« Sous France »

Le 25 août 2021, le réalisateur de Ma Loute, Bruno Dumont, proposait un film flamboyant d’actualité : une critique virulente de la société médiatique. Avec un casting à tout casser composé de Léa Seydoux, Benjamin Biolay et Blanche Gardin, on aurait pu croire au chef-d’œuvre… Retour sur une imposture cinématographique.

France de Meurs est la journaliste vedette d’une chaîne privée de la télévision française. Elle voue son existence à son métier, alternant les plateaux et les reportages sensationnalistes dans des pays en guerre. Des événements personnels vont bouleverser tout l’équilibre factice qu’elle avait construit.

France De Meurs en reportage dans le nord de la France ©3B Productions

Après avoir visionné la bande-annonce, on aurait pu aisément penser que le long-métrage allait offrir une critique acerbe et satirique de la société médiatique française. Que nenni ! La première scène – accrocheuse – qui montre France au sommet de son art poser une question au véritable Emmanuel Macron constitue déjà une fausse piste pour le spectateur. En effet, on aurait pu supposer que le film traiterait d’actualité et de la manière dont les journalistes en continu traitent l’information mais hélas on se retrouve au milieu d’un fatras de situations aussi incongrues que grotesques : de la guerre en Syrie, on passe sans transition à la condition des migrants qui tentent d’échapper à leur pays par la mer et tout cela sans prise de position du réalisateur.

Même si au départ, la vie professionnelle de la présentatrice star est plutôt bien dépeinte car on la voit obnubilée par sa propre image et odieuse avec ses équipes, l’absence de cohérence du personnage finit par lasser. Après un éclairage plus que complet sur la sphère télé- journalistique, le réalisateur s’attarde (et le mot et faible) sur la vie intime chaotique de France. Du moment où elle renverse un gamin livreur avec sa voiture jusqu’à ses grandes envolées mélodramatiques adressés à un homme rencontré au sanatorium en Suisse, on ne cesse d’interroger son comportement. Les dialogues sont dépourvus de tout sentiment (je pense notamment aux scènes de couple avec Benjamin Biolay mises au second plan alors même qu’elles auraient pu constituer un véritable terreau pour justifier la dépression de la journaliste) et ses réactions sont toujours ou disproportionnées ou inexistantes. Les travellings rapprochés sur le visage bouffi par les larmes de Léa Seydoux s’inscrivent dans une temporalité interminable et agacent celui qui regarde : il ne comprend absolument pas où Bruno Dumont veut en venir. On vit une sorte de vertige irréel car les personnages ne nous inspirent aucune véritable empathie.

Regard caméra, narcissisme télévisuel ©3B Productions

Au milieu de tout ce chaos, le spectateur se voit imposé d’être successivement : spectateur du film, spectateur des coulisses des reportages qu’il y a dans le film et spectateur du rendu final des reportages qu’il y a dans le film. Toutes ces dimensions, si intéressantes soient elles, rendent le tout d’une lourdeur et d’un ennui accablants. S’il aborde des thèmes intéressants, il n’arrive pourtant jamais à nous accrocher car il propose une réflexion peu profonde et si vaste sur la célébrité, les médias, l’effet des médias sur la célébrité, la dépression, l’avis des journalistes sur les autres journalistes, la vertu du métier, la famille, l’amour, la rancune, les vacances, l’argent, le bien, le mal… J’ai perdu le fil, et le réalisateur aussi apparemment.

Ce film fait l’effet d’un pétard mouillé. Malgré un bon casting et une bande-annonce prometteuse, le scénario finit par retomber comme un soufflé : chacun se demande pourquoi il s’est infligé deux heures et demi d’épreuve.

Eulalie Collard

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :