PORTRAIT D’UNE FEMME BRISÉE

Dans un contexte violent qui raconte les horreurs d’un système de domination et d’exploitation de la femme africaine, le documentaire Les prières de Delphine transmet un message de courage n’oubliant jamais qu’on peut ressurgir des ses propres cendres. 

Portrait de la protagoniste, Delphine, qui raconte des anecdotes de sa vie turbulente ©LesPrièresdeDelphine

Ce documentaire prend vie sous la forme d’une longue conversation avec une jeune camerounaise, Delphine, qui répond aux questions de son amie et réalisatrice, Rose Mbakam, dans une petite pièce d’un appartement belge. Delphine est un personnage fort, qui montre sa ténacité en parlant de sa vie avec une ironie et un sarcasme qui rendent supportables même les parties les plus désespérées. L’histoire de la protagoniste se déroule à travers sa mémoire, retraçant les étapes fondamentales de sa vie: depuis son enfance violente au Cameroun jusqu’à son arrivée pleine d’espoir en Belgique.

L’amitié entre la réalisatrice et la protagoniste est tangible dès le premier instant. Un passé commun marqué par les mêmes origines, une vie initialisée par la cruauté et l’inhumanité permettent de donner voix à une réalité souvent oubliée; celle des jeunes femmes africaines, victimes de l’imbrication des systèmes de domination et des rapports Nord-Sud basés sur l’exploitation. La richesse intérieure et l’experience de Delphine deviennent donc le vrai sujet du documentaire.

“Je ne prends pas Delphine pour en faire un personnage de cinéma, je cherche le cinéma qu’il y a dans sa vie” affirme Rosa.

Il y a deux idées qui frappent le public: le sentiment d’intimité et le portrait de femme. L’espace restreint, le désordre qui règne dans la pièce, l’idée de quelque chose qui a finalement été accompli et dont il n’y a pas d’issue, créent un endroit réservé, fermé, limité à un groupe de personnes choisies. L’idée d’un portrait individuel est soulignée par le type de séquences du documentaire, qui sont plus proches de la photographie que du cinéma. La caméra s’attarde sur les détails de Delphine, de son corps à son visage, de ses yeux à sa bouche, à la façon dont elle parle. Les mots sont souvent entrecoupés de gestes quotidiens comme mettre son foulard, mettre son maquillage ou fumer. Le pouvoir de l’image réside dans le contenu du documentaire et dans la figure de Delphine, qui fascine le public de toutes les manières. Bien que le film puisse paraître long et ennuyeux, il est intrigant et intéressant d’un point de vue visuel et auditif. Sans les images, le spectateur entend une histoire de douleur, de regrets et de fatigue. Avec les images, le spectateur crée un lien avec une femme spéciale dont il semble finalement être dans l’admiration.

Greta Guerini

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :