Quel futur pour les femmes du secteur audiovisuel et du cinéma ?

Elles sont productrices, réalisatrices ou techniciennes, et veulent rompre avec la prédominance masculine dans le secteur audiovisuel pour plus de parité et moins de stéréotypes. 

Le quotidien de Mélissa, technicienne audiovisuelle. ©Mélissa Saadna

À l’heure où la féminisation des noms de métiers se démocratise pour lutter contre les discriminations de genre, les occurrences des moteurs de recherche pour « technicienne audiovisuelle » restent cependant au masculin. Pourtant, la profession de Mélissa Saadna, 22 ans, n’est pas réservée qu’aux hommes. Cette passionnée du septième art qui rêvait de devenir comédienne s’est finalement dirigée vers la technique après des études à l’université Paris X et au Conservatoire Libre du Cinéma Français. Actuellement employée dans une entreprise d’organisation d’événements, les tâches qui lui sont confiées sont polyvalentes : « je gère toute la partie technique, des caméras aux lumières, en passant par la gestion des fonds du studio qui servent à développer des concepts audiovisuels ou présenter des projets à des clients ».

Cartographie des métiers de l’audiovisuel. ©Commission Paritaire Nationale Emploi et Formation (CPNEF) de l’audiovisuel

Le secteur de l’audiovisuel est large. Il englobe la télévision, le cinéma, la radio et les nouveaux médias. Quelle place occupent les femmes ? Chaque année, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) publie un rapport intitulé La place des femmes dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle. Il chiffre et analyse les évolutions des effectifs présents au sein du CNC. En 2018, les femmes représentaient 51,7% des effectifs de l’exploitation cinématographique et 44,8% dans les entreprises de production audiovisuelle de fiction. Cependant, si Mélissa juge son milieu « très masculin », c’est parce que les disparités d’effectifs entre les différents postes sont notables. 

« Métiers de femmes » et « métiers d’hommes » 

« Il n’y a quasiment pas de filles dans la partie technique. On les retrouve dans la production ou le montage, mais moins à la caméra », explique-t-elle. Les chiffres du CNC illustrent ce constat. 

L’analyse par métier dans la production audiovisuelle fait apparaître des professions clairement plus « masculines » et d’autres plus « féminines ». Certains postes sont à plus des trois quarts occupés par des femmes comme les métiers de scripte / assistant scripte (96,3 % de femmes), costumier / habilleur (90,4 %) et coiffeur / maquilleur (80,4 %). La part de femmes est en revanche plus faible sur les métiers techniques : elle est de 4,5 % pour les machinistes, de 4,8 % pour les mixeurs et de 7,0 % pour les électriciens / éclairagistes.

Rapport 2021 du CNC

Bien que les chiffres soient en hausse par rapport aux années précédentes, pourquoi y-a-t-il encore aussi peu de femmes dans la technique ? Les formations sont pourtant ouvertes à tous. Mais les préjugés de métiers associés à un genre sont encore beaucoup trop ancrés pour apprécier des différences notoires. Dès l’enfance, la société, de manière bien souvent inconsciente, forge des idées préconçues et stéréotypées. Ainsi, les femmes ne se dirigent pas spécialement vers la voie technique. Le domaine de l’audiovisuel n’est donc que le reflet d’un phénomène de société.

Un désir de changement partagé

Jeune et ambitieuse, Mélissa envisage déjà la suite. « Plus tard, je souhaite ouvrir ma boite de production et ne la dédier qu’aux femmes dans l’audiovisuel. L’acte est très fort, mais peut-être trop politique bien que ce soit une réalité, les femmes sont sous-représentées dans le domaine audiovisuel ». Au sein de son entreprise, elle n’est pas victime de discrimination de genre. Cependant, elle est consciente que le problème existe et qu’il est lié au sexisme ordinaire. Elle donne l’exemple d’un trop grand nombre de fois où elle a dû refuser l’aide d’hommes, se demandant alors pourquoi elle ne pourrait pas le faire elle-même. 

