Amy Winehouse : une rebelle si fragile

Avec sa voix de contre alto hors pair, l’interprète anglaise chantait les risques de l’amour, ses déboires et ses blessures. Sa carrière connait une ascension fulgurante 2005. Malgré son talent reconnu, les mauvaises rencontres et les drames feront sombrer l’artiste dans une spirale infernale qui conduiront à son décès le 23 juillet 2011. A l’occasion des 20 ans de la sortie de son premier album Frank, retour sur le parcours d’une chanteuse au talent immense.

La star a un concert en 2007. ©CNews

Un génie brisé par la vie. La chanteuse – née en 1983 à Londres – a écoulé des millions d’album à travers le monde. Elle a été révélée en 2003 grâce à son premier album Frank vendu à deux millions d’exemplaires. En 2006, elle sort Back to Black qui s’écoule à plus de 11 millions d’exemplaires et la propulse sur le devant de la scène musicale internationale. L’artiste utilise la musique pour parler de ses souffrances. Elle rafle 6 Grammy Awards en 2007. A partir de 2008, son image se ternit. Problèmes d’addictions, mauvaises fréquentations : l’artiste devient l’ombre d’elle-même. Peu connaisse qui était réellement la chanteuse et le calvaire qu’elle a vécu. Loin de l’image des tabloids britanniques, retour sur la vie et la personnalité de l’artiste.

Une chanteuse à la personnalité singulière

La chanteuse est décrite par ses proches comme une jeune femme pleine de vie, souriante et un peu timide. Elle a un côté garçon manqué. La jeune fille a très tôt conscience de son caractère bien trempé.  « Quand elle était petite, Amy aimait faire des listes de manière obsessionnelle. Des expressions qu’elle employait pour se décrire c’était ‘je parle fort’, ‘je suis brillante, audacieuse, sauvage, spontanée, j’ai de l’imagination et je suis directe genre pan dans ta gueule » confie sa mère Janis Winehouse dans son livre Loving Amy (2014).

Gil Gang – qui l’a rencontré quand elle avait 17 ans lors de la session d’enregistrement de My Own Way sorti à titre posthume en 2018 – se rappelle d’elle comme une femme « directe » qui avait écrit en gros sur son jean au marqueur noir « Sinatra, c’est Dieu ». Elle connait bien le jazz, ce qui est rare pour une jeune femme de son âge. « Chez sa grand-mère, Cynthia, elle écoutait toute la journée des airs de jazz : Frank Sinatra, Ella Fitzgerald, Sarah Bone. A la maison moi je m’étais souvent Carol King et James Taylor dont j’étais fan », témoigne Janis Winehouse. Amy sort de l’ordinaire et se démarque des autres chanteuses des années 2000 par un univers musicale bien à elle.

En 2003, elle sort Frank – en référence à Frank Sinatra. C’est à partir de ce moment-là qu’elle commence à se forger son look qu’on lui connaitra par la suite. Au fil des années, elle commence à se coiffer avec une choucroute sur la tête et se fait de gros traits d’eye-liner. Pour son look, elle s’inspire de sa grand mère paternelle Cynthia qui a une forte influence sur elle. La chanteuse commence à se faire des tatouages qui sont en quelques sortes « la bande dessinée qui raconte les grands moments » de sa vie, raconte Pascal Louvrier, auteur d’Amy Winehouse, no limits. En 2006, à la sortie de Back to Black, la transformation est terminée. Le personnage Amy Winehouse est né. Un personnage peut-être créé pour fuir ce qu’elle était mais qui a fini par l’étouffer.

Amy Winehouse avec sa choucroute et ses gros traits d’eye-liner qui sont sa marque de fabrique. ©TFI Info

Une vie ponctuée de drames

En dépit de son talent, la vie de l’artiste est ponctuée d’épreuves et de drames qui vont la faire sombrer petit à petit. Alors qu’Amy n’a que neuf ans, son père quitte le domicile conjugal. L’absence de son père dans sa vie d’adolescente est une première cassure pour la jeune femme. « Quand son père décide de quitter le domicile familiale, ça explose tout et Amy qui est une jeune fille précoce, extrêmement sensible qui adore son père… Cette jeune fille perd le principal repère. A partir de là, elle va commencer à devenir […] hyperactive, violente, qui est virée de l’école. Tout va s’enchainer. », témoigne Pascal Louvrier. Une rébellion qui est une manière pour la jeune femme meurtrie de s’exprimer.

Cette rébellion est accompagnée d’une incroyable souffrance qui lui font repousser ses propres limites. « Elle repousse les limites de son corps notamment avec la série de tatouages qu’elle va se faire faire. Elle est boulimique, elle martyrise son corps véritablement, elle se fait vomir, elle devient anorexique», témoigne Pascal Louvrier. Au début des années 2000, alors que sa carrière commence à décoller, la chanteuse est confrontée à une deuxième épreuve : sa grand-mère dont elle est très proche tombe malade. « C’est quand la santé de sa grand-mère paternelle, Cynthia, a commencé à décliner et que la mienne n’était pas au mieux que le bateau familial a commencé à tanguer. C’est le moment qu’à choisi ma fille pour s’enfoncer dans l’autodestruction […] Elle a […] cherché quelqu’un à qui raccrocher pour lui apporter du réconfort mais elle est tombée malheureusement sur ce garçon, Blake Fielder Civil et son cortège de drogues durs ». Une mauvaise rencontre qui fait sombrer la jeune femme dans un enfer dont elle ne parviendra jamais à sortir.

Amy Winehouse et son ex-mari Blake Fielder Civil qui l’a fait sombrer dans l’enfer de la drogue. ©TODAY

Ses déboires font la Une de la presse à scandale. L’artiste est jeté en pâture dans les médias. Elle ne parvient pas à faire la séparation entre sa vie privée et publique. Elle se retrouve engouffrée dans une spirale infernale. « Il y a un moment donné, elle s’est perdue dans le miroir dans le sens où elle s’est prise probablement pour son image et le public la prise aussi pour son image. Elle n’a aucun moyen de se décoller de ça », estime le psychanalyste Eric Corbobesse. Alors que sa dépendance prend le dessus et que son état de santé décline, son père, Mitch Winehouse – qui est aussi son manager – la pousse à faire des concerts. Certains reprochent à ce dernier de tenter de gagner de l’argent sur la carrière de sa fille au détriment de sa santé. « L’argent c’est depuis le début puisque son père c’était le manager. Il la poussait à monter sur scène quand visiblement elle n’en était plus capable. La famille et en particulier Mitch s’est fait de l’argent sur son dos. Ils ont tué la poule aux œufs d’or », estime Pascal Louvrier.

Pourtant, à la fin de sa vie, l’artiste tente de s’en sortir. Elle fait une cure de désintoxication mais la chanteuse se sent seule. Après une longue période d’abstinence, elle ingurgite une forte quantité d’alcool qui lui sera fatal. « C’est un suicide. Après un sevrage difficile, c’est comme si on se mettait un calibre sur le tempe et c’est fini » explique Pascal Louvrier.

Amy Winehouse meurt seule le 23 juillet 2011 dans le quartier de Candem à Londres. Elle avait 27 ans. Talentueuse, atypique, sensible et torturée, l’artiste a marqué des générations entières à travers ses chansons et son talent. Amy Winehouse, c’est aussi un destin brisé, l’histoire d’un génie que la vie a abimé et « qui fut abandonnée par les siens en particulier par sa famille et ceux qu’elle a chéri », conclu Pascal Louvrier.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à écouter le podcast de Michel Pomarède, Il était une voix, Amy Winehouse sur France Culture.

Laura Marty

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