Dalida, une icône au destin tragique

Chanteuse et actrice italienne, Dalida, née Iolanda Cristina Gigliotti le 17 janvier 1933 à Choubra, un faubourg du Caire, a réussi à marquer son époque. De par sa discographie, riche et multilingue, elle est devenue une grande figure de la chanson française et bénéficie encore aujourd’hui d’une popularité dépassant celle de l’hexagone.  

Des débuts difficiles avec des conditions défavorables

Baignant dès son plus jeune âge dans le domaine artistique de par sa mère, Filomena d’Alba, couturière et son père, Pietro Gigliotti, premier violon à l’Opéra du Caire, Dalida a toujours été intéressé par le monde du spectacle. Seule fille d’une fratrie de trois enfants, elle n’hésitait pas à le suivre en coulisses lors de ses répétitions pour avoir un aperçu de ce monde qui l’attirait tant. Malheureusement, tout ne s’est passé comme prévu. En 1934, alors qu’elle est âgée de seulement 18 mois, on lui diagnostique une ophtalmie. Elle est plongée du jour au lendemain dans le noir complet, porte un bandage pendant près de quarante jours, ce qui lui a provoqué de nombreux maux de tête et un strabisme divergent, strabisme qu’elle aura du mal à corriger l’obligeant à porter des lunettes jusqu’à l’âge de ses 16 ans. Très complexée par cet aspect physique, elle fera plusieurs interventions chirurgicales. La Seconde Guerre mondiale éclatant, son père doit se rendre sur le camp de Fayed, non loin du Caire (l’Égypte était alliée au Royaume-Uni grâce au traité de 1936). Il revient en 1944 avec une instabilité psychologique et plus violent que jamais. Une période qui traumatisera la jeune Iolanda, qui n’arrive plus à reconnaître l’homme avec lequel elle a grandi. 

L’adolescente grandit et évolue jusqu’à devenir une jeune femme s’intéressant de plus en plus au septième art. Après avoir découvert l’actrice américaine Rita Hayworth, elle rêve d’exercer le même métier et prend donc des cours de théâtre. Elle se présente à un concours de beauté au Caire et réussit à toucher son rêve du bout des doigts en décrochant un rôle dans quelques films comme dans Le masque de Toutankhamon de Marco de Gastyne. Sur les conseils de ce dernier, elle prend la décision de s’installer en France pour poursuivre sa carrière. Arrivée à Paris en 1954, elle se rend très vite compte que ses quelques rôles ne valent rien dans le pays des Lumières. C’est alors que, tout naturellement, elle se dirige vers la chanson.

« Le prix de beauté déclenche que, elle s’aperçoit qu’elle peut plaire et que ça lui plaît beaucoup de plaire puisqu’elle a eu l’impression qu’elle n’existait pas. C’est une fille sans père dans une société très conservatrice, une fille de famille pauvre et là tout d’un coup elle est en pleine lumière » — Catherine Rihoit, auteur de Dalida (Plon, 2005). 

« Laissez-la danser »

Après avoir participé à un concours pour amateurs « Les Numéros 1 de demain » en avril 1956, Dalida se fait repérer par le directeur des programmes d’Europe 1, Lucien Morisse, qui va rapidement devenir son mentor. Connaissant un succès plus que mitigé avec son premier EP, ce dernier lui fait enregistrer en seulement une nuit la version française de GuaglioneBambino, qui parvient à se hisser en tête des ventes pendant de nombreuses semaines. Elle assure même la première partie de Charles Aznavour. Plus de doutes, la machine Dalida était lancée ! Elle assoit son statut de chanteuse populaire dans le monde francophone (comme en France, au Québec ou en Wallonie) avec des titres comme Dans le bleu du ciel bleu ou et dans le monde européen avec Les gitans, pour ne citer que ce titre, qui deviendra un succès en Espagne et en Italie. C’est à partir de ce moment-là qu’elle commence à enrichir son catalogue musical de diverses langues et qu’elle entreprend des tournées européennes se jouant à guichets fermés. 

Belle chevelure et longue robe, deux éléments caractéristiques de Dalida ©Pinterest

Cependant, la chanteuse étant connue au début des années 1960 pour ses musiques à rythmes lents commence à redouter la musique « yéyé », nouvelle tendance musicale aux rythmes rapides. Pour contrer ce phénomène et ne pas être dans le creux de la vague, elle décide de s’y adapter et enregistre Itsi bitsi, petit bikini qui deviendra un de ses plus grands tubes. Elle devient une artiste planétaire et fait désormais des concerts en Amérique du Sud et en Asie. Ses textes, son attitude et son charisme charment le monde entier et la placent au statut d’icône. 

Tout au long de sa carrière, elle change de nombreuses fois de style : reprise dramatique d’Avec le temps de Léo Ferré, duo avec Alain Delon sur Paroles… Paroles…, disco avec Monday, Tuesday… Laissez-moi danser (une de ses musiques les plus emblématiques) et même le raï avec Salma ya salama. Versatile et prolifique, elle donne sans cesse de l’amour à son public, elle qui pourtant ne cesse de connaître des drames dans sa vie personnelle. 

Un des nombreux succès de la chanteuse ©YouTube

Un destin funeste

La mort fait partie intégrante de la vie de Dalida. À l’âge de 12 ans, son père meurt d’une congestion cérébrale. En 1961, après cinq ans de vie de couple avec Lucien Morisse, ils décident de se marier. Ils se séparent rapidement après, Dalida étant tombé dans les bras de Jean Sobieski jusqu’en 1963. Ils gardent de bons rapports jusqu’au jour où Lucien décide de se suicider. En janvier 1967, alors éperdument amoureuse de Luigi Tenco (elle allait annoncer à ses proches son projet de mariage), ce dernier se suicide à l’hôtel en se tirant une balle dans la tête, suite à une prestation jugée ratée lors du festival de chanson de Sanremo. Inquiète, Dalida regagne leur chambre où elle découvre le visage de son concubin, couvert de sang. Profondément choquée, elle tentera quelques jours après de mettre fin à ses jours en consommant une dose importante de barbituriques. 

Buste de Dalida à Montmartre, son quartier de prédilection ©EuropeForVisitors

Enchaînant les drames et les déceptions amoureuses, elle entame en 1967 une psychothérapie. Elle estime porter malheur aux hommes qu’elle aime lorsque Richard Chanfray, avec qui elle a vécu une idylle pendant neuf ans, se donne la mort par asphyxie deux ans après leur séparation. 

« Mais je n’ai pas découvert l’au-delà du tout. Mon dieu, je ne suis pas encore morte. Par contre, il y a une chose, je ne voudrais pas que l’on me vole ma mort » — Dalida

Sa dépression chronique s’accroît : elle ne sort plus, semble éteinte, fume énormément. Dans la nuit du 02 au 03 mai 1987, à l’âge de 54 ans, elle se suicide chez elle, dans sa célèbre maison située à Montmartre, par surdose de barbituriques qu’elle avale avec du whisky. Elle meurt en laissant derrière elle une lettre pour son frère et un mot, certainement destiné à son public qui disait « La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi. ». Et le public ne lui en n’a jamais voulu. Celle qui voulait « mourir sur scène » est toujours restée dans le cœur des français avec ses musiques intemporelles qui résonnent encore à l’heure actuelle. Une véritable légende !

Maxime OUNADJELA

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