Algérie, nous avons tous une histoire à révéler

L’histoire de l’Algérie continue à remplir des livres. Mais elle ne s’arrête pas à son indépendance. Au contraire. Avoir vécu en Algérie, avant ou après la guerre, c’est avoir quelque chose à raconter.

Être né dans les années 90 en Algérie, c’est quoi ? C’est d’être entouré par l’histoire. Celle qui appartient aux personnes ayant vécu l’horreur de la guerre, l’espoir de l’indépendance, l’ère des révoltes populaires, et enfin, la terreur de la décennie noire. Avoir la vingtaine en Algérie, c’est aussi grandir avec les récits d’héros et d’héroïnes de la guerre tels que Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad ou Hassiba Ben Bouali. Aujourd’hui, leurs visages ornent les nombreux murs d’Alger tandis que leurs noms désignent des rues, des places et, souvent, des écoles. C’est dans ce monde-là que j’ai évolué.

Soldats de l’armée de libération nationale. © Collection Kharbine Tapabor

Ma mère est née à Tizi Ouzou, en Kabylie. Elle est issue d’une famille de combattants: son père était adjudant dans l’armée de libération et l’un de ses oncles était résistant pendant la guerre d’Algérie. Avant de se retrouver dans les rangs des combattants en 1954, il était engagé dans l’armée française. Là-bas, il reçoit un entrainement militaire qui dure deux années. Quand la guerre éclate, il doit choisir son camps. Ma mère n’a jamais connu son père qui a été tué quelques mois avant sa naissance. Comme l’Algérie indépendante, elle est née en 1962. Elle témoigne l’évolution du pays: l’arabisation de tous les systèmes étatiques, le printemps berbère, la décennie noire, les attentats, les révoltes, les manifestations… Ma mère, ma grand-mère, mes grandes tantes et mes oncles me racontent donc l’Algérie. Celle que je ne connais pas.

Être né à Alger pendant le décennie noire, c’est échapper à la terreur, mais pas complètement. Le 11 avril 2007 à 10h45, alors que j’étais dans la cuisine, je ressens une forte vibration de la pièce. J’entends le bruit d’une explosion mais j’étais persuadée que c’était un tremblement de terre. Je me rappelle très bien de ce jour, c’était un mercredi et je n’avais pas cours. De peur que cela se reproduise, je suis sortie de l’immeuble. Assise sur un trottoir, je fixais des yeux l’édifice en face de moi. Plus tard, j’apprends que ce n’était pas un tremblement de terre, c’était un attentat terroriste. Le commissariat de police de Bab Ezzouar, dans la banlieue d’Alger, a été attaqué par trois voitures piégées qui explosent à l’entrée. D’autres attaques ont ciblé le palais du gouvernement au centre de la capitale. Les attentats ont fait 33 morts et 222 blessés.

L’Algérie fête un an de Hirak. Photo prise à Alger Centre par Ryad Kramdi Agence France-Presse

Après de nombreux printemps, l’uns plus sombres que d’autres, c’était au tour de notre génération de vivre son propre printemps, celui du Hirak. Le mouvement populaire algérien débute en février 2019. Dans les principales villes du pays, dont Alger, 800 000 personnes sont sorties manifester ce jour-là. Les Algériens se donnent rendez-vous tous les mardis et vendredis. Le 8 mars 2019, j’ai pu assister à cette grande fête qui regroupait hommes et femmes dans les rues d’Alger Centre. On chantait, on dansait, on criait haut et fort « Vive l’Algérie ! »

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