I love Pinochet : le documentaire critique des fans du dictateur chilien

Sorti en 2001, I Love Pinochet a été réalisé par la cinéaste chilienne Marcela Said. Pour son premier documentaire, la réalisatrice donne la parole à différents individus exprimant leur amour pour le dictateur Augusto Pinochet.

La dictature militaire au Chili a duré de 1973 à 1990 et le plébiscite de 1988 a permis une phase de transition. Le 16 octobre 1998, le dictateur a été arrêté à Londres. Cependant, il n’a pas été officiellement condamné pour ses crimes et n’a jamais eu la possibilité d’être jugé pour ces violations des droits de l’homme. C’est précisément dans ce contexte que le documentaire nous fait découvrir une catégorie spécifique de personnes : « les Pinochetistas ». Devant la caméra, ils témoignent de leur amour pour le dictateur. De ce point de vue et après la dictature, le documentaire illustre les conséquences du système politique et social de Pinochet.  Ses objectifs sont annoncés dès le début du documentaire : « Qui sont les Pinochetistas et que pensent certains d’entre eux qui contrôlent encore des aspects importants de l’opinion publique nationale ?

L’originalité du documentaire repose sur cette approche bien spécifique. La cinéaste a décidé d’interviewer les partisans du dictateur Pinochet, reconnu coupable de plus de 3 000 disparitions et de milliers de tortures. Aujourd’hui, les conflits se poursuivent et la population, comme le montre le documentaire, est divisée en deux catégories. Le film met en évidence la complexité du phénomène, qui touche différentes générations et différentes classes sociales elles-mêmes convaincues des intentions du système ultra-libéral et autoritaire mis en place par Pinochet.

Transitions entre les entretiens

La cinéaste Marcela Said intervient oralement dans son documentaire à travers une voix off. Ces transitions sectionnent le film et ajoutent un contexte socio-historique : « Le dictateur Pinochet a pu échapper à la justice internationale » […] « dans mon pays, un pourcentage élevé de citoyens soutient l’ancien général, même s’ils sont conscients des violations des droits de l’homme ». Les transitions entre les interviews sont coupées par des images de la ville de Santiago de Chili. La musique varie entre le rap local et la musique lounge chilienne. Elles sont utilisées par le cinéaste pour intégrer des commentaires qui expriment une position claire et subjective contre l’idéologie de Pinochet. La transition entre la rue et une autre interview est amorcée de manière assez fluide. Après avoir interviewé un couple de personnes de la classe supérieure, la caméra voyage en bus avec un habitant modeste jusqu’à son domicile.

Le pinochetisme et la diversité des classes sociales

Le documentaire donne la parole à différents individus qui partagent un amour pour le dictateur. Comme nous l’avons observé lors des élections, le Oui représente 44% de la population. Qui sont ces individus qui voient le dictateur comme un véritable héros-sauveur ? De la classe moyenne à la classe supérieure en passant par la classe modeste, presque tous sont identifiés par leur volonté de montrer un amour inconditionnel pour le dictateur. La caméra est placée au niveau des protagonistes de manière à créer l’impression d’une conversation frontale entre le public et les participants.  Les entretiens sont généralement neutres, de sorte que la réalisatrice n’intervient généralement pas au cours de ceux-ci. Le discours ne change pas en fonction de la position sociale des individus. Tous justifient les actes nécessaires de Pinochet et de son coup d’État, qui ont rétabli, selon eux, le calme au Chili. L’interview de la famille modeste montre comment le général était perçu par les jeunes : comme un véritable père-sauveur. Pinochet est, selon eux, l’incarnation du bien contre la menace du mal : le communisme, « ceux qui n’ont pas d’amour dans leur cœur », comme le déclare la jeune fille. À droite, une famille de classe inférieure, et à gauche un groupe d’amis de classe supérieure. Sous l’amour éternel pour le général, les deux groupes ont le même discours pinochetiste, méprisant les communistes et « les traîtres à la nation ». Les prises de paroles sont caractérisées par une grande émotion, tant par des sentiments d’amour éternel et de reconnaissance pour le général, que par des déclarations de haine et de dégoût envers ceux qui ne soutiennent pas le dictateur.

Tous justifient les actes nécessaires de Pinochet et de son coup d’État, qui ont rétabli, selon eux, le calme au Chili.

Entretiens avec d’importantes personnalités pinochetistes.

Des personnalités telles que le père Raúl Hasbún, l’officier militaire retraité Cristian Labbé Galilea et l’avocat Fernando Barros apparaissent dans le documentaire. Leur présence donne du poids à l’argument. Il s’agit de fervents activistes qui soutiennent Pinochet, comme c’est le cas de l’avocat Fernando Barros, qui a participé à la défense du général détenu à l’époque à Londres. Les mouvements de caméra pendant les transitions suivent la vitesse des voitures. La caméra frontale arrête ce déplacement et concentre l’attention sur la personne interrogée. Cette dynamique permet d’établir un certain rythme tout au long du documentaire. Le mode d’enregistrement à hauteur d’homme facilite l’association de l’objectif de la caméra avec les yeux du public, qui vit l’expérience du face à face avec les participants. Les inconnus représentent une partie du peuple chilien et apportent une légitimation sentimentale et affective. A droite, l’avocat Fernando Barros. A gauche, une capture d’écran du journal La Nación annonçant les résultats du plébiscite de 1988. Si le Oui était passé et si le parti de Pinochet était resté au pouvoir, les témoignages du documentaire seraient-ils la normalité au Chili aujourd’hui ?

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