Photographie au Maghreb: Quand les femmes s’émancipent 

Au Maghreb,  la femme a toujours eu du mal à trouver sa place et à se créer une identité, elle est perçue comme le maillon faible de la société. Cette marginalisation a été fortifiée par l’image renvoyée par les médias, la photographie contrebalance toutefois ce cliché.

©Meriem Medjedoub

On ne compte plus le nombre de photographes maghrébins qui cherchent à provoquer un changement social et politique à travers cet art. La photo comme passion et les femmes comme sujet, Meriem Medjedoub est l’une des photographes algériennes, parmi d’autres, qui combat les stéréotypes imposés sur les femmes à travers ses portraits, un fruit d’un mélange de peinture et de cinématographie.

L’image d’un corps à prendre et à défendre.

Bien que la perception des femmes maghrébines par les médias locaux ait changé depuis l’époque coloniale; celle-ci demeure jusqu’à présent un enjeu majeur. D’une part, leur représentation les réduit souvent à l’image de la “bonne mère” et de la “bonne épouse”. D’autre part, les médias se concentrent sur la transmission d’une image, souvent sous le prisme des violences qu’elles subissent. Dans son une étude sur l’image qu’incarne la femme dans les médias locaux, la journaliste algérienne Ghania Mouffok, attire cependant l’attention sur leur instrumentalisation. La femme est un prisme assez éloquent pour parler des sociétés maghrébines. Pourtant ce prisme est trop souvent biaisé affirme Khadija Mohsen-Finan. Dans son livre, elle suggère que l’articulation des médias au Maroc, du cinéma en Tunisie ou de la presse en Algérie constitue un modèle de construction identitaire unique qui intègre un code de valeurs articulé par un dressage.  

Portrait de Meriem Medjedoub ©Meriem Medjedoub

Jamais maîtresse de son destin

Il n’y a pas une seule image de la femme maghrébine mais des images diverses en perpétuel changement comme le souligne Pierre Vermeren. Et c’est justement de ce dressage qu’il leur est nécessaire de se libérer.  Un code issu d’une dimension patriarcale qui les retient prisonnières comme le remarque Meriem Medjedoub  » Ceci est une manière d’endoctriner les gens plus qu’ils ne le sont déjà. Mais je pense que de nos jours, il y a de plus en plus de femmes et d’hommes aussi qui souhaitent fermement faire sortir de l’ombre cette femme assoiffée de liberté et de ses droits les plus fondamentaux, cette femme à qui on a ôté l’existence ».

Compte tenu du fait que l’existence de la femme n’est valorisée que par le fait qu’elle puisse se procréer, celle-ci est souvent exclue de la sphère politique. Ainsi son statut est réduit à un simple participant passif de la société. En Algérie par exemple, Medjedoub insiste sur le fait que la femme est sous tutelle donc elle est considérée mineure toute sa vie “Je pense que cette manière de la  » protéger  » est une façon de ne pas lui octroyer ses droits légitimes”. Ainsi, les femmes ne sont jamais des sujets à part entière de leur destin.

 Les femmes Maghrébines, en cliché et sans

Certains photographes continuent à traiter des portraits de femmes comme des réponses aux traditions parfois imposées nous rappelant que celles-ci continuent à s’inscrire dans leur corps même. Toutefois, on remarque une forte émergence de photographes qui cherchent à montrer une vision nouvelle et libératrice des femmes maghrébines aujourd’hui. Meriem Medjdoub dans sa volonté d’émancipation artistique vis-à-vis des clichés imposés sur ces femmes, se sert de la photographie pour offrir une vision évocatrice. La photographie est un puissant levier de visibilité pour les femmes algériennes” souligne-t-elle. En Algérie, “on se rend compte que de plus en plus de femmes utilisent la photo pour s’interroger sur leur place dans la société, sortir de leurs coquilles, apporter leurs visions, et surtout pour faire sortir de l’ombre cette identité féminine longtemps enterrée” ajoute-elle.  Dans sa quête de faire découvrir une femme libre, indépendante et audacieuse, Meriem Medjedoub invite le public à réfléchir sur la manière dont ces femmes peuvent porter un regard sur la société. Dans ses portraits, elle met en scène une femme qui a le regard fixé sur la société pour la fustiger “C’est aussi une façon pour mes modèles de contrôler la façon dont ils sont représentés et perçus.  Lorsque je photographie des femmes, mon objectif est qu’elles soient en possession de leur image, de leurs pensées et de leur âme” explique-elle. 

