Jean-Baptiste Moisy : « Ce que j’aime dans le cinéma, c’est le fait que les spectateurs oublient qu’ils vont mourir »

Le jeune producteur réalisateur de 26 ans s’exprime sur ses courts métrages, ses espoirs pour le cinéma français et sur la disparition du public dans les salles obscures

Êtes-vous à la recherche d’un réalisateur au climax toujours plus intense, court-métrage après court-métrage ? Alors, venez à la rencontre de Jean-Baptiste Moisy devenu producteur réalisateur grâce à son amour des histoires. En 2021, après quatre années d’études de cinéma à l’ESRA de Bruxelles, il se lance à la conquête du cinéma français en créant sa boîte de production, Providence Production, avec ses amis Hugo Pennequin et Simon Durot. Tout comme ses collègues travaillant dans le milieu du cinéma, le jeune cinéaste a cette volonté de faire revenir le public français dans les salles obscures ; un public désormais charmé par le streaming, une conséquence du confinement. Cependant, le réalisateur de 26 ans ne considère pas les plateformes de streaming comme les ennemies du cinéma ; une entente doit simplement être trouvée entre les salles obscures et le streaming. Ambitieux, déterminé et créatif, Jean-Baptiste veut réaliser des longs-métrages, détruire le mythe du corps parfait et obtenir son premier César dans dix ans. Quel est le parcours et les idées tumultueuses de ce producteur, réalisateur de talent ? Il est temps de le découvrir.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire du cinéma ? 

J’ai toujours aimé raconter et imaginer des histoires et très tôt, j’ai voulu faire des films puisque c’était la seule façon de raconter mes propres histoires. Ce que j’aime dans le métier de réalisateur, c’est que nous faisons en sorte que les spectateurs s’évadent de leur quotidien. Pendant 1h30-2 heures, ils oublient qu’ils vont mourir, ils oublient les tracas de la vie de tous les jours pour se plonger dans une histoire autre que la leur. John Cassavetes, un réalisateur, disait : « on a deux heures pour changer la vie des gens », et selon moi c’est ça notre place dans la société.

Tu as réalisé deux courts métrages : ORLOK et  Phillie’s Dinerqui sont des films de crime. Est-ce le genre de film que tu aimes réaliser ? 

J’aime les films de genre comme les films de gangster, de science-fiction, les films noir ou les westerns. Ce sont des films que j’aime regarder et que j’aime réaliser. Le point commun entre ORLOK et Phillie’s Diner est, effectivement, le crime. Pour réaliser ces deux courts métrages, je me suis demandé : qu’est ce qui nécessite d’être rapide dans la vraie vie ? Qu’est ce qui peut être raconté en dix ou quinze minutes ? C’est de là que j’ai eu l’idée de ORLOK et du braquage. Pour Phillie’s Diner, je me suis posé les mêmes questions et j’aimais l’idée d’étirer le temps et de faire que l’histoire se déroule sur toute une soirée.  

Tournage Phillie’s Diner ©Yoel
Tournage ORLOK © Hadrien Friob

Comment as-tu trouvé tes acteurs pour tes deux courts métrages ?

ORLOK a été réalisé au Luxembourg, un tout petit pays de cinéma où il y a qu’un seul site internet qui regroupe tous les acteurs du pays ; ce qui n’est pas le cas pour d’autres pays. J’ai simplement contacté des acteurs qui correspondaient à mes personnages en leur expliquant que ORLOK est mon premier film, et qu’ils ont un trait physique qui correspond au rôle que j’ai écrit. Je leur ai demandé s’ils accepteraient de jouer dans mon court-métrage et j’ai eu beaucoup de refus. Pour Phillie’s Diner, le processus était inversé, les acteurs sont venus vers moi. J’avais une plus grande équipe et j’avais la chance d’avoir un directeur de casting. On publiait des annonces sur des sites internet où on expliquait qui nous étions, quel était notre pitch, et quels types de profil nous recherchions ; nous avons reçu beaucoup de candidatures. Par la suite, nous avons fait passer un casting où nous faisions jouer une scène du court-métrage pour voir si l’acteur correspondait ou pas au rôle.

