le stéréotype de la « Mammy ». Selon l’universitaire américaine Laura Green, une Mammy est « une femme large et indépendante à la peau foncée et aux dents blanches et brillantes ». La majeure partie de son existence est consacrée à aider et à faire plaisir aux autres. Elle n’est jamais perçue comme attirante et n’a pas de vie amoureuse : « Sa tendance à donner des conseils à sa maîtresse était considérée comme inoffensive et humoristique ». Dans la série, Lady Danbury n’a pas de vie amoureuse contrairement aux autres personnages. Certains commentateurs estiment que son personnage n’a pas de fonction significative hormis celle d’endosser un rôle de mère pour Simon (le personnage principal).

Les motivations déguisées derrière la production de Netflix

Ces dernières années, l’industrie du cinéma et de la télévision a dû faire face à de nombreuses critiques sur son manque de diversité. Certains hauts dirigeants, ayant tenu des propos racistes et discriminatoires, ont été contraints de démissionner. En 2016, Netflix avait besoin de renouvellement dans la proposition de contenu sur sa plateforme. L’entreprise devait également répondre à ce que les autres plateformes de streaming comme Amazon Prime ou Hulu produisaient. En 2020, Netflix a lancé une campagne appelée «Strong Black Lead » pour soutenir des projets avec en rôles principaux des Afro-Américains. L’entreprise a également fait connaître ses efforts en matière de diversité avec un spot publicitaire lors des BET Awards le 24 juin 2020. Le spot mettait en scène les stars et créateurs de Luke Cage, Dear White People et She’s Gotta Have It, des séries prônant une meilleure représentation des minorités. Cependant, même si les efforts de Netflix pour représenter les minorités ethniques sont remarquables, ils ne sont pas suffisants. Selon une étude publiée par la guilde des réalisateurs d’Amérique en France, un syndicat professionnel de l’industrie américaine du cinéma, Netflix se classe au dernier rang parmi 10 studios concernant la diversité de ses films et réalisateurs. « Seulement 29 % des épisodes diffusés sur sa plateforme ont été réalisés par des femmes ou des personnes de couleur, contre une moyenne de 38 % dans l’ensemble du secteur », ajoute un des réalisateurs. En outre, selon une étude publiée par Netflix sur la diversité de ses films et séries, les personnages LGBTQ+ ne représentent que 4 % des rôles principaux dans les films et 1 % dans les séries. Moins de 1 % des rôles principaux des séries de Netflix et seulement 5 % des acteurs principaux des séries sont des personnages invalides, alors que, selon l’étude, 27 % de la population américaine s’identifie comme possédant une invalidité.

Daphne et Simon de la série Netflix Les Chroniques de Bridgerton. ©Netflix, 2020.

Léger décalage entre engagements et réalité chez Netflix
Alors que Netflix n’a cessé de rendre ses séries plus inclusives, la plupart de ses employés et dirigeants sont des hommes blancs. D’après l’article « First Netflix Diversity Report Shows Gains for Women, Minorities » écrit par Lucas Shaw et Emily Chang fin 2020, seulement 8% des employés de Netflix étaient noirs et 8.1% d’origine hispanique. De plus, les femmes représentent moins de 35% des emplois liés à la conception informatique dans l’entreprise. Ces chiffres montrent un réel manque de diversité au sein de Netflix, même s’ils sont déjà plus élevés que dans d’autres grandes entreprises technologiques. Cela crée un important contraste avec les engagements de Netflix concernant la diversité et l’inclusivité. Tandis qu’il prône la représentation autant que possible dans ses productions, le même crédo n’est pas appliqué au sein de ses murs. Ce n’est pas sans savoir que Netflix est avant tout un enfant du capitalisme et que son but premier est de faire de l’argent. En choisissant de prendre le parti de la diversité à l’écran, Netflix attire de nouveaux abonnés à la recherche de programmes auxquels ils peuvent s’identifier. Depuis la création de son premier contenu original en 2013, House of Cards, une série dont le casting est majoritairement blanc,  le nombre d’abonnés est passé de 34.24 millions à 204 millions en janvier 2021, d’après un rapport écrit par Mansour Iqbal dans l’article « Netflix Revenue and usage Statistics » publié le 9 mars 2021. En 2018, le nombre de productions originales Netflix s’élevait à 572 et l’entreprise a ajouté encore plus de représentations depuis. Parce que cela importe à leur public, Netflix surfe sur la vague de l’inclusivité pour atteindre encore plus de potentiels nouveaux clients tandis que le débat autour de la représentation à l’écran est à son apogée.

Rédigé par Luna, Kamissa et Lola

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :