Nos amis, les aimer, les détester avec Sally Rooney

Le troisième roman de l’autrice irlandaise, sortie en septembre dernier, nous pousse à explorer de nouveau son œuvre, encore jeune mais en pleine expansion. Retour sur son deuxième ouvrage, Conversations with Friends, sorti en 2017, qui esquisse les prémices de Beautiful World Where Are You (2021).

Sally Rooney n’utilise pas de guillemets typographiques, ses dialogues coulent dans la narration comme une part entière de sa réflexion. Conversation entre amis.es, conversation entre amant.es, conversation avec soi-même. Les personnages de Sally Rooney parlent, s’écoutent parler, se comprennent mal.

L’adaptation de Normal People, le premier roman de Sally Rooney, scénarisé par Rooney elle-même, a attiré des critiques positives.

Frances est une étudiante, la vingtaine, dévouée à son art, la poésie, et à son amie, ancienne amante, la belle Bobbi, charismatique et politique. Le duo rencontre le couple de Mélissa et Nick lors d’une de leur représentation de poésie parlée et est attiré de leur orbite. Bobbi s’amourache de Mélissa, et Frances malgré son jugement négatif initial, se trouve étonnamment en résonance avec Nick, un acteur conventionnellement beau, malheureux dans son mariage avec Mélissa.

Sally Rooney mêle l’intime au politique, en liant à la narration de Frances des réflexions sur le marxisme, le privilège blanc, le racisme même. La sortie de Beautiful World Where Are You a fait taulé en Israël, alors que Rooney a refusé de traduire son nouvel ouvrage en hébreu, comme action de boycott contre l’invasion Israélienne de la Palestine. Si l’autrice est militante, ses digressions politiques écrites peuvent agacer, souvent superficielles au milieu de tribulations intimes sans réels enjeux. Mais l’auteure le reconnaît elle-même, et c’est là toute l’essence de ses personnages. Pour le New York Times, elle questionne l’acte d’écrire de la fiction dans un monde où la réalité dépasse tout ce qu’on peut imaginer de bien ou de mal : « Quand on habite un monde en crise historique, et qu’on s’en soucie, comment justifier à soit-même que la chose à laquelle on a choisit de dédier sa vie c’est d’inventer de faux personnages qui ont des fausses relations amoureuses ? »

Sally Rooney in Merrion Square in Dublin. Photography: Ellius Grace for The New York Times.

Tous les personnages sont à degrés variés autocentrés, interagissent entre eux à coup de cruauté ordinaire, ou de malentendus. Certains lecteurs se reconnaîtront dans les démons de Frances, d’autres seront exaspérés, pour d’autres ce sera les deux.

Sally Rooney est encore une jeune autrice même si on peut déjà la considérer comme prolifique, et son art a encore la place de maturer et évoluer. Elle a par ailleurs exprimé son inconfort à l’idée d’être plus connue qu’elle ne l’attendait ; ses deux premiers romans ont attiré une attention mondiale, surtout auprès d’un lectorat jeune. On lui souhaite de continuer sur sa lancée et de conquérir ceux qu’elle n’a pas encore atteint malgré la médiatisation malvenue qui accompagne son nouveau statut.

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