Baceux contre délinquants, vie ordinaire à Marseille

2021, année la plus meurtrière de la cité phocéenne. Total de 15 morts sous fond de trafic de drogue 

Image du tournage, avec Karim Leklou alias Yassine, François Civil alias Antoine et Gilles Lellouche alias Grégory.  ©Jérome Mace

Depuis des années on avait pas eu l’occasion de voir un chef-d’œuvre français pareil. Avec un box office de plus de 2 millions d’entrées, BAC Nord s’inscrit dans les films français les plus vu. Tourné et réalisé en 2019, la pandémie mondiale aura eu raison d’eux. Retardé au 18 août 2021, cet événement cinématographique est réalisé par Cédric Jimenez, producteur et scénariste né à Marseille. Accompagné de sa femme, Audrey Diwan, le couple retrace le scandale de 2012, incriminant la brigade anti-criminalité (BAC) de Marseille. Les faits ? Trafic de stupéfiant et racket, 18 policiers se retrouvent alors sanctionnés, garde à vue, peine avec sursis ou radiation. 

Des héros devenus à leur tours des caïds

Voici l’histoire de Gilles Lelouche, alias Grégory, Karim Leklou alias Yassine et François Civil alias Antoine. Le scénario est simple. 3 flics bossent à la BAC Nord de Marseille. La demande de la hiérarchie est de faire du chiffre, peut importe les moyens. Entre arrestations pour vente illégale et pv pour stationnement interdit, le trio se questionne sur l’utilité de leur travail. Le mot d’ordre : pas de dérapage, pas de dégâts matériels. Suite à une poursuite plus que chargée en émotion, entre Greg et un suspect qui se réfugie dans une des cités. Le ton va monter, la patrouille ne pourra jamais entrer dans la cité, puisque devant eux se trouve une cinquantaine de jeunes, armés. A la radio les supérieurs crient « n’entrez pas, aucun renfort ne pourra intervenir, n’entrez pas ». A ce moment précis, les choses évoluent, leur chef, Cyril Lecomte, alias Jérôme, demande au trio d’effectuer un démantèlement d’un des plus grands trafic de drogue du moment. Pour ça, ils ont carte blanche. Amel, l’indic d’Antoine a une info, mais en échange 5 kilos de cocaïne. L’enjeu est important, ils effectuent donc des collectes, pendant des jours, pour récupérer l’information cruciale.  Sans qu’ils le sachent, les problèmes vont commencer. 

Esprit borderline…

Le réalisateur, en retraçant ce fait, a voulu alerter sur l’histoire de sa ville natale. C’est à Marseille que les échanges entre les policiers et les jeunes de cités sont les plus virulents. Pour cause, les jeunes en ont marre de subir des bavures policières. A contrario, les brigades, elles, en ont marre de subir des pressions de la part de leur supérieurs ainsi que de ces jeunes. Ces policiers, le long du film, sont mis à l’épreuve, poussés dans leur pire retranchement. Crachat dans la figure, insulte, jet de projectile, dégâts matériels ( pneus crevés, phares cassés). Ces actes les rendent à fleur de peau. L’esprit borderline, instable dans leur vie de tous les jours, humeurs changeantes, hypersensibilité. Les brigades anti-criminalité sont connus pour leur impulsivité. A la sortie de BAC Nord, les polémiques ont fusé. « Ils prennent parti en faveur de la police », « ils montrent les côtés sombres des cités, cela va inciter à voter pour l’extrême droite », « les scènes sont surjouées, ce n’est pas la réalité ». Alors que c’est tout l’inverse. Cédric Jimenez, retrace le cercle vicieux, et le paradoxe de ces jeunes de cités ainsi que ces brigades. Les trafiquants font plonger avec eux des personnes de plus en plus jeunes pour dealer. Les trafics sont de plus en plus soutenus, ça leur rapporte gros, les cités sont devenues des palais à garder coûte que coûte. Même si cela doit passer par l’assasinat et la séquestration. Son but, créer un équilibre parfait entre les actes des jeunes de cités et des brigades. 

Une réalité affligeante 

Selon Marianne, le film est « dépourvu de clichés tant dans sa représentation des flics que dans celle des voyous, le film frappe par sa sécheresse, sa noirceur, sa maîtrise scénariste et formelle ». Le film, bien que scénarisées, offre la possibilité de rendre à l’évidence une réalité obscure, une réalité dont personne n’ose affronter le sort. Tourné dans les vraies cités de Marseille, les figurants sont des jeunes des quartiers. Les acteurs, eux, ont pu parler avec des anciens des brigades nord. Pour pouvoir jouer un rôle comme celui là, il faut de la connaissance, de la maîtrise, Gilles Lelouche l’a très vite perçu. Certains passages sont bouleversants, ils font froid dans le dos. Entrer dans le rôle d’un flic, teigneux, vivant dans les remords, tabassant des jeunes n’est pas une mince affaire. On peut sentir l’émotion, la peur, la colère, la tristesse nous envahir en découvrant des moments du film. Quelques airs de ressemblance avec « Les Misérables« , alors si vous aimez aimé ce dernier, vous aimerez très certainement BAC Nord.

Ce film est une claque, un retour à la réalité qui fait mal. Quand on sort de la salle on aimerait y retourner, pleurer, aider ces jeunes en détresse et ces flics déboussolés. 

Salomé Busson

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