La danse au secours de la liberté

Soleil de nuit fait partie d’une longue série de posts Instagram parlant de la représentation de la Guerre Froide dans le cinéma américain. Plusieurs films sont mis à l’honneur pour mettre en exergue les différentes périodes de la Guerre Froide : de son commencement en 1947 à la chute du rideau de fer en 1991 en passant par la crise des missiles à Cuba en 1962. Le film retrace l’histoire d’un soviétique et d’un américain que tout oppose avant qu’ils ne soient réunis par leur art.

Mikhail Baryshnikov et Gregory Hines en train de s’entrainer à danser. ©Box Office Mojo

Danser pour apaiser les tensions. Soleil de Nuit de Taylor Hackford est l’histoire d’un danseur étoile soviétique, Nicolaï Rodchenko, qui a fui l’URSS pour les Etats-Unis. Alors qu’il se rend au Japon, son avion a un problème et atterri dans une base sibérienne. Durant l’atterrissage, Rodchenko détruit ses papiers d’identité. Blessé à la tête, il doit être soigné dans une infirmerie. Il est reconnu par un colonel du KGB, Chaïko, qui ne lui pardonne pas d’avoir fui l’URSS pour les Etats-Unis et le retient en Sibérie. Il est placé sous la surveillance de Raymond Greenwood, vétéran traumatisé de la guerre du Viêt-Nam. Ecœuré par le traitement réservé aux vétérans par les Etats-Unis au retour de la guerre, ce dernier la fuit pour l’URSS. Si au début tous les opposent, la danse – véritable exutoire – va les réunir.

Le film est sorti en 1985 en pleine Guerre Froide. A cette époque, le monde est divisé en deux blocs hostiles. L’URSS, à l’Est, qui est une dictature communiste où les habitants n’ont ni le droit de sortir sans autorisation ni le droit de constester le régime. Leurs faits et gestes sont surveillés. De l’autre, côté, l’Ouest aussi appelé le « Monde Libre ». Il représente un système politique et économique libéral. Il s’agit d’un système démocratique. 1985 marque également un tournant dans la politique soviétique. Le Président de l’URSS, Gorbatchev, ouvre la politique vers l’extérieure et engage des discussions avec les Etats-Unis. Bien que sa politique soit remise en question par les conservateurs soviétiques, ses réformes – bien qu’une partie d’entre elles soient des échecs – vont aboutir à la fin de l’URSS en 1991 et « réchauffer » les relations avec l’Ouest.

La relation entre les deux protagonistes au début du film représente l’hostilité des deux blocs à une particularité près : chacun défend le pays de l’autre. Rodchenko connait la dictature depuis toujours. Il ne la supporte plus. Il a soif de liberté. Grâce à son travail, il a l’occasion de travailler dans le Monde Libre, notamment aux Etats-Unis, pays libre mais aussi symbole d’aversion pour les soviétiques. Rodchenko a fui chez « l’ennemi » ce qui explique le traitement rude que le KGB lui incombe lorsqu’il se fait capturer à l’aéroport. De l’autre côté, Greenwood est un vétéran de la guerre du Viêt-Nam. Cette guerre – qui a duré de 1955 à 1975 – a été particulièrement traumatisante pour les soldats. Elle est décrite par beaucoup comme une véritable boucherie et la majorité des combattants sont revenus avec d’importantes séquelles psychologiques. Quand ils sont revenus, ils ont été délaissés par le gouvernement américain. Beaucoup ont sombré dans la dépression, la misère et la dépendance dans l’indifférence générale. C’est ce que met en exergue Greenwood au début du film lors d’un débat houleux avec Rodchenko. Rodchenko reproche à Greenwood de ne pas reconnaitre la chance qu’il a d’être né dans un pays libre où il a le droit de s’exprimer. Il estime que son comparse américain ne connait pas la répression. De son côté, Greenwood reproche à Rodchenko de se faire avoir avec l’image du rêve américain qui est selon biaisée et fausse. Il estime que les Etats-Unis se servent de ses citoyens lorsqu’ils en ont besoin et les oublient une fois le travail terminé. Il raconte ses déboires et estime que cela aura pu être évité si son Gouvernement ne l’avait pas laissé tomber. Chacun fantasme le pays de l’autre. La relation entre les deux personnages est une représentation des relations – froides – entre les deux blocs.

Si de prime abord, tout oppose les deux héros, quelque chose va les réunir : la danse. Rodchenko est un danseur étoile mondialement reconnu. Greenwood est un excellent danseur de claquettes. La danse s’avère être un véritable exutoire pour les deux comparses. Elle leur permet de réchauffer leur relation. Une amitié nait entre eux. Si on ne peut pas parler d’amitié entre l’URSS et les Etats-Unis, la fin des années 1980 et le début de la fin des années 1990 marquent la fin de la Guerre Froide. Les relations entre l’Ouest et l’Est se réchauffent à l’image de la relation entre les deux protagonistes.

Pour découvrir davantage de posts, rendez-vous sur le compte Instagram Dr. Cold Movies.

Laura Marty

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