Les communautés LGBTQI+ mises à l’honneur à l’Institut du Monde Arabe

Le centre parisien dédié à l’aire moyen-orientale et maghrébine donne la parole à plus d’une vingtaine de créateurs·ices qui viennent questionner les notions de genre, de sexualité, d’arabité.


Esthétique, intime, fière : c’est ce que l’on peut retenir de l’exposition Habibi, les révolutions de l’amour.
Longtemps invisibilisée voire taboue, la culture queer arabe fait l’objet d’une exposition pour la première fois à Paris. Conçue en coopération avec le webzine queer My Kali réunissant près de 20 000 abonné·es sur Instagram, elle donne la parole à des artistes arabes de la communauté LGBTQI+, loin du trauma porn* et des mythes autour de la sexualité et de la masculinité arabe.  

La diversité des points de vue permet aux visiteurs de comprendre la complexité des vécus de ces artistes et la poésie dont sont empreintes leurs amours. La première salle nous plonge directement dans cette intimité sensuelle, d’abord avec les nus colorés et touchants de l’iranien Alireza Shojaian.

Avec différentes installations dont l’innovante “chambre” du duo libanais Jeanne et Moreau, on s’immerge dans la vie privée des créatrices. Le lit y est utilisé comme support de projection et un iPhone nous est laissé à disposition sur la table de chevet. On y découvre leur vie en photos, les manifestations massives de 2019 au Liban mais aussi la vie nocturne beyrouthine. Les paroles du personnage principal du film court Out of the Blue, projeté de l’autre côté de la pièce, résonnent : “J’ai choisi de me choisir, impossible de plaire à toute la Terre.

750m² d’exposition offre une rare plateforme d’expression à des artistes gays, transgenres et queers de la diaspora arabe. © Benoit Gaboriaud

En descendant dans la seconde salle, l’éclairage néon mauve et la musique nous immergent dans l’ambiance d’une boîte de nuit. Ici, art visuel et art digital viennent mettre en valeur une esthétique qui insiste sur son caractère arabe. Pour l’artiste Riddikuluz, le but est de contredire l’idée selon laquelle “les queers arabes devraient choisir entre leur culture et leur identité sexuelle/de genre”.

Le clou du spectacle reste l’installation Ballroom, une salle circulaire où est projetée une performance du danseur oriental The Darvish. En fond sonore, on entend un morceau du groupe libanais Mashrou’ Leila, devenu porte-drapeau des communautés LGBTQI+ arabes en étant le premier groupe ouvertement gay au Moyen-Orient. 

Ballroom, la très festive installation audiovisuelle qui clôture une visite haute en couleurs. © Héloïse Daniel

A la différence de ce semble prétendre le titre, il est difficile de comprendre le parallèle entre les révolutions de 2011 (puis 2019 au Liban) et l’expression des identités LGBTQI+. On peine ainsi à saisir les contextes propres aux pays d’où les artistes parlent, tantôt issu·es du monde arabe, tantôt de la diaspora. En réalité, l’exposition promeut une plus grande visibilité et représentation queer-arabe dans les arts et dans la société, ce qui constitue déjà une révolution en soi dans une région marquée par un conservatisme culturel et religieux. 

Et c’est précisément ce qui rend l’exposition d’autant plus innovante. Elle ne se pense pas comme un énième exposé sur les conditions de vie des communautés LGBTQI+ dans le monde arabe mais bel et bien comme un espace d’expression des expériences, des émotions propres à chaque artiste invité.


* trauma porn : expression qui désigne le phénomène d’exploitation artistique des souffrances d’une communauté, marquée par une fascination excessive et une hyper-représentation de la violence

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