Dans « Dont Look Back », intime Bob Dylan

Le « roi du folk » part faire sa première tournée en Angleterre, en 1965. D. A. Pennebaker l’accompagne et le filme. Ses images deviennent un documentaire et il le nomme Dont Look Back.

Sorti en 1967, ce « rockumentary » est une révolution. Avec sa caméra sur l’épaule, Pennebaker suit de près le jeune Bob Dylan sur scène et en coulisses. Quelques années plutôt, Pennebaker et Richard Leacock, mettent au point la première caméra 16mm portable avec son synchrone. Ils allègent la caméra pour la porter et se déplacer facilement, et intègrent un micro dedans : l’image et le son sont synchronisés et enregistrés en temps en réel. Le « Cinéma Direct » ou, comme dit Edgar Morin, sociologue français, le « Cinéma Vérité » naît.

© Michael Ochs Archives/Getty Images/1965/ Bob Dylan à gauche et D. A. Pennebaker au centre, avec une caméra portable sur son épaule, filmant Dont Look Back.

A la demande du manager de Bob Dylan, Albert Grossman, Pennebaker part en Angleterre pour suivre cette tournée de 3 semaines. Cependant, mis à part la chanson The Times They Are A-Changin’, il ne sait pas grand chose du musicien :

I was interested in real people and why they did things, or how they did things. And the only way to find that out was to follow them. I didn’t know him [Dylan] that well, I didn’t know who he was really. But the idea of going with a musician on a tour and being able to photograph him – both when he performed and when he didn’t perform – that seemed to me an interesting idea.

Donn Alan Pennebaker

Le garçon aux cheveux bouclés, de son vrai nom Robert Allen Zimmerman, est alors âgé de 23 ans. Célèbre depuis 1961, il met les pieds sur le terrain des Beatles, Rolling Stones et The Animals. Cependant, il n’est pas seul. Les musiciens britanniques Alan Price et Donovan, et sa Joan Baez l’accompagnent et participent comme personnages secondaires dans le film. Au moment du tournage, la relation amoureuse entre Dylan et Baez touche à sa fin et la tension se voit : Dylan rejette Baez.

Dylan ne voulait pas de film sur lui. En 1978, il revient sur le documentaire :

« Dont look back » was … somebody else’s movie … I don’t think it was accurate at all in terms of showing my formative years. It showed only one side. He [Pennebaker] made it seem like I wasn’t doing anything but living in hotel rooms, playing the typewriter and holding press conferences for journalists. Throwing some bottles, there’s something about that in the movie. Joan Baez is in it. All that is true, you know. But it’s one-sided.

Bob Dylan

Son attitude défensive est compréhensible car c’est un personnage immature, narcissique et cruel qui est le plus souvent montré. Ce documentaire est très bon car il dévoile les mille visages de Dylan. Pennebaker, avec sa caméra sur l’épaule, le suit partout. Il court derrière lui. Il monte dans sa voiture. A travers la caméra subjective, nous suivons Dylan, nous aussi. Nous sommes immerger dans l’action. C’est fascisant. Nous voyons Dylan de nos propres yeux. Tout au long du film, nous le voyons interagir avec différentes personnes. Il change de comportement en fonction des différentes situations, comme un caméléon. Il rigole. Il taquine. Il s’emporte. Il perd son sang froid. Pennebaker essaie d’attirer notre attention sur la pression à laquelle Dylan fait face en tant que célébrité mais ce sont les aspects négatifs de sa personnalité qui viennent sur le devant.

La scène du « typewritter » est frappante. Elle montre Bob Dylan qui tape sur sa machine à écrire, pendant que Beaz chante Percy’s Song et joue de la guitare. Les cliquetis de la machine sont irritants et gênants. Il est irrespectueux. Dans cette même pièce se trouve Albert Grossman et d’autres personnes qui essayent d’écouter la voix douce de Beaz, tout comme le spectateur. Pendant la première partie, Pennebaker est debout et glisse la caméra de gauche à droite. Il fait des va-et-vient. A droite, le visage fatigué et terne de Beaz est en très gros plan. A gauche, Dylan, de profil, devant la machine à écrire est en plan américain. Pennebaker zoom et dé-zoom. Beaz regarde dans son sens et essaye de captiver son attention. Dylan lui tourne le dos et ne se préoccupe que de lui. Dans la deuxième partie, Pennebaker s’assoit et set met à la même hauteur que les 2 personnages. Cependant, Dylan est au première plan, éclairé par la lumière du jour; Beaz est en arrière plan, dans l’ombre. Seule sa silhouette est visible. Le bruit du clavier est accentué et prend le dessus sur sa voix. Bob Dylan règne.

Le titre du film, Dont look back, est volontairement écrit sans apostrophe. Pourtant, Pennebaker reprend la phrase de Satchel Paige, son joueur de baseball préféré, qui dit : « Don’t look back, something might be gaining on you ». En 1965, dans la chanson She belongs to me, Bob Dylan emprunte lui aussi l’expression de Paige : « She’s an artist, she don’t look back ». Petit à petit, Joan Beaz disparaît du film et de la vie de Dylan, et celui-ci dont look back.

C’est un très bon film qui montre au spectateur les multiples visages méconnus de la star.

Rajendrabose Shamene.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :