La BD malgache : les limites de la carrière de bédéiste

Depuis que la bande dessinée est apparue à Madagascar, en 1961, elle a connu une evolution notable et gagné en visibilité. Isolée, sans programme de formation et en l’absence de débouchés, la BD malgache rencontre encore de nombreuses difficultés.

Eric Andriantsialonina, connu sous le pseudonyme Dwa, est l’un des premiers artistes bédéistes malgaches qui a poursuivi sa carrière artistique dans son pays natal. Tout au long de sa carrière professionnelle, cet artiste autodidacte a tout mis en œuvre pour réaliser son rêve. Celui de faire de la bande dessinée son activité professionnelle principale. Mais son aventure de dessinateur et scénariste ne débute qu’en 2011, après avoir abandonné son poste au Ministère des Finances pour suivre son rêve à plein temps. Grâce à la publication de ses ouvrages, Dwa a participé à des expositions et à des conférences dans lesquelles il partage les difficultés rencontrées par les artistes malgaches.

La bande déssinée : Un marché étroit

Ce qui affecte le plus les bédéistes, c’est l’absence du marché de la BD à Madagascar. « Le marché malgache n’est pas viable. Pour le moment, on est obligé de publier nos livres à l’étranger, pour pouvoir faire de la bande dessinée notre métier » précise Eric.

L’accès aux activités artistiques et culturelles tel que les salons ou les expositions littéraires autour de la BD est limité. Surtout, si l’on habite dans une petite ville. Cela affecte non seulement la distribution du travail artistique, mais aussi le fait de ne pas pouvoir partager des œuvres littéraires avec les autres, et surtout de développer son inspiration. Comme Dwa l’explique : « La bande dessinée est un art qui se partage. Pour apprendre il faut découvrir d’autres bédéistes, assister aux expositions, aux événements culturels, et aux festivals. Pour vraiment avoir une vision globale de la bande dessinée ». Éric a eu la chance de faire une résidence d’artiste à Paris, en 2018, pendant une durée de 3 mois. Il en a profité pour assister à un maximum d’événements.

Ces derniers temps, des organisations ont commencé à promouvoir l’art de la bande dessinée. Comme on peut le voir avec l’association La 13ème Colline qui a eu l’idée de créer un centre de formation et de création artistique à Antananarivo, la capitale. Un projet présenté avec l’exposition La 13ème Colline qui porte le même nom que l’association, et soutenu par d’autres pays, dont la France. Cette évolution artistique, on peut la voir également avec les formations pour les artistes. En 2020, dix dessinateurs malgaches de bande dessinée ont été sélectionnés pour participer à une résidence d’artiste dans la capitale malgache. 

Dwa lors d’une séance de dédicace de « Mégacomplot à Tananarive” (2020) ©

La formation et les événements culturels

Se former à la bande dessinée est compliqué à Madagascar. Notamment à cause du manque d’écoles d’art, l’apprentissage devient difficile. Dans certaines écoles primaires et secondaires, la matière “arts plastiques” est présente mais cela n’est pas suffisant. Pour cette raison, chacun doit trouver un moyen d’apprendre, ce qui est très difficile, surtout quand on n’a pas de modèle. C’est le cas de Dwa « Je n’avais personne qui pouvait me guider. Le fait d’habiter à Madagascar rend les choses plus difficiles. Ici, il n’y a pas d’école d’art, ni de formation, ni de soutien du Ministère de la Culture » dit-t-il. Artiste autodidacte, Dwa a appris seul à dessiner et à créer des histoires. Aujourd’hui, il est devenu un modèle à suivre. 

Éric Andriantsialonina est déterminé à faire connaître la BD malgache dans le monde et à aider les futurs bédéistes dans leur processus d’apprentissage. Dès qu’il en a l’occasion, il participe à des expositions et aux conférences où il évoque surtout les difficultés auxquelles ces artistes sont confrontés. Il y a eu un changement de la BD depuis ses débuts, Dwa le mentionne aussi : « Actuellement, l’art est plus accessible à Madagascar. À mon avis, il y a eu une évolution depuis mes débuts. On est nombreux à raconter notre histoire, à donner nos points de vue. Cela permet aux autres d’apprendre qu’on peut faire de la bande dessinée son métier ».

Atelier BD à Madagascar avec Dwa – Elodie Long Lai Kune (2017) ©

La bande dessinée à Madagascar a un rôle pédagogique très important. Dwa explique qu’elles sont utilisées dans les écoles pour enseigner : « De nombreuses personnes ont des difficultés à lire. Pour cette raison, les bandes dessinées sont utilisées pour enseigner. La plupart du temps, il suffit de regarder les illustrations pour comprendre l’histoire ».

Une île lointaine

La situation géographique du pays affecte également la carrière professionnelle de l’artiste bédéiste malgache. Le fait que Madagascar soit plus éloigné de l’Europe que ne le sont des pays tels que ceux de l’Afrique du Nord, par exemple, limite également les déplacements des artistes.

Néanmoins, la bande dessinée malgache est plus présente que dans le passé. En effet, cette année, SoBD Paris a l’honneur d’accueillir et de présenter la BD malgache aux parisiens. Cette 11ème édition du salon est marquée par la présence de Madagascar. Il présente l’histoire de la bande dessinée, mais pas seulement. Dans le stand malgache tenu par l’éditeur réunionnais Des Bulles dans l’Océan, plusieurs artistes ont été invités, tels que Catmous James, Liva et Dwa. À l’occasion de ce salon, il y aura aussi d’autres événements consacrés au patrimoine dessiné malgache. C’est le cas de la médiathèque de la Canopée qui présente l’exposition L’âge d’or de la bande dessinée À Madagascar.

Les réseaux sociaux rendent l’art plus accessible

Pour faire connaître leur art dans le monde, les bédéistes malgaches font appel aux médias. Ils utilisent les réseaux sociaux et des sites spécialisés (Tipee, Buymeacoffe ou Patreon) pour les dessinateurs dans le but de partager et proposer des services, tels que des commentaires sur des dessins ou des bandes dessinées réalisés par des débutants et amateurs. 

Compte Instagram @Dwa.artist (2021) ©

Dans le cas de Dwa, cela fait 6 ans qu’il partage des petites histoires biographiques sur son compte Instagram @dwa.artist. Grâce à ce compte, il a eu plusieurs collaborations et plusieurs personnes l’ont connu sur ce réseau social. En outre, il y a quelques mois, Dwa a créé son compte sur Patreon, un site qui s’adresse aux créateurs qui mettent régulièrement du contenu en ligne, notamment les dessinateurs, les écrivains et les musiciens. Il explique : « Patreon est une plateforme pour partager mes futurs albums, se mettre en contact avec d’autres personnes qui sont intéressées par la bande dessinée, pour partager des conseils ». Son compte est très créatif et on peut y trouver toutes les dernières nouvelles, et même entrer en contact avec lui

Malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés les artistes de Madagascar trouvent des solutions pour les surmonter. Au fil du temps, ils gagnent en notoriété dans le monde entier et ont davantage des possibilités de faire de leur passion leur activité professionnelle principale.

« Mon activité m’apporte surtout de la joie, rien que le fait de me réveiller chaque matin et de voir que je fais ce que j’aime. » 

Éric Andriantsialonina

Hanae JAALI

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