Le Portrait d’une femme noire pour le plaisir du regard blanc.

Un visage sans nom. Un corps sans identité. C’est ce que montre l’artiste Marie-Guillemine Benoist à travers sa toile Portrait d’une femme noire en 1800, 6 ans après le premier décret de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Dans un contexte où la place octroyée aux femmes artistes est des plus limitée, Marie-Guillemine Benoist brise tous les codes. C’est une femme, peignant une femme, noire, dénudée.

© Photo RMN-Grand Palais – G. Blot via L’Histoire par l’Image

Cette femme noire se retrouve au centre de la toile, sur un beau fauteuil, un bijou à l’oreille droite. Cette position centrale n’est absolument pas commune pour une femme noire à l’époque. Le fait qu’elle soit représentée de la sorte encore moins. Elle se démarque d’autant plus que la couleur de sa peau contraste de manière flagrante avec le fond clair et le blanc immaculé de son foulard et de sa tunique. L’éclat plus clair de ses yeux sur sa peau sombre attire l’attention sur son regard. Ce dernier, bordé de cernes, est criant de détresse. Malgré sa peine, ce n’est pas à elle de détourner le regard. C’est aux spectateurs qui fixent ce visage et ce corps dénudé d’avoir honte.

Cependant, ce corps est abandonné au regard sadique du spectateur fasciné par la nudité mêlée au désespoir de cette femme qui n’en est plus vraiment une. Avec sa peau riche et sombre, elle n’est qu’un tissu chatoyant de plus parmi ceux de cette toile. Elle n’a pas vraiment quitté son statut d’esclave et demeure un bien à posséder. Dénudée, elle appartient déjà à l’œil qui la regarde, que ce soit celui de la peintre ou des spectateurs, tous blancs. Elle n’est plus qu’un corps noir et non une personne à part entière. Au delà de ses vêtement, c’est son nom même qui lui a été retiré. L’ancien titre de l’œuvre était simplement Portrait d’une Négresse.

L’abolition de l’esclavage n’a pas été accompagnée de la fin de l’objectification du corps noir. Que ce soit en 1794, 1848 ou aujourd’hui, la représentation du corps noir demeure un sujet complexe. Même si une femme noire a aujourd’hui un nom, Madeleine, la lutte contre la déshumanisation et l’exotisation dont sont victimes les populations noires dans les pays occidentaux est loin d’être terminée.

ACL.

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