Chine : « Naitre et ne pas être », ou la politique de l’enfant unique

Tourné en 2014, le documentaire d’environ 40 minutes présente la vie et le destin de ces jeunes nés  « en trop », que l’État ne reconnait pas et condamne par tous les moyens.

Chine, 2015. Après plus de 35 ans de limitations et d’abus, le gouvernement de Pékin, met fin à la politique de contrôle des naissances. Mais quelles en ont été les conséquences pour la société chinoise ? Quelques mois auparavant, en avril 2014, Marjolaine Grappe s’est rendue sur place pour tourner un reportage riche en émotions publié par ARTE en collaboration avec l’agence Orientxpress. Après un long travail d’enquête, la journaliste et réalisatrice française a pu rencontrer et échanger avec des heihaizi, littéralement « enfants noirs ». Ces enfants, conçus de manière illégale, sont obligés de passer toute leur existence cachés, privés des droits fondamentaux de toute société civilisée. L’État leur interdit en effet d’avoir des papiers d’identité, d’aller à l’école primaire pendant leur jeunesse, de se marier, avoir un emploi ou même de prendre le train. Forcés de vivre dans l’ombre, au crochet de ces parents qui les ont mis au monde et qui devront subvenir à leurs besoins pendant toute leur vie.

Coupables de naître, condamnés à ne pas être…

L’évolution de la politique du planning familial

Lie Xue et sa famille : ses parents et sa sœur ainée | © Christophe Barreyreq
Lie Xue avec sa famille : ses parents et sa soeur ainée | © Christophe Barreyreq

Une situation à la limite de l’absurdité nous est présentée, car ces jeunes ont comme seule faute celle d’être le deuxième enfant de leur famille et d’être nés dans le pays surpeuplé de Mao Zedong. Pendant les dernières années, les règles se sont progressivement assouplies et de plus en plus d’exceptions sont prévues. Depuis 1984, dans les milieux ruraux un deuxième enfant est toléré si le premier est une fille. De plus, le versement à la naissance d’une somme de 5000 yuans garantit la reconnaissance du nouveau-né par le gouvernement. Néanmoins, le montant correspond souvent à plusieurs mois de salaire pour une famille modeste, ainsi que les stérilisations et les avortements forcés restent à l’ordre du jour dans tout le pays.

Le combat de Lie Xue

Accompagnée du reporter caméraman Christophe Barreyre, la journaliste Marjolaine Grappe recueille les témoignages de ces familles bannies de la société. Le spectateur se retrouve impliqué dans la narration de l’histoire de la jeune Li Xue, une victime de la politique du planning familial. Depuis sa position d’invisibilité et d’impuissance, elle a passé des années à étudier le code civil à la recherche d’une faille dans la loi qui l’empêche d’avoir une identité. Son témoignage est déchirant et sa force remarquable. Ses parents, responsables de cette condition, ne peuvent pas retenir leurs larmes lors de la énième sentence qui nie à leur fille cadette l’obtention des papiers d’identité. A ces moments de forte empathie s’opposent des scènes frappantes qui montrent la mise en pratique de la loi. Un village rural ayant pris à cœur les règlementations de Pékin organise tous les trois mois une journée d’échographie des femmes résidentes de tout âge, afin de détecter, signaler et interrompre à temps les éventuelles grossesses illégitimes. Le résultat est un documentaire touchant qui montre quelle vie attend ces enfants qui n’avaient pas le droit de venir au monde.

Un portrait de Lie Xue | © Christophe Barreyreq

Giulia Pandolfi

À la une : Aperçu du documentaire sur la plateforme ARTE Reportage | © Christophe Barreyreq

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