©Meriem Medjedoub

Défiant le paradoxe avec justesse

De la même manière, Sabri Ben Mlouka, photographe de nu en Tunisie, expose la nudité de modèles féminins en cherchant l’équilibre entre ce qui est considéré comme tabou et la liberté de création. Déconstruisant ainsi le stéréotype de la femme tunisienne avec justesse. De ce fait, à travers la photographie, la société maghrébine et la culture arabo-musulmane se sont sensibilisées à une certaine progression dans leur perception de la femme. Les femmes maghrébines sont aujourd’hui capables de s’exprimer, de revendiquer et prôner leur liberté malgré l’image affligée par la société. En outre, Hassan Hajjaj, un photographe marocain, va à l’encontre des préjugés et révèle la face cachée du Maroc. Dans ses clichés, les femmes font la loi en les dépeignant puissantes et insoumises. Il adopte un nouveau point de vue sur la question de la religion et fait ici du voile un signe d’indépendance et de révolte, provoquant ainsi le public. En toute rigueur, la photographie au Maghreb met aujourd’hui la société au défi, proposant une vision incisive de la femme. 

Une photographie Plurielle

Désormais, il existe une photographie multiple au Maghreb comme le souligne Abdelghani Fennane. Il explique que cette dernière est  » humaniste, journalistique, plasticienne, amateure, ­politique… .En ignorant cette partie de la culture contemporaine ­maghrébine, c’est notre mémoire et notre identité que nous ignorons, tout en continuant à entretenir un rapport ambivalent avec la ­modernité, dont la composante visuelle est inéluctable”, explique Abdelghani Fennane. Loin de la photographie a longtemps été accaparée et censurée par le pouvoir politique.

Vers l’émancipation 

Portrait de Sarah Harnafi ©Femmesdumaroc

La photographie se réinvente et s’anime grâce à l’émergence de femmes photographes. Lorsque les femmes tentent de briser la domination masculine dans cet art longtemps réservé aux hommes, la photographie dont elles se sont approprié leur permet  de se revendiquer, de s’exprimer et d’élargir les horizons de la culture photographique au Maghreb Bruno Boudjelal, photographe algérien, note cependant que “C’est encore rude pour une femme photographe de travailler dans l’espace public”.  La jeune photographe marocaine Sarah Harnafi est également confrontée à certaines difficultés « C’est parfois un peu compliqué de prendre des photos au Maroc, notamment dans des endroits où il y a beaucoup d’hommes comme dans des marchés, explique-t-elle “Il peut y avoir des réflexions ou des regards qui me mettent parfois mal à l’aise.” Meriem Medjedoub reconnaît qu’il existe, parmi d’autres défis à l’égard des femmes photographes, un écart entre les deux genres, comme dans tout domaine culturel “C’est vrai que mon travail est apprécié, mais je doute que sa reconnaissance passe au-dessus de celui d’un collègue photographe.”

©Meriem Medjedoub

Pourtant, les femmes photographes maghrébines ont une relation particulière avec la photo. Elles la considèrent comme un instrument d’émancipation puissant, visant à y obtenir une reconnaissance et une visibilité. Brisant les stéréotypes et les préjugés qui les entachent, ces femmes enrichissent une culture photographique devenue l’un des arts les plus en vogue au Maghreb.

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