Une réalité fictive

Considéré comme étant le premier documentaire de l’histoire, Nanouk l’Esquimau (1922) de Robert Flaherty n’est rien de plus qu’un beau mensonge qu’on nous jette au visage pendant 79 minutes.

Nanouk dans le documentaire Nanouk l’Esquimau (1922) de Robert J.Flaherty.

En tant que cinéaste dont le travail a donné naissance au mot « documentaire », Robert J. Flaherty occupe une place importante dans cette forme d’art. Beaucoup considèrent son premier film, Nanouk l’Esquimau, comme le premier documentaire de l’histoire ayant profondément marqué le paysage du cinéma moderne. Mais pourquoi cela est le cas quand on sait que ce documentaire, supposé documenter la vie des Esquimaux de la péninsule d’Ungava, dans l’est du Canada, n’est rien d’autre qu’une fiction ? Dans ce cas, Django de Tarantino est un excellent film documentaire sur l’esclavage aux États-Unis. Mais peut-être que ces propos sont un peu trop durs. 

Nanouk l’Esquimau illustre la vie de Nanouk, un Esquimau vivant dans l’Arctique avec sa femme et ses enfants. Le documentaire montre leur quotidien ainsi que leur capacité d’adaptation dans l’un des climats les plus rudes du monde. Flaherty met en scène des humains face à la dureté de la nature, que ce soit par exemple dans une incroyable et palpitante chasse au morse sous un blizzard qui s’intensifie. Flaherty a tourné son documentaire au cours des années 1920-1921 sur la côte est de la péninsule d’Ungava, dans la baie d’Hudson. Il a apporté avec lui une caméra gyroscopique Carl Akeley qui nécessitait un minimum de lubrification dans les climats froids pour faciliter les panoramiques et les inclinaisons, ce qui fait de l’explorateur un « pionnier » dans l’utilisation de cette caméra.

Robert Flaherty est considéré comme l’un des premiers cinéastes indépendants américains et anti-Hollywood. Nanouk est le reflet de l’intérêt que Flaherty a porté toute sa vie aux diverses cultures qui composent le monde. Certes, Flaherty voulait donner au monde extérieur un aperçu de la vie des Esquimaux telle qu’il l’avait vécue pendant ses années d’exploration mais son but premier était de capturer sur pellicule un mode de vie menacé par l’empiètement de la civilisation. Nanouk, comme d’autres films de Flaherty, n’est pas dépeint dans un cadre ou un contexte historique particulier ; son aspect intemporel était délibéré. Il voulait également saisir la noblesse essentielle des Esquimaux, les dépeindre tels qu’ils se voyaient eux-mêmes.

Mais la réalité est là : Nanouk l’Esquimau est de la mise en scène, tout est chorégraphié et scénarisé et rien n’est vrai. Avec Nanouk, Flaherty voulait montrer la manière dont vivaient les Esquimaux. Les Esquimaux dans Nanouk utilisent des armes traditionnelles telles que des lances or au moment du tournage du documentaire, les Esquimaux utilisaient des fusils pour chasser et non des lances. Le réalisateur a écrit les intertitres, fusionnant langage poétique et description, montrant bien qu’il veut que son documentaire soit d’abord une oeuvre poétique plus tôt que réaliste.

l’esprit mélancolique du nord

Un intertitre présent dans Nanouk, l’Esquimau

La construction de l’igloo est un parfait exemple de la fiction présent dans le documentaire. Détail après détail, Nanouk fait preuve d’une incroyable ingéniosité. Il construit un abri à partir de glace et de neige. La séquence n’est pas sur expliquée. Le public est laissé libre de découvrir chaque nouvelle étape de la construction de l’igloo comme la façon dont le bloc de glace translucide est utilisé comme fenêtre. Là où le problème se pose est la façon dont Flaherty a tourné les plans d’intérieur de l’igloo. Limité à des négatifs de caméra à vitesse relativement lente ou à faible sensibilité à la lumière, il a fait construire un igloo deux fois plus grand que la moyenne, dont la moitié a été découpée pour permettre à la lumière du soleil d’éclairer la scène. La famille Nanouk s’endort pendant la journée pour le bénéfice de la caméra de Flaherty. Cette séquence illustre le dicton de Flaherty selon lequel il est parfois nécessaire d’exagérer la réalité afin d’en saisir l’essence réelle. Mais est-ce que Flaherty n’aurait pas un peu trop exagéré la réalité? Nanook était en réalité Allakariallak, et sa « femme » dans le film est en réalité la femme de Flaherty. Comment différencier le vrai du faux? C’est l’aspect troublant du documentaire.

Est-ce que le fait que Nanouk, l’Esquimau ne soit pas à 100% réel est important? Pour certains non puisque le documentaire est un parfait exemple de ce qu’on appelle le cinéma direct ou cinéma de vérité, des films documentaires centré sur l’évocation d’évènements réels et questionnant la représentation du réel au cinéma. Pour d’autres qui voulaient voir un véritable documentaire, Nanouk est la déception.

Precillia Ngoumela Djenabou

Source : Nanook Of The North – Film (Movie) Plot and Review. Récupéré sur Film Reference: http://www.filmreference.com/Films-My-No/Nanook-of-the-North.html


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