Free party : l’envers du décor

Afin d’organiser leurs free party, les sound-systems défient la législation en proposant de nouvelles techniques d’organisation. Sans sécurité au sein de leurs fêtes, l’autogestion et le bénévolat deviennent indispensables. Les organisateurs communiquent de façon discrète et mettent en place une donation pour subvenir aux besoins du groupe. 

De plus en plus populaire, les free party se multiplient en France. Connues sous le nom de « teufs », ces fêtes libres s’organisent en plein air. Elles se produisent la nuit ou en journée dans des champs, des hangars ou sous des ponts. Composés de DJ et de passionnés de musique électronique, les sound-systems gèrent l’organisation des événements et l’installation du matériel. Fondateur et membre du sound-system « OBN » (Obnubilé), Samuel B. fait danser des milliers de personnes devant ses caissons de basses. Musique, liberté, illégalité et forces de l’ordre, immersion dans le monde de la free.

Une free party organisée dans un hangar © OBN sound-system

Autogestion et respect

Du début jusqu’à la fin, les acteurs des fêtes libres organisent et gèrent seul leurs évènements. En refusant de déclarer leurs évènements en préfecture, le choix de l’illégalité est inévitable. Sans contraintes d’organisation et sans sécurité au sein de leurs soirées, les sound-systems créent leurs propres règles, chacun à sa façon. Emmanuel Grynszpan explique que, « analyser le mouvement techno comme un tout est très problématique parce que les courants dont il est composé adoptent des positions esthétiques, idéologiques et économiques parfois complètement opposées. »

« Les teufeurs doivent respecter les propriétaires des terrains, les organisateurs, l’environnement dans lequel ils se trouvent et surtout, se respecter eux même. »

Samuel B., fondateur et membre du sound-system OBN

Pour le bon déroulement des free-party, les fêtards doivent adopter un bon comportement. Depuis plus de 6 ans, Samuel B. organise des free party. Selon lui, l’autogestion demande une participation active des fêtards qui doivent, « respecter les propriétaires des terrains, les organisateurs, l’environnement dans lequel ils se trouvent et surtout, se respecter eux même. » Les sound-systems décident de l’ampleur des évènements en prévoyant un nombre précis de participants. Lors de petits évènements, les habitués se retrouvent et sont familiers de l’autogestion. « Nous savons nous gérer et gérer nos amis » précise Samuel. C’est auprès des organisateurs que les fêtards se tournent lorsqu’ils observent des problèmes au sein des soirées ou lorsqu’ils souhaitent avoir divers conseils.

Lors de gros évènements qui rassemblent plus d’une centaine de personnes, les organisateurs se retrouvent seuls face aux débordements car « le public ne peut pas gérer certains fêtards qui viennent avec de mauvaises intentions » ajoute Samuel. Une organisation bénévoles comme Techno+ se déplace et donne gratuitement des brochures sur différentes drogues, des mouchoirs, des « roule ta paille, rince ton pif », des sérums physiologiques ou encore des couvertures anti froid. Toutefois, elle n’est pas toujours présente. Personne n’est qualifié pour encadrer et sécuriser les lieux et les fêtards. C’est pourquoi, les sound-systems en appellent au respect des participants pour que les free party se déroulent et se terminent dans de bonnes conditions.

Participation des fêtards

Free party organisée par les sound-systems OBN, KTK et Ninjatek © OBN sound-system

Dans toutes les free party, les fêtards sont eux aussi des bénévoles et participent activement à l’organisation de celles-ci. Ils se mobilisent pour « aider à l’installation du site ou à son nettoyage, animer l’espace festif par des activités de spectacle de rue, mais aussi tout simplement en dansant » remarque Anne. Plusieurs fêtards performent et animent gratuitement les free party pour le bonheur de tous. Il y a par exemple, les cracheurs, jongleurs et danseurs de feu. Il y a aussi les fêtards qui participent à l’installation et au rangement du matériel des sound-systems. Sans compensation financière, ils aident aussi à nettoyer les lieux.

