Taos Amrouche: l’héritage kabyle

Né en Tunisie de parents algériens et chrétiens, la romancière et chanteuse raconte, à travers son art son exil, ses souffrances et comment trouver sa place en tant que femme dans un monde dominé par les hommes.

L’artiste Taos Amrouche voit le jour à Tunis, lieu où sa famille a déposé ses valises après avoir quitté leur terre natale: les montagnes de Kabylie en raison de leurs croyances religieuses. Elle connaîtra une enfance solitaire, en marge des autres. Ne parlant pas la langue arabe, il était difficile pour elle de se sentir intégrée dans la société tunisienne. Tout au long de sa vie, elle utilisera son art pour narrer les relations franco-algériennes, la fierté de ses origines berbères.

En 1947, elle devient la première romancière tunisienne et algérienne à publier une oeuvre en langue française. Jacinthe Noir raconte le sentiment d’exil, la trajectoire singulière de sa famille. Le livre relate également le respect qu’elle porte à l’égard de ses parents:

Mon père a quitté la Kabylie, il était autrefois instituteur, et il est venu prendre un emploi dans les chemins de fer à Tunis. J’ai eu des parents exemplaires : ma mère est une femme fort cultivé en français et en berbère, qui a fait partie du premier essai d’école laïque en 1883. Mais elle avait aussi le sens de la tradition, le sens de sa race et on nous a appris le respect des ancêtres, le respect des valeurs traditionnelles et le sens de l’honneur. » Taos Amrouche

Elle chante avec amour et avec beaucoup de fierté les chansons berbères transmises par sa mère Fadhma Ait Mansour. Taos Amrouche défendra par la suite la reconnaissance de la langue kabyle. Celle-ci est d’ailleurs la première artiste à avoir fait découvrir les mélodies berbère au public français mais est restée pendant fort longtemps méconnue du public algérien. La cantatrice se produit dans différents pays africains tels que le Maroc ou le Sénégal mais jamais dans son pays d’origine, l’Algérie. Elle n’est pas invitée au Festival culturel panafricain d’Alger en 1969.

Je me sentais également en marge parce que j’étais aussi coupée du monde musulman. Je n’en faisais pas partie. Alors si bien qu’on était toujours plus ou moins en porte-à-faux. » Taos Amrouche

Après avoir passé toute sa vie en Tunisie avec ses parents, elle s’envole seule pour la France en 1934 où elle intègre l’Université de La Sorbonne. Taos Amrouche y entreprend des études de Lettres mais encore une fois elle se sentira en marge de la société. Elle sera vue comme une sauvage, une brebis égarée. Cette expérience changera à tout jamais sa vision de la France. Auparavant, la romancière était une grande admiratrice du pays des philosophes des Lumières mais cet amour va se transformer en grande déception. Elle vit à ses dépends une autre réalité à laquelle personne l’avait préparé. Marguerite Taos, nom donné à son baptême religieux refuse d’abandonner. Elle s’entoure de nombreux intellects français dans les cafés littéraires pour faire entendre sa personnalité et son talent.

En 1966, elle participe à la fondation de l’académie berbère à Paris, association culturelle vouée aux cultures amazigh (berbère). L’organisation avait pour but de contribuer à l’éclosion et à l’éveil de la reconnaissance de la culture berbère trop souvent marginalisée. Ce comité est d’ailleurs à l’origine de la création du drapeau Amazigh. Elle sera finalement dissoute en 1978 suite aux pressions menées par le gouvernement algérien sur la France.

La même année, l’autrice publie un recueil nommé Le grain magique qu’elle signe au nom de Marguerite-Taos Amrouche en hommage à sa mère qui l’a fait baigner dans la culture berbère. Dix ans plus tard, elle s’éteint en France, à l’âge de 63 ans. Malgré les années, elle demeure encore dans les esprits de beaucoup de personnes. Elle était et restera la voix de toutes les femmes qui veulent se libérer de la domination masculine. Ces chants restent un trésor inestimable pour grand nombre de personnes car elle a su relater à travers son vécu les souffrances de chacun à une époque rythmée par la colonisation et la censure. Taos Amrouche est devenu au fil de son existence l’une des pionnières du peuple amazigh d’Algérie.

Nora ESSALHI

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