Aïda Dahmani, photographe: entre la rue et le studio

Autodidacte et passionné d’art visuelle, Aïda Dahmani partage sa vision de la photographie, équipé de son argentique.

C’est l’histoire d’une fille curieuse et d’un appareil argentique poussiéreux. Armée du Leica M6 de son père, maintenant devenu sien, Aïda Dahmani capture les scènes de son quotidien. Le sujet principal de ses clichés: l’être humain. À travers son objectif, que ce soit en studio ou en extérieur, elle laisse libre cours à sa créativité et à sa vision d’artiste. Une vision que l’on peut voir à travers les clichés documentaires des manifestations Black Lives Matter à Paris du 2 juin 2020 ou encore celle de grands noms du rap français et international (comme Laylow, Central Cee et Maes). 
Entre photographie, direction artistique et design graphique, Aïda Dahmani, confit comment ses passions et son intérêt pour l’image et les arts visuelles l’accompagne dans tous les aspects de sa vie.

Mariama Camara: Tu es souvent présentée avec l’intitulé, Lauréate 2020 de la Bourse de la nouvelle photographie urbaine soutenue par Google, comment as-tu découvert l’existence de cette bourse étant donné que tu es la première lauréate ?

Aïda Dahmani: Je ne me suis pas du tout inscrite à cette compétition. L’histoire est simple, j’étais en vacances dans le sud avec mes parents quand j’ai reçu un appel de Jean-François Leroy, l’organisateur du festival international de photojournalisme Visa pour l’image. Il m’a informé que je faisais partie des cinq finalistes pour la bourse de la nouvelle photographie urbaine. Parmi les quatre autres, il y avait Marvin Bonheur, Émilie Désir, Ilyes Griyeb et Cebos Nalcakan. Je pense que dans un souci de vouloir attirer un public jeune, et renouveler leur public, Visa pour l’image à créé cette collaboration avec Google et Dysturb. À la clé, 8 000 euros et un réseau de contact mis à disposition du gagnant à utiliser à sa guise. Quelque temps après le premier coup de fils j’en reçoit un deuxième : « félicitations ! Tu as gagné. Ça serait bien qu’on se rencontre et que tu viennes chez Google ». C’est ainsi qu’en juin 2022, j’ai pu exposer mes photos en plein air sur une fresque de 12 mètre, 81 Quai de Valmy. Faut savoir que je n’ai pas fait d’école de photo ou des études directement lié à la photo, je suis donc très fière de cette opportunité. Néanmoins, je pense que l’intitulé de la bourse peut être revu.

Qu’est-ce la photo urbaine ? Ce n’est pas parce que l’on prend en photo des noirs et des Arabes que cela doit forcément être étiqueté comme de la photo urbaine. 

— Aïda Dahmani

M. C: Comment en es-tu venu à shooter à l’argentique ?

A. D: J’ai toujours voulu faire un métier en rapport avec le visuel, l’image. J’ai commencé avec du design graphique pour ensuite me dirigé vers de la directrice artistique (DA). Je suis aussi passée par le cadrage et le montage vidéo. Pour l’argentique l’histoire commence avec mon père, qui est amateur de photographie. Toute ma vie, j’ai vu cet objectif exposé chez moi qui prenait la poussière. Un jour, curieuse, je lui demande la référence. Il me répond : « C’est de la pellicule. Ça ne marche pas, ce n’est plus de notre temps ». Mais il me donne tout de même la référence, un Leica M6. Je fais quelque recherche sur l’appareil. J’apprends que c’est le meilleur appareil en ce qui concerne le photoreportage, de par la discrétion de l’appareil, et de la simplicité du système de mesure qui permet de shooter un peu à l’aveugle même si c’est un manuel. À vrai dire, je n’aime pas employé le terme de “meilleur”. Je ne pense pas qu’il devrait y avoir de hiérarchie d’appareil photo. Selon moi, le meilleur appareil photo est celui avec lequel tu es le plus à l’aise. J’ai commencé avec des appareils point-and-shoot et des jetables pour me faire la main. Après ce ne qu’après quelques mois que j’ai me suis lancée avec le Leica. Je l’utilise encore. Voilà comment j’ai commencé.

M. C: Si tu avais à choisir, quel serait ton appareil favori ?

A. D: Tout dépend du contexte. Par exemple mon Leica, je vais plutôt l’utiliser en vacances, dans la rue, quand je vadrouille ou encore dans certains shootings. Dans le contexte d’une soirée, en concert, j’aime bien utiliser mon Olympus AF-10 mini. Il est parfait pour les endroits à faible luminosité, je n’ai besoin d’appuyer que sur un bouton. En ce moment, j’aime bien le moyen format. J’utilise beaucoup mon Mamiya, la haute définition donne un bon rendu en studio. Etant en studio je suis posée, je peux prendre mon temps. 

M. C: Penses-tu faire preuve du même processus créatif quand tu vadrouilles, si je reprends tes mots, et quand tu shoot en studio, dans un contexte professionnel ? 

A. D: Ce que je recherche dans la photo avant tout, c’est la spontanéité, l’authenticité. Quand je shoot en studio avec une production, je vais toujours aller chercher ce moment candide. Je vais essayé de capturer ce regard, une pose, une attitude. Je ne pense pas que c’est quelque chose qui s’obtient sur commande, cela ne prévoit pas. Ce sont des éléments que je recherche indépendamment de l’environnement dans lequel je suis.

M. C: Yard, qu’est-ce c’est ? 

A. D: Yard est une entreprise qui opère comme un média, une agence de pub et une boite de production. Yard media est le pôle en charge de faire des articles, des documentaires et des interviews. Avec Yard Agency, nous faisons de la stratégie de communication pour des marques et des campagnes. Et le pôle événementiel, fonctionne comme une boîte de production événementielle. Les trois pôles peuvent être opérés simultanément sur un projet si le besoin s’en fait sentir. Yard possède également un angle associatif : Yard School, qui a comme moto “Ce que la conseillère d’orientation ne t’a pas dit ”. Yard School permet aux jeunes de 18-25 ans de rencontrer des professionnels du monde de la culture en passant par la musique, la mode, le sport et d’autre. Ils ont par la suite l’occasion de mettre en pratique ce qu’ils ont appris dans la première partie lors des ateliers organisés après la rencontre. Nous voulons montrer aux jeunes qu’il y a d’autre métiers que musicien dans le monde de la musique ou sportif dans le monde du sport. 

M. C: Au-delà, du fait que cela soit un studio de création collectif, comment
décrirais-tu Jdid Club ?

A. D: Avant d’être un studio de création, le Jdid Club, c’est un groupe d’amis. Nous nous aidons mutuellement sur nos projets. Venant toutes de milieux différents : la mode, le journalisme, la musique, la photo, la vidéo, nous avons décidé de centraliser nos forces pour faire des projets qui nous tiennent à cœur. C’était avant tout un prétexte pour faire des projets que nous aimons et de mettre du sens dans ce que nous faisons. C’est essentiellement pour nous exprimer à notre manière et travailler avec des personnes que nous trouvons légitime. Nous somme conscientes qu’étant des femmes toute issues de la diaspora maghrébine, nous véhiculons un certain message qui inspire, que nous le voulions ou non. Et donc toujours dans une optique d’entraide, pour l’un de nos prochains shoots, nous comptons prendre des jeunes qui veulent en apprendre sur notre travail ; un peu comme des stagiaires d’une journée, pour leur montrer l’envers du décor.

Éditorial pour @akagiclub, production de @jdidclub. À l’argentique (120mm) © Aida Dahmani  

Numéro Mars/ Avril 2021 de Gazelle Magazine avec les membres du collectif Jdid Club (de droite à gauche): Lyna, Taqwa, Imène, Aïda, Nesrine, Katia, Chahinaz

M. C: Quelles difficultés rencontres-tu travaillant dans un milieu créatif ?

A. D: Être confronté au manque d’idée. En tant que D A, mon rôle est d’établir un univers, une atmosphère unique pour la marque ou le projet. En allant des lumières au choix des angles, tout doit être pris en compte. Je dois constamment me nourrir de références visuelles. Il arrive que de se retrouver à court d’idée. Mais travaillant dans une agence, j’ai la chance d’être entouré d’une équipe, qui me permet de m’en sortir. Une autre difficulté, c’est la confrontation avec les clients. Une idée sur laquelle l’équipe à travailler peut ne pas plaire au client. On se retrouve donc à devoir justifier nos idées créatives et prouvée que nos choix font sens. C’est un aspect qui peut toucher au moral, mais ce sont les aléas du métier donc nous faisons fait avec. 

M. C: Te verrais-tu exposer ton travail, similairement à ta fresque ? 

A. D: Oui, j’aimerais bien faire une expo et un livre. Mais je ne veux pas me précipiter et tout faire trop vite. Cela ne fait que trois ans que je fais ce que je fais. J’attends d’amasser du matériel avant de me lancer dans un projet d’exposition ou dans un livre. De plus, je ne me vois pas exposer avant d’être retournée en Algérie prendre des photos. Je veux que ma première exposition soit une rétrospective de mon travail et de moi en tant qu’artiste, d’où l’envie d’inclure mes origines.  

M. C: Comment décrirais-tu Aïda la photographe en miroir à Aïda la directrice artistique ?

A. D: C’est une question compliquée… Aïda la photographe, prône la spontanéité avant tout. Une majorité de mes projets liés à la photo n’était pas forcément prévue à l’avance. Les photos de ma fresque par exemple, sont des projets personnels. Elles (les photos) ont vu le jour de manière impromptue. En comparaison, Aïda la DA est beaucoup plus calculée et réfléchie. C’est mon espace professionnel, je dois prendre d’autres facteurs en compte lorsque je prends des décisions. Dans ce cas, c’est le professionnalisme qui prône. Mais dans les deux instances, j’apporte ma touche personnelle. C’est de l’art dans les deux cas.

Retrouver les différentes photographies d’Aïda sur son compte Instagram: @Aida Dahmani

— Propos recueillie par Mariama Camara

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