Économie parallèle

Soirée « chasse aux fantômes » organisée par les OBN © OBN sound-system

Dans le mot « free party », il a le mot « free » qui insinue la gratuité de ces évènements. Cependant, Samuel raconte qu’avec son groupe OBN, ils mettent en place une donation à prix libre. « Les fêtards payent ce qu’ils veulent et estiment correct. » dit-il. Cela permet aux sound-systems d’obtenir une rétribution pour leur gestion financière, technique et artistique de leurs free party lors même qu’ils ne sont pas rémunérés.

Les fêtards qui n’ont pas d’argent peuvent également donner des cigarettes, de l’alcool, du carburant etc. Dans la plupart des cas, la donation oscille entre 2 euros et 10 euros par personne. Même si elle n’est pas obligatoire, la donation est symbolique et synonyme de respect. Anne Petiau explique qu’ « il y a obligation au sens où il est mal vu de ne pas donner, où la donation, et même un certain niveau de donation, peuvent être exigés. ».

Cette économie parallèle est un bon moyen de financier le matériel ou encore la décoration. Lors d’une interview, Seb (membre du sound-system « Spiral Tribe ») explique qu’il a ainsi réussi à financer le premier disque de son groupe. Un disque que son sound-system distribuait lors de free party.

Communication discrète

Pour éviter les problèmes avec la justice, les sound-systems doivent communiquer à couvert. Plus de 700 personnes sont membres du groupe Facebook du sound-system OBN. Le groupe utilise les réseaux sociaux pour informer les fêtards de leurs nouveaux évènements, pour partager des vidéos et des photos ou pour leur faire part d’informations importantes comme l’annonce d’une saisie de leur matériel. Cependant, leurs messages sont courts et codés. Samuel dit que son sound-system communique peu car les forces de l’ordre suivent leurs réseaux sociaux et mettent en place des écoutes téléphoniques.

« Il suffit que les gendarmes arrivent trop tôt sur les lieux de nos free party pour qu’on soit dans l’obligation de tout annuler. »

Samuel B.

Les sound-systems font tout pour passer entre les mailles du filet des forces de l’ordre. C’est pour cette raison que les groupes fournissent les informations clés en envoyant un message groupé aux fêtards quelques heures seulement avant le début de leurs évènements. « Il suffit que les gendarmes arrivent trop tôt sur les lieux de nos free party pour qu’on soit dans l’obligation de tout annuler. » explique Samuel.

Des centaines de personnes dansent devant des caissons de basses lors d’une free party © OBN sound-system

Malgré toutes les précautions qu’ils prennent, les sound-systems rencontrent parfois des mésaventures comme, l’arrivée soudaine des forces de l’ordres sur les lieux de leurs évènements. La présence des forces de l’ordre pousse les organisateurs à envoyer leurs annonces plus tôt que prévu, déstabilisant l’organisation minutieuse de leurs soirées.

Aujourd’hui, les sound-systems organisent des teufs partout en France. Samuel affirme que les free party ont de belles années devant elles grâce à la création de nouveaux sound-systems. Alors, tendez l’oreille car une free party n’est jamais très loin de chez vous !

Soukaïna Ghanimi

Sources :

Entretien avec Samuel B. et l’auteur de l’article

Facebook, Obnubilé Sound System (OBN) https://www.facebook.com/groups/1451835864830417/?fref=mentions

GRYNSZPAN Emmanuel, « Bruyante Techno : Réflexion sur le son de la free party », Coll. Musique et société n°2, 1999, pp. 8-20 https://books.openedition.org/ms/1356?lang=fr

KOSMICKI Guillaume, « Free Party : Une histoire, des histoires », Le mot et le reste, 2018 http://excerpts.numilog.com/books/9782360545766.pdf

PETIAU Anne, « Free parties et teknivals. Dans les marges du marché et de l’état, système de don et participation », Janvier 2012 https://www.researchgate.net/publication/330412262_Free_parties_et_teknivals_Dans_les_marges_du_marche_et_de_l’etat_systeme_de_don_et_participation

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :