Une capsule temporelle

Quand la deuxième chaîne de télévision allemande a donné à Agnès Varda carte blanche pour réaliser un documentaire, cette dernière a choisi de filmer sa rue, la rue Daguerre.

Un boulanger faisant son pain au feu de bois, un marchand de couleur et un réparateur en horlogerie. Ce sont trois des corps de métier qu’a immortalisé Agnès Varda dans son film-documentaire Daguerréotypes. Tourné entre Novembre 1974 et Mars 1975 entre les numéro 70 et 90 de cette rue du 14ème arrondissement, ce film capture l’essence d’un Paris qui s’efface. Accompagnée d’une petite équipe de tournage, tant en nombre de personnes qu’en taille (les membres ne mesuraient pas plus d’un mère cinquante quatre), Agnès Varda s’immisce dans le quotidien des commerçants de sa rue. A travers ses images tournées avec une pellicule 16mm, le spectateur ressent la proximité avec les habitants et les commerçants. C’est un choix compréhensible de la réalisatrice. Le but étant de ne pas déranger ou effrayer les commerçants et clients. Le tournage s’est déroulé avec une simple caméra et une perche. L’équipe devait disparaitre dans le décors, ne pas faire ressentir sa présence, on le note d’ailleurs lorsque des clients entrent, font leurs achats et quittent le commerce sans ne jamais poser leur œil sur la caméra.

Ce sont des daguerréotypes vibrants !

Agnès Varda

Daguerréotype désigne ce procédé photographique mis au point par Louis Jacques Mandé Daguerre, fixant l’image des objets sur une plaque d’argent polie exposée directement à la lumière du soleil. Agnès Varda se réapproprie le terme et fixe les portraits dans sa caméra. Agnès Varda a dit en parlant des habitants « Ce sont des daguerréotypes vibrants ». Le film prend comme point d’ancrage l’annonce d’un spectacle du magicien Mystag (en réalité organisé par Varda elle même). Le documentaire propose un portrait des commerçants de la rue. Tous se présentent à la caméra, parfois avec assurance, parfois avec timidité, chacun parle de son métier, de son histoire. Sans qu’on la voit, Agnès Varda posent quelques questions À quoi rêvez-vous ?, Où vous êtes-vous rencontrés ? comme pour les aider à trouver quoi dire. La caméra est tantôt une confidente tantôt une petite souris cachée dans un trou de mur.

1975, année où le tournage se finit, est une année qui marque la fin du vieux Paris. L’intensification du tourisme, la disparition des métiers de l’artisanat, le paysage se transforme, on détruit on construit. Paris change et Daguerréotypes immortalise ceux qu’on peut considérer comme irréductibles. Ces habitants semblent survivre aux changements, au temps qui passe. Ce film transmet avec douceur, sans jugement, la vie de ces hommes et femmes, on rit et on s’émeut en écoutant leurs récits.

©Daguerréotypes

Ce documentaire, lorsqu’on le regarde aujourd’hui, agit comme un réel voyage dans le temps et nous rend nostalgique d’une époque révolue. Trente ans plus tard, Agnès Varda décide de refilmer ce bout de la rue Daguerre. Comme une mise à jour, une façon de montrer que la vie continue, les commerçants ont changé mais les commerces sont toujours là.

Lisa Catalano

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