« Boundary Hunt » : un entre-deux mondes  

A l’honneur pour ces deux prochains mois, l’exposition photographique de Toshio Shibata nous plonge dans un univers borné où nature et infrastructure se côtoient.

« En art point de frontière ». Et pourtant, le photographe Toshio Shibata nous dévoile une exposition aussi étonnante qu’harmonieuse sur le thème des « frontières ».

Un sujet à l’intersection entre le naturel et le matériel. Présentés à la Galerie Polka du 11 novembre 2022 au 11 janvier 2023, les tirages réalisés par le photographe entre les années 2000 et 2004 jouent avec le thème de l’infrastructure pour mieux le sublimer.

S’étant emparé d’une technique photographique caractéristique de son début de carrière, l’utilisation du film Polaroid type 55 offre un rendu inattendu. Permettant une impression d’images à la fois négative et positive, ce procédé est apte à produire des agrandissements de l’image.

En résultent, non seulement, une bordure particulière qui orne chacune des 30 œuvres exposées. Mais aussi, le nom de l’exposition « Boundary Hunt », la bordure étant une matérialisation artistique de la frontière. Au croisement de la photographie et du dessin, l’exposition se démarque ainsi pour son hybridité surprenante.

Hypnotisme et texture dans le monde immersif de l’artiste.  Kanna Town, Gunma Prefecture, 2003 ©Toshio Shibata

Allant des décors urbains japonais aux terres américaines, les clichés partagent deux principaux motifs : ceux de la texture et des lignes épurées. Fractionné, divisé et courbé, le monde de Toshio Shibata est géométriquement ordonné.

Une perfection quasi irréelle qui peut surprendre. Témoin opportun du monde contemporain, l’infrastructure est devenue le leitmotiv privilégié de l’artiste pour décrire l’implantation progressive du monde urbain. Et ce, depuis 1979, date à laquelle il décide de revenir au Japon après avoir suivi une formation en Belgique à l’Académie royale des beaux-arts de Gand.

C’est à ce moment-là que la bétonnisation des paysages l’interpelle et marque son changement inopiné de cadre de travail. Lui qui avait jusqu’alors privilégié la représentation de paysages naturels et colorés.

Un devoir de réflexion, donc, qui rejoint les mots de l’artiste lui-même :

« J’étais en quête d’une sorte de beauté […] cet équilibre très subtil entre l’homme et la nature. »

Toshio Shibata

Suivant un fil conducteur imaginaire, les photographies semblent ainsi nous conter une histoire. Celle d’un paysage capturé à la manière d’Ansel Adams, exempté de toute présence humaine.

Mais aussi, un angle assumé qui rejoint les natures mortes de Paul Cézanne, une influence majeure pour le photographe japonais. Représenter l’insignifiant est d’ailleurs l’impulsion première de son travail : « Comme lui, je photographie des motifs sur lesquels on ne s’arrête pas. ». 

La lecture des œuvres prend dès lors l’aspect d’un dialogue avec le spectateur. Tel un appel à l’harmonie, ces clichés aux accents mélancoliques nous appellent à repenser l’infrastructure comme terrain d’entente : un doux mélange entre nature et artifice.

Une nouvelle perception du panorama contemporain qui interroge sur l’artificialisation massive des villes et des campagnes.

« Boundary Hunt » : une exposition à découvrir sans plus tarder pour porter un nouveau regard sur nos paysages urbains.

Andrea DE WULF

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