Cinéma : la virtuosité du plan-séquence

Quoi de mieux qu’une séquence en one-shot, sans cut, pour illustrer la compétence technique d’un.e directeur.rice.s photographie ?

Une fois la caméra allumée, aucun retour en arrière possible. Parfois en travelling, parfois immobile, le plan-séquence consiste en une prise de vues unique se déroulant dans plusieurs lieux reliés les uns aux autres. Cette dimension d’omniprésence imprègne directement la cinématographie d’un film d’une certaine majestuosité, mais cela demande beaucoup de travail. Le plan-séquence est loin d’être un choix anodin pour l’équipe technique d’un film, car il demande énormément de travail.

Dans Last Night in Soho, un film d’Edgar Wright réalisé en 2021, Eloise (Thomasin McKenzie) se retrouve chaque nuit propulsée dans les années 60, dans la peau de Sandie (Anya Taylor-Joy). Au milieu du film, le chef opérateur Chung-hoon Chung signe une scène de danse effrénée filmée en plan-séquence. Ce qui est particulièrement surprenant dans cette prise, c’est que le personnage de Matt Smith passe d’une partenaire à l’autre. En effet, Eloise et Sandie sont censées être la même personne, deux femmes qui ne font qu’une. Et pour retranscrire cette notion, peu d’effets spéciaux ont été utilisé : la chorégraphe Jennifer White a proposé 6 mouvements de body-swap, tous utilisant des Texas switches (lorsqu’il y a un échange d’actrices avec un travail dissimulant la transition). Matt Smith a ainsi déclaré « qu’une grande partie des astuces visuelles ont été réalisées en nous cachant, en essayant de courir derrière la caméra et de ne pas être dans le plan, puis de ressortir et de faire en sorte que les choses fonctionnent. », comme on peut d’ailleurs le voir dans ce making-of.

Matt Smith et Anya Taylor-Joy sur le point de démarrer leur danse du diable © Universal Pictures

Un autre exemple, celui de Pieces of a woman scénarisé par Kata Wéber et réalisé par son mari Kornél Mundruczón en 2021. La scène d’introduction suit un accouchement en plan-séquence, pendant 24 minutes. Elle commence avec les premières douleurs de Martha et se termine avec l’arrivée d’une ambulance. Le directeur de la photographie Benjamin Loeb a choisi de tourner la scène à l’aide d’un stabilisateur. Il voulait un mouvement fluide et ininterrompu afin d’illustrer que l’accouchement est un processus auquel on ne peut se soustraire une fois qu’il a commencé. Bien qu’il se soit entraîné physiquement à l’avance afin d’avoir la force de porter la caméra, le tournage a tout de même eu des répercussions négatives sur sa santé. En plus d’être une prouesse technique, les conséquences d’un plan séquence sur les personnes impliquées ne sont pas à prendre à la légère. Mais le résultat final en vaut souvent la peine.

Shia LeBeouf et Vanessa Kirby en plein milieu d’une scène interminable ©  Little Lamb

Lucie Chiquer

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