Cette idée n’est pas inédite. Il existe de nombreuses boîtes de productions féministes. Bien souvent, des grands noms du cinéma sont à l’initiative, comme Echo Films de Jennifer Aniston, Flower Films de Drew Barrymore ou la société de production à but non lucratif We Do It Together créée en 2016. En France, la réalisatrice Shirley Kohn et l’actrice Camille Cottin ont créé Malmö Productions. Dans une interview accordée pour la revue en ligne féminine Cheek, elles expliquent le but de ce projet : « à travers nos films mais aussi en accompagnant leur diffusion de débats, nous espérons créer des lieux d’échanges où nous pourrons déconstruire les stéréotypes, faire évoluer les représentations des femmes et des hommes et ainsi faire progresser l’égalité »

Le Collectif 50/50 sur les marches du Festival de Cannes en 2018. ©Keystone

En 2018, l’association féministe Le Deuxième Regard se convertit en association et se renomme le Collectif 50/50. Composée de plus de 1500 professionnelles du milieu, elle publie régulièrement des rapports chiffrés mais aussi des chartes pour la parité et la diversité dans l’audiovisuel et le cinéma. Elle a organisé sa première action lors de la 72ème édition du Festival de Cannes en faisant monter 82 femmes sur les mythiques marches du Palais des festivals, notamment la présidente du jury Cate Blanchett et la réalisatrice Agnès Varda. Un chiffre représentatif puisque c’est le nombre de femmes sélectionnées en compétition officielle à Cannes depuis ses débuts, contre 1 688 hommes. Ce message fort démontre le manque d’égalité dans le cinéma. Parmi elles, des professionnelles de tout genre: techniciennes, productrices, actrices et réalisatrices. C’est d’ailleurs grâce à ces dernières que Mélissa aperçoit une évolution positive dans le cinéma : « Pour que le secteur évolue, il faut bien commencer par un point. Si ça peut venir des réalisatrices, c’est génial »

Le regard féminin comme contre-pouvoir 

Dans ses inspirations, Mélissa compte Céline Sciamma. La réalisatrice et scénariste française primée à Cannes est d’ailleurs co-fondatrice du Collectif 50/50. Elle considère son cinéma comme important car ses films sont réalisés depuis le point de vue d’une femme. Elle compare ainsi le film Portrait de la jeune fille en feu à La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche : « ces films relatent tous les deux une relation entre deux femmes, mais les scènes érotiques ne retranscrivent pas les fantasmes d’un homme. Sciamma réussit à montrer l’amour sans être dégradante pour les actrices parce que ce n’est pas sexualisant ».

Face à la domination masculine dans le cinéma, les réalisatrices tentent de renverser la tendance. Théorisé depuis peu, le regard féminin ou female gaze n’est cependant pas un concept nouveau. C’est l’opposé du male gaze, défini en 1976 par la réalisatrice et chercheuse anglaise Laura Mulvey comme l’imposition d’une vision masculine hétérosexuelle par les réalisateurs.

En 2020, la journaliste et critique de cinéma Iris Brey publie Le Regard féminin, une révolution à l’écran, le premier essai français sur le sujet. Elle dresse ainsi une liste d’exemples de films où l’on retrouve ce regard féminin. Considérée comme l’une des réalisatrices les plus engagées sur la question et interviewée par le site spécialisé en cinéma Le Bleu du Miroir, Sciamma explique ainsi que « si on me demande ce qu’est le female gaze, pour moi, c’est partager. Comment on partage l’expérience d’un sujet. Tandis que le male gaze, c’est cet espèce de plaisir que l’on prend à objectiver les femmes ».

Le cinéma féministe est en pleine expansion.  Les femmes du secteur audiovisuel sont sur tous les fronts. Elles luttent pour plus de parité et moins d’inégalités salariales; plus de représentation et moins de stéréotypes dégradants. Un combat long, mais qui renvoie une image positive grâce à la sororité qui se dégage des divers combats.

5 films féministes à voir absolument d’après Mélissa:

Lou Tabarin

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