Pablo et Maya: entre fascination et voyeurisme

Jusqu’au 31 décembre 2022, le musée Picasso accueille une toute nouvelle exposition consacrée à Maya-Ruiz Picasso, première fille de Pablo Picasso, qui peint une relation puissante et décuplée.

Par la peinture, par la sculpture, par des ébauches de dessins, Pablo Picasso ouvre les
possibles artistiques pour témoigner de sa fascination envers sa fille aînée Maya-Ruiz (Maya). Une exposition à la fois déroutante et captivante, se tenant au musée Pablo Picasso à Paris jusqu’au 31 décembre.

Le peintre habituellement attiré par des représentations de corps, de bustes, de visages, de mises en scènes laisse place à un Pablo Picasso paternel, débordant d’amour pour sa fille. Autour de ses œuvres, les illustrations de Maya se font une place, de son plus jeune âge jusqu’au début de son adolescence.

Des scènes de vie de l’enfant y sont montrés, lorsqu’elle joue avec ses petites voitures ou encore avec sa poupée. Elle peut être en train de poser ou en mouvement. Les portraits dessinés de sa fille prime dans l’exposition, comme si le peintre analysait minutieusement chaque détail de son enfant. Comme s’il était hypnotisé par son sujet.

Maya bébé avec sa mère (gauche) et Maya petite fille (droite). ©Laurent P

Ce magnétisme de l’enfance et de sa fille est saisissant. Peindre son propre enfant
redéfinit la façon de concevoir l’art pour Picasso.

La colorimétrie de ses tableaux change, ils comportent des touches beaucoup plus colorées et lumineuses en comparaison à d’autre de ses créations. Sa fille illumine sa vie, et il le fait transparaître dans son travail. L’aspect fugace de Picasso dans ses œuvres fait de lui un peintre en constant renouveau artistique et technique. Il joue avec tout, s’amuse avec tous les sujets et toutes les formes. Cette exposition en est la parfaite représentation.

Sur un même sujet, comme ici sa fille, il peut déployer différents supports de production, que ce soit le dessin, la peinture, la sculpture, les écrits ou encore les photographies, créant ainsi une mouvance artistique unique et remarquable.


Son statut de père lui permet d’accéder à cette intimité, mais entraine une fascination à la limite de l’obscène


Néanmoins, son statut de peintre de renom ne doit pas enfouir certains aspects qui peuvent sembler douteux. La vision presque hypnotique que porte Picasso sur sa fille peut paraître surprenante, voir même indiscrète.

Maya dans ses tableaux n’est souvent pas vêtue, ou très peu. Son statut de père lui permet d’accéder à cette intimité, mais entraine une fascination à la limite de l’obscène où le corps de son enfant ne deviendrait que représentation artistique et symbolique.

Cette ambiguïté peut laisser le spectateur dans une position délicate, où il ne sait pas s’il peut s’extasier devant la beauté de son art ou s’il doit s’en offusquer. Si tout moment intime entre une mère et son enfant ou entre l’enfant et soi-même se doit d’être représenté. D’une certaine manière le spectateur pénètre dans ces instants intimes et devient voyeur de la scène, comme le fait Picasso en les représentant.

La limite dépassée permet cependant la création d’œuvres extrêmement riches, d’où le caractère complexe du travail de Picasso qui joue à la lisière de ce qui peut être acceptable ou non. Aller voir cette exposition permet ainsi de se faire sa propre idée sur son travail.

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