Des citoyennes ignorées

En bousculant toutes nos sociétés contemporaines, la crise sanitaire de la covid-19 a mis la lumière sur des inégalités de classe, de genre, de statut. Pourtant, certaines dissemblances entre les hommes et les femmes peinent encore à s’avouer.

Si beaucoup applaudissaient les soignant.e.s et les caissier.e.s en mars 2020, peu songeaient, depuis leurs fenêtres, acclamer les auxiliaires de vie ou les agent.e.s de service hospitalier. Pourtant, iels ont également subi la crise de plein fouet. 

Cette crise nous a montré à quel point de nombreux emplois, souvent occupés par des femmes, sont socialement et économiquement dévalorisés. « La moyenne nationale des auxiliaires de vie, c’est 800 euros par mois », affirme Dafna Mouchenik, directrice de Logivitae. La structuration du monde du travail en France est rythmée par des différences de traitement opérées entre les hommes et les femmes. En plus d’être soumises au plafond de verre, elles sont sujettes aux inégalités salariales (d’après l’INSEE, en France, les hommes sont rémunérés en moyenne 28,5 % de plus que les femmes) et à la dévalorisation de leurs emplois. Et si le secteur du soin, principalement composé de femmes, a été l’un des premiers mobilisés par la pandémie, les femmes quant à elles ont été les premières touchées par la crise. Leurs fonctions ont été qualifiées d’essentielles mais cela s’est cantonné à leur travail et n’a pas suffi à leur donner du crédit en tant que personnes.

Les femmes sont assignées à un rôle majeur dans l’espace domestique. Elles sont vues comme les maitresses de maison et sont souvent obligées de prioriser ce poste à leur vie professionnelle. Elles sont donc majoritaires dans les contrats précaires. D’après Oxfam France, 76% des emplois en temps partiel sont occupés par des femmes, l’ONG parle de « temps partiels subis ». Cela s’est imagé en 2020 lorsque de nombreuses femmes ont plébiscité le chômage partiel, entrainant selon Oxfam, une perte de revenus d’au moins 800 milliards de dollars en 2020. Dans le cadre d’un couple hétérosexuel, les pertes financières étaient moins importantes dans ce cas de figure, selon l’INSEE, pour trois couples sur quatre, les revenus de la femme sont inférieurs à ceux de son compagnon.

Ce phénomène prend place dans le champ d’inégalités femmes-hommes et de genre qui structurent notre société. C’est un nouveau révélateur du problème systémique dans lequel les femmes sont reléguées à l’espace domestique et à des tâches qui relèvent du travail domestique. Ainsi, lorsqu’elles occupent un emploi qui nécessite ces mêmes compétences, elles ne sont que trop peu reconnues. La société dévalue ces postes comme elle dévalue le travail domestique. « On m’a demandé aussi pourquoi ce ne sont que des femmes qui exercent le métier d’auxiliaire de vie. Mais c’est parce que nous sommes formatées pour ça. Les hommes pensent que s’occuper des enfants c’est la femme, faire le ménage c’est la femme. » explique Marie-Basile MBarga. Ainsi s’est opéré l’effacement des auxiliaires de vie et agent.e de service hospitalier durant la crise sanitaire de la Covid-19, conséquence d’un manque de reconnaissance couplé d’une méconnaissance de ces emplois. 

A cette dévalorisation des emplois dits « féminins », opérée dans le champ d’une société patriarcale, des voix se lèvent pour mener un plan de relance féministe. La réduction des inégalités entre les hommes et les femmes serait au centre de la lutte contre la crise de la Covid-19.

Charlotte Vrignaud

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