L’art perdu de l’amitié nue

Les Tokyoïtes allaient autrefois aux bains publics comme les Parisiens vont au café. Mais près d’un demi-millénaire après l’ouverture du premier sento à Tokyo, ce rituel japonais vieux de plusieurs siècles est menacé d’extinction. À leur apogée, on comptait près de 18 000 bains publics au Japon. Soixante ans plus tard, il n’en reste que 2 000, dont environ 400 dans la capitale. Crise sanitaire, hausse des prix du carburant, politique de redéveloppement, un éventail de facteurs explique la perte de vitesse des sento. Pourtant, véritables commerces de quartiers, ils restent pour des milliers de personnes isolées, souvent âgées, un lieu de vie et de socialisation essentiel. Face au constat de leur déclin, un petit groupe croissant de propriétaires cherche à rendre cette tradition à nouveau attractive, notamment aux yeux des plus jeunes.

Prise à Koganeyu, cette photo de clients, plongés dans l’eau chaude, illustre le caractère à la fois intime et convivial de ce rituel. Moment pour soi, mais moment partagé, le sento apparaît ici comme un instant calme, de relaxation. Le photographe, au plus proche de ses sujets, capture le hadaka no tsukiai, l’amitié nue.
Photographie: Richard A Brooks/AFP/Getty Images

Ce sont des endroits où l’on peut s’ancrer dans la ville. Quand vous entrez dans un établissement de bains, vous êtes en rythme avec d’autres personnes… c’est un sentiment agréable. »

Au sento de Inariyu, Sam Holden se lave dans le vestiaire, avant d’entrer dans le bain. Il s’adonne à ce rituel dans un décor suranné, typique des sento, sur fond d’une peinture murale du mont Fuji. Le cliché met ainsi l’accent à la fois sur la fonction réparatrice de l’eau du bain, et sur l’aspect traditionnel du lieu. Sam Holden, le fondateur de Sento&Neighborhood, une organisation à but non lucratif, cherche à cultiver le potentiel des sentos tout en respectant leur caractère historique.
Photographie: Philip Fong/AFP/Getty Images
Pour accueillir une clientèle plus jeune, les sento ne se limitent plus à de simples bains. Dans leur effort de modernisation, les propriétaires cherchent à attirer proposent de la bière artisanale et des pizzas fabriquées sur place, des événements musicaux, des saunas, des jeux traditionnels pour les enfants, et parfois même une bibliothèque. Les bains collectifs ayant adapté leurs horaires pour accueillir des clients avant ou après leur journée de travail, le sento devient un lieu très dynamique. Ce cliché illustre bien le nouveau positionnement des sento, qui s’adaptent sans jamais nier leur caractère traditionnel.
Photographie: Richard A Brooks/AFP/Getty Images

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