Un bel hommage à la culture aborigène

La célèbre peintre contemporaine Sally Gabori voit ses œuvres personnelles exposées à la Fondation Cartier.

Un peu de couleur pour égayer l’automne. Pour la première fois en Europe, une grande exposition dédiée à l’œuvre de Sally Gabori a pris place à la Fondation Cartier à Paris.

Elle rend hommage à l’artiste, décédée en 2015 sur l’île de Mornington. Découverte en 2013 lorsque ses travaux sont sélectionnées pour la 55ème Biennale de Venise, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes peintres contemporaines australiennes.

La Fondation nous présente une série d’œuvres géantes qui célèbrent la communauté aborigène de Sally et son île d’origine. 

Voici ma terre, ma mère, celle que je suis.

Sally Gabori

L’emplacement de la Fondation Cartier pour ce type d’exposition semblait parfait. Si on veut penser les tableaux de Sally Gabori comme une sorte d’“ode à la nature”, rien de mieux que d’en profiter au milieu d’un jardin.

L’architecture du bâtiment qui se place en son centre permet de jouer avec l’extérieur et surtout d’avoir un espace lumineux lorsqu’on se situe au rez-de-chaussée. L’exposition sur deux étages est relativement courte, ce qui permet de bien digérer l’ensemble du contenu présenté sans avoir mal à la tête.

La rétrospective se compose d’une trentaine d’œuvres qui peuvent atteindre des proportions monumentales. Certaines ont été réalisées en collaboration avec des femmes de sa famille, dont ses filles et sœurs.

Un guide donné à l’entrée rend compte des contextes historiques de l’œuvre de Sally et de sa vie. Belle idée qui nous évite de nous retrouver avec des textes minuscules et trop denses sur les murs de la galerie.

Il n’y a pas vraiment de sens de visite, les réalisations sont classées par thème et rangées par salle. Libre à nous de nous déplacer à notre bon vouloir et de revenir sur nos pas.

Sally Gabori – Le monumental diptyque Mirdidingkingathi Juwarnda –  ©PhotoThibaut Voisin.

C’est en lisant l’ensemble de notre précieux guide avant la visite, en comprenant la dimension historique, que l’on devient sensible à ce qu’on a sous les yeux. Dans ce cas particulièrement, on ne comprend pas l’oeuvre sans l’histoire de la femme.

Sally Gabori ne découvre l’art pictural qu’à l’âge de 80 ans. Appartenant au peuple Kaiadilt, qui vivait sur l’île de Bentinck au nord de l’Australie, elle est préservée longtemps de la culture occidentale. En 1944, la communauté n’est composée que de 125 personnes. Suite à une catastrophe climatique sur l’île, elle est exilée sur l’île de Mornington par une mission presbytérienne. Elle se voit alors obligée de rompre avec sa culture et ses traditions.

Ce n’est que 30 ans après qu’elle pourra revenir temporairement sur sa terre natale, après que la législation australienne reconnaîtra les droits territoriaux aborigènes. L’attachement à son île ne disparaîtra jamais.

C’est en 2005 qu’elle commence à produire ses œuvres toujours colorées, allant de tons très bruts à de doux pastels, pour exprimer ses liens à l’archipel.

D’apparences abstraits, les tableaux représentent en réalité les côtes de son île natale, et des références à sa vie, sa famille, sa communauté.

Souvent, le noir incarne les pièges à poisson qu’elle utilisait pour pêcher. Les rouges, rose, corail, aussi très présents, peuvent symboliser la mer, les bas fonds, les cours d’eau.

Sally peint naturellement, comme cela lui vient, sans influence. Sa communauté aborigène n’avait aucune forme d’expression graphique, elle n’a eu que très peu d’inspirations artistiques. Elle a ainsi pu créer un style à part.

On se laisse absorber par les immenses tableaux à l’apparence simple mais aux millions de petits détails. Loin des cadres académiques, l’art de Sally Gabori nous permet de nous évader à sa façon.

Un site internet dédié à Sally Gabori permet de retracer toutes ses œuvres en les plaçant sur une carte interactive. Il est ainsi possible de les revoir ou bien les découvrir depuis que l’exposition s’est clôturée le 7 novembre dernier.

Bachimont Carmen.

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