«Something Is Going On Here», la sérénité d’un quotidien en pleine guerre.

L’exposition du photographe russe Alexander Gronsky revient sur la représentation de ses concitoyens en pleine invasion Ukrainienne. Sémiologie d’une image.

Un blanc de quiétude en plein cœur des ténèbres de la guerre. Du moins c’est l’image qui en est dressée par Gronsky, qui dépeint le quotidien de ses concitoyens russes vivant dans la capitale Pro Kremlin. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a inspiré Alexander Gronsky à nous livrer un regard sur son peuple, en apparence calme et pourtant rempli d’agressivité.

L’image met en lumière une ville russe recouverte de neige, où l’on aperçoit des individus vêtus de vêtements d’hiver très colorés, on perçoit également des enfants joués. L’image dégage une certaine gaieté, des enfants courent, des adultes sourient et ce blanc omniprésent donne le sentiment de paix et de sérénité qui s’abat sur la ville.

Néanmoins, cette neige imposante recouvrant la ville et la végétation entière,  inspire un sentiment plus ou moins troublant, comme un moyen de nier la perception traumatisante de la réalité extérieure.

Le choix de la couleur n’est pas fortuit, la ville aurait pu être recouverte de végétation verte ou bien d’un sol gris à la suite d’une pluie, mais elle est recouverte de neige blanche, évoquant intuitivement la vie, la paix, l’innocence… et elle est la couleur par opposition au noir symbolisant la tristesse, le deuil, la mort.

On perçoit à peine la grisaille du sol, quelque peu mise en évidence par les enfants. L’extrapolation de cette omniprésence du blanc ne viendrait-elle pas souligner un sentiment de culpabilité inconsciente ?

Pourtant même le blanc peut cacher une forme de noirceur, cette éclatante blancheur est d’une profonde agressivité pour les yeux. Cette agressivité est elle aussi omniprésente, nos regards ne peuvent y échapper.

Devrions-nous aussi s’attarder sur les quelques arbres présents dans cet océan de blancheur. Ils sont dénués de feuilles, dénués de vie. Peu nombreux mais occupent une place qui attise notre curiosité.

Au second plan, nous percevons les bâtiments des paysages urbains qui se distinguent de la partie centrale. Leur rôle semble marquer la frontière entre le premier plan et le second qui est autre que l’espace d’habitation. Ces bâtiments semblent anciens, leur présence apparaît comme des ruines abandonnées de la modernité, mais pas encore détruites.

Le sentiment de vide nous anime lorsque l’on observe ces bâtiments. Paradoxalement, l’agressivité permanente au premier plan s’estompe à l’arrière-plan, en d’autres termes seules les ruines abandonnées sont aisément perceptibles et nous permettent de se concentrer sur leur sens et symbolique. Ces bâtiments qui semblent peu importants pour les individus noyés dans cet océan blanc sont ceux qui attirent le plus notre attention.

Des bâtiments qui font écho à une sombre réalité que les joyeux habitants semblent avoir laissé derrière eux. La modernité connaît-elle des limites ? Ou bien se résume-t-elle à l’esthétique ? 

Anais Mokrani

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