Le théâtre, un art pour repenser les questions de genre ?

Lieu de l’inversion des rôles, de l’effacement, de la confusion des genres et de l’affirmation des identités sexuelles, le théâtre est un art où la performance du genre prime. Se renouvelant sans cesse, celui-ci permet à une nouvelle génération de metteur.euse.s en scène et d’écrivain.e.s comme Thibaut Galis, de s’exprimer librement en redéfinissant les normes imposées par une société patriarcale et hétéronormée.

Thibaut Galis, c’est avant tout une énergie débordante. Lorsqu’il entre dans une pièce, il l’illumine par son rire et sa joie de vivre. Ce jeune homme de 23 ans, tout juste diplômé d’un master de mise en scène a déjà tout d’un grand. Ambitieux et déterminé, il a écrit et mis en scène deux pièces de théâtre dans lesquelles il pose un regard personnel sur la construction du genre au théâtre. Cette passion s’est ainsi développée tout au long de son cursus scolaire, durant lequel il a pu expérimenter le jeu d’acteur, l’écriture et la mise en scène. Cet art fut une libération pour l’adolescent torturé qu’il était, en quête de sa propre identité. À cet égard, il comprend rapidement que le théâtre peut être militant, une arme pour lutter contre les stéréotypes dont il fait l’objet, mais aussi pour défendre ses idées politiques et convictions. Sa passion grandissante lui a permis de se jeter corps et âme dans cette discipline où il s’exprime désormais à travers sa compagnie de théâtre : La compagnie Médusée.

La performance pour penser le genre au théâtre


Thibaut Galis s’est énormément questionné sur la performance du genre au théâtre, notamment à travers ses deux pièces Sortir de la nuit et Penchés au bord du monde. Dans ses travaux, il met en lumière le corps des comédien.ne.s sur scène, lieu idéal pour repenser la représentation sociétale des genres. Les corps de ces individus deviennent l’objet central de la pièce. Par la chorégraphie et la rencontre des corps, les signes de la virilité et de la féminité sont remis en cause. Comment un corps peut fonder une identité et inversement ?

 Photo prise lors d’une résidence à Caen pour la pièce Penchés au bord du monde ©Compagnie Médusée

“Le rôle des acteurs et des voix, le fait qu’ils suent, crient, hurlent, tremblent sur scène, nous transmettent des émotions et des sensations très fortes,” déclare Thibaut. Le théâtre, en tant que spectacle vivant, permet de changer notre perception et nos aprioris sur la question de l’identité, du genre et de la sexualité. Un individu, c’est d’abord une infinité de possibilités, d’identités et de sexualités. De nombreux.ses auteur.ice.s et metteur.euse.s en scène se démènent pour repenser la construction de la féminité, de la masculinité et des sexualités au théâtre grâce à la performance. Phia Ménard, le Munstrum Théâtre ou encore Steven Cohen se sont déjà emparés de ces questions et représentations. Dans son spectacle Put your heart under your feet… and walk!, Steven Cohen incarne une créature qui semble “perchée au-delà des sexes et des genres, abolissant l’idée même de fluidité entre les pôles masculins ou féminins.” Selon Thibaut Galis, le théâtre est important à cet endroit précis, puisqu’il est la clé qui permet de faire vivre cette performance.

Put your heart under your feet… and walk! de Steven Cohen ©Youtube

Visibiliser les minorités sexuelles et de genres

L’une des intentions principales des pièces de Thibaut Galis est de créer un théâtre plus inclusif. Des spectacles où les minorités sexuelles et de genres auraient leur place, seraient entendues, visibles, où elles pourraient exister. “Que les personnes queer, gay, transgenres ou lesbiennes sachent que l’on parle d’elles dans l’art, que leurs vies, que leurs amours sont également montrés au théâtre et qu’elles sont représentées”, ajoute-t-il. Eugen Jebeleanu, metteur en scène et écrivain roumain avec lequel Thibaut a eu la chance de travailler, tente également de donner la parole aux individus qui ne font pas partie de la majorité et qui remettent en question la culture dominante. Dans leur pièce Ogres, Eugen Jebeleanu et le dramaturge Yann Verburgh proposent d’explorer les douleurs et souffrances qu’engendre l’homophobie, dans sa dimension mondiale. Ils montrent à quel point celle-ci est vectrice d’exclusion, et tue directement ou indirectement ceux qui la subissent.

Ogres, Compagnie des Ogres (Eugen Jebeleanu et Yann Verburgh) ©Vimeo

Intégrer des personnes transgenres, non-binaires, gender fluides, gay afin qu’elles puissent incarner leurs vécus est capital pour une meilleure visibilisation. Pour la création de ses pièces, Thibaut Galis s’entoure toujours de personnes qui vivent ces expériences-là afin de le guider ainsi que de l’aider à créer le spectacle le plus déconstruit possible. Selon lui, “Tout le monde et n’importe qui peut jouer tous les rôles possibles et inimaginables du monde. Mais le problème est de savoir avec quelle sensibilité, justesse et légitimité.” En fin de compte, le jeune metteur en scène remarque qu’il y a véritablement une non volonté de montrer certaines minorités aux yeux de tous, notamment les personnes transgenres parce qu’elles ont “des corps qui interpellent, qui interrogent la norme, et qui nous sommes.”

Finalement, au théâtre, tout ne serait pas question de genre ?

Pour Thibaut, bien que certain.e.s écrivain.e.s et metteur.euse.s revendiquent ne pas faire de spectacle politique ou s’abstenir de tout jugement concernant les questions de genre dans leurs pièces, il est impossible au théâtre, de ne pas traiter ces questions-là. À titre d’exemple, l’un des spectacles de Joël Pommerat, Contes et Légendes, semble d’apparence parler de robots ou de personnes artificielles. En définitive, on s’aperçoit rapidement que toute la pièce est façonnée autour du genre. Celle-ci traite de l’adolescence, et de la construction des individus. Il est donc question de genre et d’identité. Les actrices y jouent de jeunes garçons et la question de comment incarner un garçon sur un plateau de théâtre se pose. Dans l’une des scènes, les garçons sont envoyés dans des centres de masculinité afin de devenir plus virils.  À la fin de la performance, le metteur en scène a signifié qu’il n’avait pas voulu faire un spectacle sur le genre, mais sur le passage de l’enfance au monde adulte.

Qu’on le veuille ou non, selon Thomas Cepitelli, docteur en littérature comparée : “Tous les spectacles parlent du genre. Dès lors que le masculin et le féminin sont l’objet d’une partition sociale, symbolique, politique, ces catégories et leurs porosités sont sur scène un souci autant que dans nos vies, qu’il s’agit de considérer, d’embrasser dans toute leurs complexités.” Finalement, le théâtre est un art très ancien, qui a traversé énormément d’étapes et qui a encore tant à nous offrir, notamment sur la question du genre. Cette question peut se déconstruire, se problématiser plus facilement dans cet art grâce à la performance.

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