Paléoart, Cinéma et Dinosaures : Être ou ne pas être dans l’exactitude telle (n’)est (plus) la question

Alors que la bande annonce du troisième volet de la franchise Jurassic World ravive la flamme dans le cœur de nombreux fans, elle fait grincer des dents toute la nouvelle génération de paléoartistes. 

À l’occasion de son exposition au Dernier Bar avant la Fin du monde de Paris, l’artiste Umbréonoctie nous a chaleureusement accueillis à son domicile pour faire ensemble un retour sur l’expérience de sa rentrée 2021. Entourée de son gecko, de son attirail de dessin et de sa tenue de dinosaure à plumes bleues, noires et blanches, l’artiste nous a éclairée sur le rayonnement culturel de son activité et ce que signifie être paléoartiste aujourd’hui. C’est avec humour qu’elle a abordée les thèmes qui lui tiennes à cœur, dont celui de la représentation des dinosaures qui semble encore en agacer plus d’un.

Henry Thomas De La Beche, le dinosaure des paléoartistes 

Reproduction de Duria Antiquior par Sylvia Nickerson

« Le PALÉOART se défini comme le fait d’illustrer des animaux qui ont disparu, selon les dernières et/ou meilleures recherches scientifiques à leur sujet », explique l’illustratrice qui officie dans le secteur depuis plus de dix ans désormais. C’est plus exactement une forme de représentation héritée des travaux du géologue anglais Henry Thomas De la Beche et de sa fresque Duria Antiquior, datant de 1830. Considérée comme la toute première œuvre paléoartistique, cette dernière représente une scène de vie animale à l’époque du jurassique. Sa construction et création sont, quant à elles basées sur l’observation de fossiles retrouvés par le géologue et ses pairs au début du XIXème siècle. Duria Antiquior offrait alors pour la toute première fois au public une idée des êtres qui foulaient autrefois notre sol. Entre poissons, reptiles et cétacés, les créatures dépeintes d’abord en aquarelle puis en lithogravure sont devenues rapidement la référence en termes de représentation. 150 ans plus tard, les dinosaures de Spielberg reprennent traits pour traits les écailles, la peau lézardée et la violence qu’on leur prêtait alors 

D’une révolution visuelle à un phénomène culturel 

1993, alors que les salles obscures à travers le monde projettent le nouveau film de Steven Spielberg, le public assiste quant à lui la naissance de deux icônes : celle du chef d’œuvre qu’est Jurassic Park premier du nom, mais également celle d’une toute nouvelle vision de ce qu’étaient “réellement” les dinosaures. Vingt-neuf ans plus tard, avec un box-office atteignant plus de 1.029 milliards de dollars de recette mondiale, et des effets spéciaux à couper le souffle alliant animatronique, prises de vue réelle et modélisations 3D, le film trône fièrement en classique du genre. Aujourd’hui cependant, cette représentation “véridique” des sauriens se voit peu à peu déconstruite par une nouvelle génération de paléoartistes au regard beaucoup plus objectif et scientifique. À l’heure des fake news, les paléoartistes tentent de rétablir une vérité encore trop peu affichée dans un paysage audiovisuel et culturel qui semble figé dans le passé.

Les dinosaures, ces monstres à écailles : une étiquette qui leur colle à la peau

« Nous ne sommes plus face à des monstres, nous sommes face à des animaux » C’est la phrase à retenir du discours introductif que tenait Djigr, paléoartiste, chercheuse et membre adhérente de la Paléosphère lors de sa prise de parole à l’Angers Geek Festival de 2020. L’association française, crée en 2019, tenait à cette occasion une conférence nommée “Jurassic Park/World : fiction ou réalité ? » (Disponible en intégralité ici) dans laquelle elle discutait de ce problème de représentation. Un discours qui fait écho, un an plus tard à notre entretien avec Umbréonoctie. Le souhait de l’artiste: démontrer au public que “les dinosaures pouvaient être des animaux aussi majestueux qu’un lion ou un éléphant”. L’association, comme bon nombre de paléoartistes en France et à l’étranger, considère le modèle de dinosaure actuellement répandu comme une erreur, à la fois de représentation et de goût. (il faut ajouter une phrase avec un exemple d’inexactitude la plus commune) Si ces incohérences persistent malgré les découvertes et les connaissances accumulées, elles sont donc en total désaccord avec l’idée même de ce qu’est le paléoart. À en croire les artistes de la profession, c’est avant tout pour des raisons budgétaires et de paresse…

« On prend les mêmes et on recommence », un business plus que rentable pour les créateurs de contenu.

À grande échelle « le dinosaure est devenu aujourd’hui un véritable objet marketing » commente l’illustratrice. Ceci se confirme dès le premier mois suivant le lancement de la franchise en 1993. Universal, le studio de production derrière Jurassic Park est nommé « Entertainment Marketer of the Year », l’une des plus haute distinction dans le domaine de la publicité et de la communication. Difficile alors de ne pas capitaliser sur cette poule aux œufs d’or que sont les dinosaures, féroces et squamifères, devenus de véritables symboles de la pop culture. C’est tout naturellement un univers entier qui se développe autour du film. On compte aujourd’hui 6 longs métrages, 2 court métrages, 2 séries animées, des centaines de figurines et plus d’une dizaine de comics sous l’écurie Jurassic. Bien que l’exactitude ou le succès ne soit pas toujours au rendez-vous, les fans eux le sont, permettant à la franchise d’amortir tous les investissements, pour le meilleur et pour le pire. 

La vérité est ailleurs… mais surtout là où on ne l’attend pas!

« Le plus drôle c’est que récemment dans Pokémon, ils ont ajouté un T-rex avec des plumes et les bras dans le bon sens. » Si la surprise est totale pour cette fan inconditionnelle de la cash machine qu’est également la franchise Pokémon, elle témoigne néanmoins de quelques “essais” audacieux de disséminer des vérités trop souvent oubliées. Pourtant le secteur du jeux vidéo ne déroge pas à la règle et est également pris d’assaut par la folie Jurassic. Les éditeurs réclament à leur tour une part du gâteau. Un exemple parmi tant d’autre, en 2015, c’est ARK : Survival Evolved développé par Studio Wildcard qui marque les esprits. Ce jeu d’action/aventure ne cherche nullement à innover et décide de simplement « copier-coller » la vision de Spielberg, de quoi vendre plus de copies de son jeu. Un pari remporté haut la main puisque l’annonce d’un deuxième volet en préparation a été faite lors du Game Awards 2020. Non seulement l’inexactitude persiste, mais en plus les développeurs s’offrent en égérie l’acteur Vin Diesel, de quoi faire passer la pilule.

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