La musique, outil contestataire imparable

Qu’il s’agisse de ballades ou de up-tempo, les chansons n’ont de cesse de véhiculer un message. Hommages, résistance, problèmes de société, elles ont en leur essence l’art de dénoncer.

Que serait la musique sans message ? Depuis toujours, elle a su en porter et être diffusée à grande échelle comme nous l’ont si bien expliqué Soukaina GHANIMI et Giulia PANDOLFI lors du colloque d’octobre 2021. Production, arrangements, sonorités, paroles : chaque composante d’une chanson possède une signification particulière et sa propre histoire. Le hip-hop en est un exemple très pertinent. Naissant dans les années 1970 dans le quartier du Bronx à New-York, ce style s’est véritablement démocratisé une décennie plus tard lorsque l’on pouvait enregistrer de la musique dans de meilleures conditions. Vivant dans un pays où la country et le rock étaient les deux styles prédominants de l’époque, les afro-américains ne s’y reconnaissent pas.

L’essor du hip-hop

Dans un désir de s’identifier et de se représenter, ils créent ainsi le hip-hop, qui s’apparente davantage à une culture à part entière qu’à un style de musique bien précis. Cinq éléments fondamentaux la composent : le DJ, le breakdance, le street art, le savoir et le rap. Véritable outil pour dénoncer les problèmes politiques et sociaux du passé et de notre société actuelle, ce dernier a su traverser les époques et devenir l’un des styles les plus écoutés de la planète. La politique, la société, la race, l’éducation, la conscience, les drogues et la violence sont les sept thèmes les plus récurrents. Des thèmes très largement exploités par les artistes dont le rappeur tragiquement disparu en 1996, 2Pac. « I see no changes, all I see is racist faces », clamait-il déjà dans sa chanson enregistrée en 1992 et sortie deux ans après sa mort « Changes ». Paroles puissantes et percutantes sur fond de vérité, le rap est devenu un style de prédilection pour de nombreux interprètes. Il est même étudié dans les écoles américaines, notamment dans les cours d’histoire, renforçant son statut et sa notoriété toujours plus croissante.

Graffiti de Notorious B.I.G à New York ©JeParsAuxUsa

La musique engagée face au franquisme

L’Amérique n’est pas le seul continent à avoir connu l’émergence de la musique engagée. Le reste du globe n’est pas en reste. L’Espagne détient, elle aussi, une panoplie de chansons dénonçant le franquisme. Véritable dictature totalitaire, conservatrice et autoritaire dirigée par Francisco Franco, le franquisme démarre pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) pour s’achever en 1975, à la mort du dictateur. En 2010, la Radiotelevisión española (RTVE) publie un recueil de 18 morceaux engagés des années 1960 et 1970. S’apparentant à des hymnes à la liberté, ils dénoncent de manière explicite ou cachée les atrocités commises par le régime.

« Ne voyez-vous pas le pieu auquel nous sommes attachés ? Si nous ne nous en libérons pas, nous ne pourrons jamais marcher », pouvons-nous entendre dans la musique de Lluis Llach en 1969, L’estaca. En incitant la population à collaborer pour renverser la dictature qu’il métaphorise, cette chanson a été censurée car elle ne correspondait pas aux valeurs franquistes. Jarcha, quant à lui, signe en 1976 un slogan de la transition pacifique dans Libertad sin ira. Ayant une vision optimiste et une ouverture sur l’avenir, l’interprète souhaite apaiser les conflits qui règnent encore entre les deux fronts. « Guárdate tu miedo y tu ira/Porque hay libertad/Sin ira, libertad/Y si no la hay, sin duda, la habrá », des paroles qui se veulent donc explicites et non violentes.

Le groupe Jarcha, interprète de « Libertad sin ira » ©RTVE

Les chansons protestataires contre le franquisme et la culture hip-hop se ressemblent bien plus qu’elles en ont l’air. Révéler la vérité, dénoncer, faire agir, rendre hommage : des objectifs communs et de multiples stratégies pour pouvoir les atteindre. Comment rester indifférents face à ce type de musique lorsque celui-ci touche à la fois notre esprit et notre sensibilité ?

Maxime OUNADJELA

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