Inside the Red Brick Wall / 理大圍城 : une révolution à l’écran

À l’occasion d’une très rare projection du documentaire Inside the Red Brick Wall (2020) au Forum des Images le 5 octobre dernier, retour sur le mouvement de protestation hongkongais de 2019.

La séance attire plus de monde qu’on ne pourrait croire pour un documentaire hongkongais qu’on a vu en France qu’une fois. C’est peut-être une des dernières fois que le film, déjà peu diffusé, sera programmé en salle.

Inside the Red Brick Wall est un documentaire de 88 minutes, signé par un collectif anonyme : le HK Documentary Filmmakers. Les réalisateurs du film masquent leur identité comme ils masquent les visages des participants, qui sont pixelisés pour protéger leur anonymat, donc leur vie. La reconnaissance faciale est une condamnation à la prison, ou pire, à Hong-Kong.

Des manifestations commencent dans la région en mars 2019 en réponse à l’introduction d’une loi pour l’extradition vers la Chine. La proposition de loi est suspendu le 16 juin, après l’escalade des protestations, mais le mouvement ne s’arrête pas là. Les violences policières en manifestation, la menace que la loi soit réintroduite, et la répression grandissante des libertés poussent les gens à ressortir dans les rues le lendemain.

Dans la continuation du combat contre la loi d’extradition, plusieurs évènements marquent l’année 2019 à Hong-Kong, y compris le siège de l’université Polytechnic.

Photogramme du film. @HK Documentary Filmmakers

C’est ici que le film débute. Dans un prologue en noir et blanc, les images reviennent sur le chaos des manifestations avant le siège. Les manifestants fuient la police qui tirent à bout portant, alors qu’ils sont seulement armés de leurs fameux parapluies, symbole de la contestation et protection sommaire contre les jais d’eau et balles en caoutchouc de la police – et de leurs lasers, nouvelle méthode de guérilla pour brouiller les dispositifs de reconnaissance faciale, qui donne aussi son esthétique au film.

Le film documente à la fois le siège mais aussi les stratégies réelles mises en place par les manifestants : l’« Opération Dawn » est lancée début novembre et consiste à bloquer le trafic pour obliger le gouvernement à répondre à leurs demandes. Des briques sont éparpillées sur les routes. Les briques rouges, qu’on retrouve aussi dans les murs de PolyU, donneront leur nom au film. Le titre apparaît après 25 minutes de film sur un plan de l’intérieur de ces murs sur le ciel. Le siège durera 13 jours, pendant lesquels les étudiants et manifestants essayent de déterminer des stratégies de sortie désespérées, dans une atmosphère tendue. Les arrestations à la fin du siège se comptent autour de 1200, peut-être plus.

Ils ne se débattent pas mais ils crient dans le chaos leur numéro de carte d’identité en boucle : qu’on sachent qu’ils ont été arrêtés, que leurs familles sachent, qu’ils ne puissent pas disparaître dans le système comme beaucoup avant eux.

Une séquence saisissante nous montre des manifestants écraser au sol par la police. Ils ne se débattent pas mais ils crient dans le chaos leur numéro de carte d’identité en boucle : qu’on sachent qu’ils ont été arrêtés, que leurs familles sachent, qu’ils ne puissent pas disparaître dans le système comme beaucoup avant eux. Le nombre de « suicides » et d’« accidents » n’a fait qu’augmenter dans les quelques mois qui ont mené à l’insurrection.

Inside the Red Brick Wall est une expérience exceptionnelle et unique de cinéma. L’auto-documentation d’un mouvement est une chose rare même dans les films de guerre ou de guérilla qui sont presque toujours filmés par une présence extérieure. Elle a ses avantages et ses désavantages : d’une part un point de vue vibrant d’intensité et d’intimité par des personnes qui vivent l’histoire, d’autre part un manque de recul évident ce qui est entrain de leur arrivé.

Le film a été diffusé pour la première fois au Cinéma du Réel en 2020. Le festival était bien sûr en ligne. Plus généralement la diffusion en ligne de ce film dans le monde a impacté sa trajectoire et a très certainement influencé le fait qu’il soit largement, et déjà, tombé dans l’oubli.

Ce contexte rendait d’autant plus fort sa première projection dans une salle de cinéma française, mais pas que. Après la projection, des étudiants hongkongais, dont certains avaient été témoins et acteurs des évènements à PolyU se sont levés pour crier un hymne de manifestation. Ils ont brandi un drapeau, et ils ont pris la parole. Plus que le film, leur présence rappellent l’urgence d’agir, l’urgence de diffuser des films comme Inside the Red Brick Wall, partout, à tout moment, alors qu’il est censuré à Hong-Kong même. L’urgence est réelle pour eux et devrait l’être pour nous aussi, surtout au vu du silence de la communauté internationale, particulièrement européenne, face aux crises liberticides qui gangrènent nos sociétés.

Emma Loiret

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