Quel était ton sentiment quand tu as dû faire passer des castings pour Phillie’s Diner ?  

Même si j’avais plus de choix pour Phillie’s Diner que pour ORLOK, le sentiment était assez similaire entre les deux films puisque l’étape du casting est l’une de mes étapes préférées. Dans le processus de création d’un film, le casting des acteurs est un moment particulier. La collaboration entre le metteur en scène et son acteur est totale, le texte prend vie ; par conséquent, le film aussi. En tant que réalisateur, quand on écrit un dialogue on le pense d’une certaine manière, et l’acteur va y apporter quelque chose que l’on n’attendait pas forcément. C’est intéressant de voir comment un acteur peut s’approprier un texte et le jouer à sa manière. L’étape du casting représente énormément de pression pour le réalisateur. Nous sommes sans cesse en train de nous demander quel acteur nous allons choisir ? Pourquoi telle personne au lieu d’une autre ? Avons-nous fait le bon choix ? 

En tant que réalisateur, que penses-tu des plateformes de streaming?

L’apparition des plateformes de streaming dans l’industrie nous interroge et nous pousse à réfléchir sur comment faire en sorte de les accueillir, sans qu’elles ne volent le public des salles de cinéma. Actuellement, on remarque que les gens vont moins au cinéma justement parce qu’ils jugent que le cinéma vient chez eux grâce à Netflix, Amazon etc. Cela m’attriste un peu parce que rien ne remplacera l’expérience d’être dans une salle de cinéma avec un public face à un écran géant dans le silence et la pénombre. Édouard Baer disait : « la salle de cinéma, c’est la chaleur humaine ». Je suis d’accord avec cette affirmation parce que c’est une expérience hors du commun et qui ne sera jamais reproduite même dans notre salon. L’avenir est incertain, mais on espère que les choses vont s’arranger. 

Les films réalisés par les plateformes de streaming sont faits pour être vus chez soi et non dans les salles obscures. Penses-tu que ces films devraient être nommés aux cérémonies de récompense ? 

Oui, car j’estime que le cinéma ne se consomme pas qu’au cinéma. Il y a tellement de films qui sont sortis dans les salles de cinéma mais que je n’ai pu découvrir qu’à travers ma télévision, et ça restait tout de même une expérience de cinéma. Je pense que Netflix et les autres plateformes ont leur place dans les cérémonies. 

Qu’aimerais-tu plus voir dans le cinéma français ?

J’aimerais voir des films de genre dans le cinéma français qui, malheureusement, souffrent de cette étiquette de ne sortir que des comédies françaises de bas de plafond, ce qui n’est pas forcément vrai. Le cinéma de genre se développe de plus belle en France et j’aimerais que ça se développe encore plus. Dans la même lignée, j’aimerais voir plus de films de science-fiction ainsi que de gros blockbusters qui manquent à l’appel.

En tant que membre de la nouvelle génération de réalisateurs, as-tu cette volonté de changer le paysage cinématographique  français en incluant plus de diversité ?  

Oui, j’aimerais mettre en avant des physiques lambda. Dans les films d’aujourd’hui, nous voyons souvent soit le corps de la femme parfaite, soit le corps de l’homme avec les abdominaux. J’aimerais casser cette image en prenant des physiques que l’on trouve dans la vie de tous les jours, et en essayant de faire en sorte qu’il y ait moins de pression sociale pour coller à cette image complètement parfaite, parce qu’en réalité personne ne l’est. 

As-tu un dernier mot pour la fin ? 

 Il est important d’aller voir les films dans les salles de cinéma, retournez en salle. 

Entretien mené par Precillia Ngoumela Djenabou 

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