Netflix s’attaque à l’affaire Billy Milligan et ses 24 « monstres » 

Parmi les true crimes les plus célèbres, on retrouve un cas très particulier qui a inspiré le film Split (2017) de M. Night Shyamalan. Quatre ans plus tard, Netflix décide à son tour de traiter l’une des affaires judiciaires les plus controversées. 

©Netflix

La série-documentaire Billy Milligan, ces monstres en lui revient sur le cas unique de cet homme qui a donné du fil à retordre à la justice et aux psychiatres. Dans l’Ohio des années 1970, il est arrêté pour avoir violé quatre étudiantes dans un campus universitaire. Connu des services de police pour divers délits de délinquance, il est alors interrogé et sa culpabilité est prouvée. Néanmoins, un détail cloche. Son comportement est étrange, et sa défense demande un diagnostic. Le verdict tombe, et l’on découvre qu’il est atteint d’une maladie mentale méconnue à l’époque: le trouble dissociatif de l’identité (TDI). Au fil des expertises, les médecins réussissent à comptabiliser 24 personnalités différentes dans le corps de Billy. Il est donc jugé non responsable de ses actes à la suite d’un procès long et inédit.

Dans les images d’archives des entretiens de Billy avec des spécialistes, on retrouve en bas à droite les noms des différentes personnalités pour que les spectateurs puissent les identifier. ©Netflix

Le 22 septembre 2021, Netflix dévoile le documentaire des français Brice Lambert et Olivier Megaton. Après avoir réalisé des films d’actions comme Taken 2 ou Transporteur III, cette transition au petit écran donne une vision cinématographique à un format qui, de base, est plutôt classique. Aux nombreux témoignages s’ajoutent une contextualisation intéressante, avec des images d’archives d’évènements majeurs de l’époque, comme l’élection de Ronald Reagan ou le mariage de Lady Diana. Le tout est accompagné d’effets de lumière et de son qui laissent une tension tout au long du visionnage. Les quatre épisodes d’une heure se terminent par du suspense pour inciter à regarder le prochain pour en savoir plus.

Le cas de Billy est relaté par de nombreux témoins. Des membres de sa famille, notamment sa soeur Cathy Preston, ou des connaissances racontent leur expérience avec le criminel. Des spécialistes en psychiatrie tentent de vulgariser son trouble. Enfin, des avocats interviennent pour démontrer la complexité du jugement de l’affaire.

Toute création évoquant une personnalité criminelle est scrutée d’un oeil attentif par les critiques, puisqu’on peut rapidement tomber dans une narration scénarisée autour d’un personnage sans considérer ses victimes. Sur ce point,  Billy Milligan, ces monstres en lui reste assez impartial car toutes les parties sont prises en compte. L’épisode 2 traite du procès pour les viols commis. Certains avocats témoignent de l’absurdité de l’affaire en clamant qu’il n’est qu’un manipulateur, tandis que d’autres se reposent sur son trouble comme motif de défense. L’un de ses anciens amis, Jim Murray, va même jusqu’à dire « people only knew Billy as a rapist ».

Dans mon travail, comme dans un procès, il faut tout montrer, on ne peut pas prendre parti ou seulement ne montrer qu’une facette. Je savais ce que je ressentais et mon opinion, mais je savais aussi que je devais tout montrer et dire.

Olivier Megaton pour Salon.

La chronologie du documentaire est assez particulière, puisqu’il commence directement par les faits de 1977. Ce choix vient du réalisateur, qui explique dans une interview que son objectif était de rappeler que c’était, avant tout, un criminel.

C’est un bon point. Ce n’est que dans le deuxième épisode qu’est abordée la partie sombre de son enfance, lorsqu’il se faisait abuser par son beau-père Chamler. Selon les psychiatres, il se serait enfermé dans de multiples personnalités afin de s’éloigner de cet environnement violent.

Je ne voulais pas commencer la série par son enfance […] J’ai décidé de débuter avec les viols pour que les spectateurs gardent en tête qu’il a violé quatre femmes en dix jours.

Olivier Megaton pour Moviemaker.

Mais malgré tout, pourquoi mentionner les « monstres » de Billy dans le titre, si c’est pour, au final, faire une sorte biopic de sa vie? Les deux premiers épisodes sont passionnants et très intéressants puisque l’on a des détails pertinents sur l’affaire et le TDI. Les deux derniers traitent de la médiatisation et la starification du personnage. Cette facette consternante et méconnue de l’affaire, aussi intéressante qu’elle soit, traine un peu en longueur tandis qu’il aurait été plus intéressant d’avoir un plus de détails sur les différentes personnalités, comme le fait Daniel Keyes dans Les Mille et Une Vies de Billy Milligan (1982).

L’un des nombreux dessins de Billy Milligan, sur lequel figurent « les indésirables », ces personnalités les plus machiavéliques. Adalana, la femme au centre, est la personnalité avec laquelle il a commis les viols.

Lou Tabarin

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