THE FRENCH DISPATCH : UN BILAN ASSYMÉTRIQUE

Sortie dans les salles françaises le 27 octobre dernier, cette nouvelle création de Wes Anderson n’a pas fait l’unanimité. Un casting en or, pour une réussite en demi-teinte.

Est-ce un film intelligent qui joue avec l’ennui, ou un film intrinsèquement ennuyant ? Telle est la question que le spectateur se pose après visionnage. Personne ne semble réellement comprendre où Anderson a voulu emmener son audience. Étonnant, pour ce réalisateur américain généralement apprécié de tous. Révélé auprès du grand public américain en 1998, il n’est aujourd’hui plus à découvrir. Avec des films comme Moonrise Kingdom et surtout The Grand Budapest Hotel, son comique absurde a su se faire acclamer par la critique dès 2010. Sa touche distincte et atypique a rapidement été plébiscitée. Par une symétrie visuelle et une colorimétrie vive, Anderson montre une sensibilité artistique pour laquelle on ne peut que l’acclamer.

The French Dispatch, dixième long-métrage d’Anderson, avait donc tout pour réussir. Mais son dernier film datant de 2018, l’attente accumulée et l’engouement face à la bande-annonce ont facilement mené à la déception. Présentée au festival de Cannes 2021, cette comédie dramatique était peut-être dès le départ vouée à l’échec. Pourtant, le casting vendait le contraire. Connu pour ses collaborations excessives avec les mêmes artistes, ce film n’a pas échappé à la tradition. On y retrouve des habitués : Adrien Brody, Willem Dafoe, Frances McDormand, Bill Murray, Edward Norton, Tilda Swinton, et Owen Wilson. Des nouvelles recrues viennent s’ajouter à cette liste, dont un panel d’acteurs français. Ce choix n’est pas étonnant, quand on sait que le film a été tourné à Angoulême. Sont présents Léa Seydoux, Lyna Khoudri, Cécile de France, Guillaume Gallienne, et surtout Timothée Chalamet, coqueluche d’Hollywood. Mais même sa présence n’arrive pas a empêcher l’ennui qui surplombe la salle au fur et à mesure du visionnage.

Casting haut en couleur et plus que diversifié pour The French Dispatch © Searchlight Pictures 

Peut-être que l’assemblage du film en une suite de courts-métrages n’a pas aidé. Cette décision s’explique par le scénario, qui raconte l’histoire du journal américain The Evening Sun et de son antenne française The French Dispatch. Dans une atmosphère années 60, la scène d’introduction débute sur la mort de son rédacteur en chef, Arthur Howitzer Jr. Respectant son testament, la publication du journal est suspendue après un dernier numéro d’adieu. Y sont publiés plusieurs articles des éditions précédentes, que le film décide d’illustrer.

On se serait bien passé du premier chapitre, intitulé « The Cycling Reporter » et mené par Owen Wilson. Le voir se promener à vélo est sans grand intérêt. Le second est sans doute l’histoire la plus intéressante. « The Concrete Masterpiece » traite de Moses Rosenthaler (Benicio del Toro), un détenu psychopathe qui se révèle être un grand peintre. Le spectateur découvre sa relation avec Simone (Léa Seydoux), muse et gardienne de prison, et celle avec son marchand d’art Julien Cadazio (Adrien Brody). L’article qui suit est moins poétique, mais le public s’y connecte facilement. Dans « Revisions to a Manifesto », Lucinda Krementz (Frances McDormand) raconte comment elle a aidé Zeffirelli (Timothée Chalamet), meneur d’une révolte étudiante, à écrire un manifeste. La dernière partie, « The Private Dining Room of the Police Commisioner », est celle qui aurait gagné à être raccourcie. Cette enquête gastronomique qui vire au polar n’arrive guère à retenir l’attention de l’audience.

Le personnel du journal, apprenant la mort de son rédacteur en chef © Searchlight Pictures 

Rapidement, le public perd le fil censé lier les histoires entre elles. La structure est certes ce qu’il y a de plus original dans le film, mais elle n’en avantage pas le rythme. En ce qui concerne le casting, il est d’un prestige sans nom pour un scénario qui est au final assez faible. Bien sûr les acteurs restent beaux, et les performances d’une grande justesse. C’est en particulier le binôme Benicio del Toro et Léa Seydoux qui crève l’écran. Mention spéciale aux décors et costumes, qui sont d’une qualité époustouflante. La beauté du film est donc évidente, mais son intérêt beaucoup moins. Il reste faible dans son intention, jusqu’à en devenir décoratif. Comme dans The Grand Budapest Hotel, Anderson aurait du se servir de cette esthétique parfaite pour donner à réfléchir. Or ici ce n’est pas ce qu’il fait. Un peu à la manière d’une revue que l’on parcourt, cette production ne nous agrippe pas. L’ennui est si présent qu’il en devient l’antagoniste principal. Mais cela ne serait-il au final pas le but ? Surtout quand la ville dans laquelle se déroule l’histoire se nomme Ennuie-sur-Blasé. On en vient même à se demander si Anderson ne se serait pas joué de nous.

Lucie CHIQUER

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