Joséphine Baker : la maman arc-en-ciel

À l’occasion de la panthéonisation de la star de la « Revue nègre », le 30 novembre 2021, Radio France rediffuse son documentaire consacré à la vie de la diva où nous passons au-delà des paillettes et découvrons une mère prônant la fraternité universelle.

Soyons honnêtes, la première image qui nous vient en tête lorsque nous pensons à Joséphine Baker est l’image d’une femme noire, nue, dansant avec une ceinture de banane. La chanteuse de J’ai deux amours était bien plus qu’un stéréotype colonial. Sa vie était rythmée par de nombreux combats et ses actions durant la Seconde Guerre Mondiale sont en elles-mêmes évocatrices de son audace. Elle a défendu une France qu’elle aimait de tout son cœur, elle était la diva des divas, la militante des droits civiques en marchant notamment aux près de Martin Luther King lors la Marche sur Washington en 1963. Mais on ne mentionne que rarement qu’elle était juste « maman » pour les enfants de la tribu Arc-en-ciel.

La France pour Joséphine c’est la main tendue vers le bonheur pour sortir de la ségrégation et de la misère aux États-Unis. Même si elle a un début difficile à Paris, elle va réussir à conquérir le cœur des Parisiens et des Français et cela va durer toute sa vie.

Charles Onana, journaliste
Joséphine Baker habillée et maquillée pour un de ses spectacles ©lencrenoire

Née en 1906 aux États-Unis dans un environnement ségrégationniste baignant dans la pauvreté et la misère noire, Joséphine Baker avait très peu de chance de devenir l’icône des années folles en France. Et pourtant, la France l’accueille sous les projecteurs du fantasme colonial des années 20 et son énergie trépidante, son allure décomplexée, fascine une société française sortie de la guerre et en quête de liberté. Longtemps avant Bardo, Baker s’habille en jupes courtes, montre son corps à qui le veut et est toujours à la recherche du prochain scandale. Son succès est triomphant, tant dans la danse, que dans le chant ou le cinéma et elle se place ainsi sous les feux des projecteurs d’une société qui l’idolâtre. Une société qu’elle aidera lors de l’occupation Nazi. Dès 1940, la chanteuse rejoint les services secrets de la France Libre, et récolte ainsi des informations entre la France et l’Afrique du Nord. Des informations qu’elle dissimule dans ses partitions de chant et cache dans son soutien-gorge. Ses actions lui vaudront de recevoir la médaille de la Résistance au lendemain de la guerre. Une preuve que Joséphine Baker n’avait aucune limite.

Les gens qui venaient pour la première fois aux Milandes devaient écarquiller les yeux car à l’entrée du village, il était proclamé sur une très grande pancarte : « Bienvenue aux Milandes, capitale du monde et de la fraternité universelle »

Jean Claude Bouillon-Baker, l’un des fils adoptifs de Joséphine Baker
Joséphine Baker avec ses enfants adoptifs au château des Milandes ©l’Humanité

Une information très peu répandue sur cette femme de caractère est que cette dernière ne pouvait pas avoir d’enfant; notamment à cause d’une infection qu’elle attrape en 1941 lors d’un voyage en Afrique du Nord. Avec son quatrième mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon, elle adopte au gré de ses tournées 12 enfants aux quatre coins du monde et les élève en Dordogne dans le château des Milandes. Selon le journaliste Charles Onana, Joséphine Baker ne comprend pas pourquoi un État ne peut pas réussir à rassembler les gens sur le même territoire qui sont d’origine diverse et variée. Elle a une vision de la vie très simple, pour elle, on peut tous vivre ensemble dans le bonheur, sans se soucier de la couleur de peau.

Dans le château, il y a dix garçons et deux filles : Akio et Janot, adoptés au Japon,  Jari adopté en Finlande et Luis en Colombie. Le couple Bouillon-Baker adopte par la suite deux enfants français de l’assistance publique, Jean-Claude et Moïse, puis Brian et Marianne venant d’Algérie. Il y aura également Koffi venu d’Afrique de l’Ouest, Mara, un Amérindien du Vénézuela, Noël et la dernière Stellina, abandonnée à sa naissance en France par une amie marocaine de Joséphine Baker. Tous les enfants sont élevés dans le respect de leurs origines et des religions que Joséphine leur attribuait.

Le couple transforme le domaine des Milandes en centre touristique et n’hésite pas à médiatiser la vie de la tribu Arc-en-Ciel. Le château des Milandes devient ainsi le berceau de la fraternité universelle.  À la fin des années 1950, le parc recevait 300.000 visiteurs par an.

Ce n’était pas une maison, ce n’était même pas un château, pour nous c’était un lieu un peu magique

Jean Claude Bouillon-Baker
Joséphine Baker avec l’un de ses enfants ©French Girl in Seatle

Malheureusement, les aventures de la tribu arc-en-ciel se terminent au bout de quinze longues années. Le couple a dû vendre le château en 1969, à cause du mode de vie trop coûteux de la diva. En médiatisant sa vie aux Milandes, Joséphine Baker espérait que son expérience serait suivie et que des tribus arc-en-ciel se multiplieraient avec des enfants de couleurs, religions et origines différentes. Une expérience qui fut un échec puisque ce type d’expérience ne s’est jamais répandu.

Même si aucun des enfants de Joséphine n’a continué l’expérience de la tribu, huit des douze ont eu des enfants sans adoptés, ils en gardent un excellent souvenir. Ils ont connu l’aventure Joséphine Baker ce qu’il fait qu’ils sont soudés et unis à vie. Aujourd’hui leur mère est au Panthéon et est ancrée à jamais dans l’histoire de Paris.

Precillia Ngoumela Djenabou

Sources :

Fraysse, R. (2021). JOSÉPHINE BAKER, ARTISTE, RÉSISTANTE, FÉMINISTE ET EMBLÈME DU PARIS DES ANNÉES FOLLES . Récupéré sur Paris Zig Zag: https://www.pariszigzag.fr/insolite/histoire-insolite-paris/josephine-baker-artiste-resistante-feministe-et-embleme-du-paris-des-annees-folles

Denéchère, Y. (2021, 23 novembre). Joséphine Baker, sa «tribu arc-en-ciel» et la fraternité universelle. Récupéré sur Pariscosmop: https://pariscosmop.fr/josephine-baker-tribu-arc-en-ciel-fraternite-universelle/

Garrigou-Lagrange, M. (2021, 27 novembre). Joséphine Baker (1906-1975), une artiste très engagée. Récupéré sur RadioFrance: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/rediffusion-josephine-baker-1906-1975-une-artiste-engagee-9427873

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