Pasolini: une figure qui “arriva par le scandale et “par qui le scandale arriva”

L’œil “enragé” du réalisateur italien Pier Paolo Pasolini reproduit à l’écran des oeuvres cinématographiques engagées qui visent le spectateur en tant que citoyen civil. Sa volonté de se détacher des mouvements fascistes et, plus tard, néolibérales, crée une réalité parallèle dite poétique où les plus faibles et les plus pauvres deviennent l’exemple chrétien à suivre. 

Pier Paolo Pasolini ©ArteMagazine

2 novembre 1975, Ostia, près de Rome, un corps ravagé et mutilé. La scène qui nous apparait devant les yeux est violente et glaciale, la vision insupportable: la mort du cinéaste italien Pier Paolo Pasolini provoque la même réaction de ses films. Considéré par l’écrivain Alberto Moravia comme un “poète civile”, sa vie est construite sur une mise en scène permanente qui lui permet de dénoncer, avant tout, le contexte bourgeois italien et, ensuite, la société néolibérale des années 60.

Sa formation universitaire dans la ville de Bologna, riche des idéologies communistes, marque sa vision du monde qu’il projette dans les films qu’il réalisera plus tard. Son diagnostic de la réalité sociale désigne la bourgeoisie comme “pas un mal, mais LE mal”. Avant d’être écrivain et scénariste, Pasolini a été un homme de plume, un véritable poète qui prend son inspiration de son expérience directe. Ses héros sont souvent issus de la classe prolétaire qu’il découvre pendant son séjour dans la capitale italienne. Dans “l’Accattone” ,”Una vita violenta” ou “Mamma Roma” le faubourg romain devient le fond d’une mise en scène atypique qui a comme but de créer un “cinéma qui utilise la réalité pour parler de la réalité”. Bernardo Bertolucci, ami de Pasolini et son assistant pendant le tournage de l’”Accattone”, déclare : “J’ai assisté à la naissance d’un metteur en scène mais aussi du cinema, il a inventé un nouveau langage”. Les images deviennent des vraies icônes: un simple paysage se fait porteur d’un message plus profond. L’influence des plus célèbres artistes italiens de la Renaissance comme Giotto ou Piero della Francesca aident Pasolini à recréer une perception de la réalité proche à un état d’épiphanie. Le divin devient donc une thématique récurrente dans les réalisations du cinéaste italien. En 1974 Pasolini ne se présente pas au festival de Cannes. L’opinion publique le traite d’hérétique: ses films crient au scandale. L’engagement politique de Pasolini se traduit dans la représentation d’un Christianisme au sens social du terme. Le moral de fond s’appuie sur les valeurs chrétiennes bibliques; les derniers seront les premiers en est un des exemples.

“je suis un narcissique qui a un amour errant pour moi-même”

Pier Paolo Pasolini

Son combat contre la nouvelle société consumériste des années 60 se traduit dans des productions qui visent à recréer une réalité poétique. Sa plus grande crainte est de se rapprocher à une vision commerciale. Elsa Morante, écrivaine de succès, épouse d’Alberto Moravia et amie de Pasolini, se prete au rôle de critique en l’empêchant souvent de reproduire ce style qui ne lui appartient pas. Les productions pasolinéennes ne sont qu’une science de récit qui fabrique à la fois un cosmo et une langue en commun. La réalité populaire s’oppose à une bourgeoisie qui apparait comme fictive. La différence entre le haut et le bas crée un choc moral où la disparition complete de l’amour dans le monde fait du personnage d’un jeune garçon sans métier un homme exceptionnel. L’analyse de Pasolini devient une critique ouverte à la société italienne et à sa construction hiérarchique. Son mépris pour le parti fasciste et la société néo-libérale donne naissance à son dernier chef-d’oeuvre: “Salò ou les 120 journée de Sodome”. Son brutal assassinat en 1975 et la sortie de ce dernier film la même année forment un lien indiscutable qui a été sujet de plusieurs enquêtes.

Celui qui se définissait comme “ un véritable diable” n’a a pas pu s’empêcher jusqu’à la fin. Sa vision utopique et, en même temps atypique,  de la réalité sociale divise et provoque. Une chose est certes: Pasolini a dévoué sa vie à la divulgation des vérités difficiles, quelquefois en faisant beaucoup de bruit. Et tout le monde, on le sait, aime bien le silence. 

Greta Guerini

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