« Paris et nulle part ailleurs », portrait d’une capitale de l’art perdue à la croisée des mondes

A contre-courant d’une historiographie qui donne la belle part de la création artistique d’après-guerre à New York, l’exposition Paris et nulle part ailleurs revient sur cette période d’effervescence créative aux forts accents cosmopolites qui s’étale 1945 à 1972 … à Paris.

Paris et nulle part ailleurs, c’est l’histoire de vingt-quatre artistes de diverses origines qui peignent le portrait d’un Paris vécue au moment où 60 à 65% de ses artistes actifs sont des immigrés.
« Exil forcé », « hybridations », « opacité du monde » et « langage universel », l’exposition se divise en quatre parties qui sont autant de sentiments constitutifs de l’âme de celui qui choisit une ville cosmopolite comme nouveau foyer.

« S’attarder sur le passage d’artistes à Paris donne toute leur ampleur aux notions de circulation et de transferts culturels »

L’essence des œuvres des vingt-quatre artistes s’explique par la nature de leur passage dans la Ville-Lumière, et des expériences qu’ils en ont faites. De l’expatriation au métissage culturel, en passant par la réaction et la construction d’un nouveau langage.  

Pendant près deux heures, sur un parcours prévu dans les galeries du deuxième étage du Palais de la Porte Dorée, musée national de l’immigration, le visiteur se livre à une projection de soi un demi-siècle en arrière, dans la peau de l’artiste immigré, et dans celle du spectateur contemporain.

S’attarder sur le passage d’artistes à Paris donne toute leur ampleur aux notions de circulation et de transferts culturels. L’exposition vise clairement à expliciter les motifs, les conditions et les conséquences éventuelles des séjours décisifs d’artistes étrangers à Paris. Elle vise également à analyser en profondeur l’internationalité culturelle et les raisons de ces séjours — à la fois politiques, esthétiques, artistiques.

« L’esprit de Paris n’apparaît, hélas, qu’en filigrane sur de petites vignettes au nombre réduit et isolées de l’essentiel de l’exposition que sont les biographies des artistes immigrés. »

Dommage toutefois que l’exposition n’ait pas plus insisté sur les lieux de sociabilité et de construction de l’identité cosmopolite de la ville. Avec par exemple des anecdotes ou des citations plus propres aux conditions typiquement parisienne de la création artistique.

Même si les événements politiques d’après-guerre (décolonisation, fuite des régimes totalitaires, etc…) expliquent majoritairement ces flux, il aurait été bon de rappeler que beaucoup des artistes qui viennent à Paris à cet époque le font pour des raisons liées aux bourses d’Etat et à la réputation avant-gardiste de la ville.

Dans ce cadre, les académies et écoles d’art y constituaient d’intenses lieux d’échanges tant l’énergie qui les animaient se faisait l’écho d’un idéal de création artistique. La question de l’atelier comme un espace indépendant de la société et des institutions aurait dû se poser. Mais aussi celle de la perception de la capitale par les artistes étrangers, et finalement des décalages entre cette perception des lieux de l’avant-garde et leur réalité.

Le nom de l’exposition évoque à la fois la certitude : on est à Paris, et l’incertitude : on est nulle part ailleurs. Ce qui est à paris, ce sont les gens. Ce qui est nulle part ailleurs, ce sont leurs origines, leurs cultures, leurs inspirations et finalement, leur art. Ainsi, l’esprit de Paris n’apparaît, hélas, qu’en filigrane sur de petites vignettes au nombre réduit et isolées de l’essentiel de l’exposition que sont les biographies des artistes immigrés.

On aurait préféré être à Paris justement car les œuvres présentées n’auraient jamais pu être créée ailleurs, finalement, nous sommes à Paris parce-qu’on on est partout, c’est-à-dire, nulle part.

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