L’appel de détresse de Maëlle, ou celui de milliers d’étudiants en France

Maëlle, étudiante à Sciences Po, a publié le 31 octobre 2022 une vidéo sur TikTok dans laquelle elle se confie, en larmes, sur ses difficultés financières. Devenue rapidement virale sur les réseaux sociaux, sa vidéo reflète en réalité la situation précaire de milliers d’étudiants en France.

Le 10 novembre 2022. Des étudiants faisant la queue pour obtenir des colis alimentaires de la part de l’association Linkee.  LP/Philippe de Poulpiquet

Maëlle pousse un cri de détresse. Elle dénonce les aides du CROUS, jugées trop insuffisantes pour vivre, ainsi que le surmenage généré par des heures de travail intenses pour pouvoir payer les factures.  

Le CROUS s’appuie en fait sur les revenus des parents afin d’établir l’échelon de la bourse. Néanmoins, ces derniers ne sont pas toujours en mesure d’aider leurs enfants, c’est pourquoi, de nombreux étudiants sont contraints de concilier études et travail à la fois.   

Après deux années de lutte contre la crise sanitaire, les étudiants poursuivent un autre combat afin de survivre. Selon une enquête menée par l’association Linkee, en 2022, 43% des étudiants sauteraient des repas pour des difficultés financières, tandis que deux sur trois vivraient avec seulement 50 euros une fois les factures payées. La précarité étudiante, accentuée avec la crise sanitaire en 2020, reste un fléau croissant en France, et l’inflation actuelle ne fait qu’envenimer la situation. Entre l’augmentation du prix des loyers, des denrées alimentaires …  L’UNEF annonce une augmentation annuelle de 6,47 % du coût de la vie étudiante, soit 428,22 euros en plus cette année !

Si à ce jour, les étudiants sont déjà rongés par la précarité, qu’adviendra-t-il d’eux, lorsque la crise économique se généralisera et sera plus dramatique ? A ce stade, étudier ne sera plus un droit, mais un second choix. Etudier deviendra un luxe et un privilège accordé aux plus aisés.

Face à la médiatisation de la précarité étudiante, lors de la crise sanitaire, et à son issue, le Gouvernement français a mis en place des mesures pour aider les étudiants à sortir de la précarité : augmentation de 4% des bourses, prime de rentrée et d’inflation de 100 euros …  Toutefois, ces mesures sont jugées déficientes par les syndicats étudiants, dont l’UNEF, puisqu’elles ne résolvent pas les problèmes financiers des étudiants et sont exclusivement versées aux étudiants boursiers.

D’autre part, il est essentiel de mentionner une autre forme de précarité étudiante touchant cette fois les femmes : la précarité menstruelle. Selon une enquête publiée par l’organisation étudiante la FAGE en 2021, 1,7 million de femmes n’ont pas les moyens de se procurer régulièrement des protections périodiques tandis qu’un tiers des étudiantes nécessitent une aide pour s’en procurer. Face à l’urgence de la situation, le Gouvernement, a annoncé en février 2021, l’accès gratuit aux protections hygiéniques uniquement pour les étudiantes, ce qui permettrait de réduire les dépenses de presque 10 à 15 euros par mois, selon les chiffres de la CAF.

Le 16 mars 2021. Des étudiants se mobilisant à Paris contre la précarité. BERTRAND GUAY / AFP

« Nous sommes nombreux à souffrir pour étudier, pour survivre ».

Sarah, étudiante en master de communication à Paris, témoigne de sa situation et raconte les difficultés financières et sociales qu’elle affronte depuis son arrivée en France.

« Je suis étudiante étrangère originaire d’Algérie. Je suis arrivée en France en 2017 afin de poursuivre mes études et ça n’a jamais été simple de s’installer à Paris. Avec la rentrée universitaire, les résidences universitaires et le CROUS se retrouvent saturées et avec une énorme liste d’attente. Pour ma part, j’ai trouvé un logement au bout de 6 mois, par manque de disponibilités et car je n’avais pas un bon garant. Sans bourse et sans garant on risque de ne jamais trouver de logement …

A mon arrivée en France, j’ai été hébergée chez une amie de la famille, mais au bout d’une semaine, on vous fait sentir mal à l’aise et on essaie de vous dire qu’il est temps pour vous de partir. J’ai été également hébergée chez des inconnus car je n’avais pas de famille à Paris. Il m’est arrivé aussi de dormir plusieurs fois dehors ou dans des hôtels.

Comme je ne perçois aucune aide financière, je dois travailler pour pouvoir me nourrir et avoir un toit. Je travaille 18h par semaine exactement, ce qui me permet de gagner 660€ par mois, mais ce n’est pas suffisant … Mon loyer s’élève à 550€ par mois. Heureusement, je reçois une APL qui m’aide à payer une partie de mon loyer. Mais en ajoutant les factures de téléphone, d’électricité, d’internet, les courses et les frais d’inscription universitaire, il ne me reste plus rien, je ne peux pas faire d’économies.

Malgré mes faibles revenus, j’ai tout de même la chance de manger à ma faim sans bénéficier de colis alimentaires. Cependant, je ne peux pas tout me permettre et je me prive souvent de plusieurs aliments, ce qui affecte ma santé. En plus, l’inflation actuelle ne fait qu’empirer la situation. Je dois calculer attentivement et minutieusement chaque dépense, même consulter un médecin ou un professionnel de santé devient secondaire !

Chaque année, je rencontre toujours les mêmes problèmes et les mêmes difficultés, et les plus contraignantes sont celles relatives au titre de séjour. Quand il expire, je me retrouve sans le moindre document qui justifie ma présence en France. Et sans autorisation de travail, je ne peux pas continuer à travailler ni à obtenir l’aide au logement de la CAF.

Face à l’urgence de la situation, j’ai pu obtenir une fois une aide financière du CROUS pour payer mon loyer et mes factures.

Nous sommes nombreux à souffrir pour étudier, pour survivre. Malgré les appels à l’aide, le Gouvernement n’apporte pas les solutions nécessaires pour améliorer notre situation. J’espère vraiment que les étudiants seront entendus et que des mesures concrètes seront prises pour leur permettre d’étudier dans de meilleures conditions. N’oublions pas qu’ils sont l’avenir de la France. »

DAFA Insaf

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