L’ascension de Spotify : L’évolution de l’industrie musicale

L’utilisation des plateformes de streaming et de production audio a explosé ces dernières années. La plateforme de streaming créée par le suédois Daniel Ek en 2006, fait partie des grands noms de son secteur.

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Selon The Verge, Spotify compte 345 millions d’utilisateurs actifs mensuels, et les statistiques suggèrent que ce nombre ne fera qu’augmenter. Cependant, le succès de Spotify en tant que société s’accompagne d’une longue liste d’avantages et d’inconvénients pour les artistes et les consommateurs qui constituent la base d’utilisateurs de la plateforme.

Formats numériques et formats physiques

De nos jours, la musique est principalement consommée sous forme numérique, soit par téléchargement, soit par streaming.

En tant que phénomène moderne, l’histoire de la musique enregistrée est récente. Auparavant, la seule façon d’écouter de la musique était de l’écouter en direct. Ensuite, en 1887, le phonographe est apparu et a ouvert la voie au développement de nouvelles technologies et de nouveaux formats d’enregistrements. Plus tard sont arrivés les disques vinyles, les bandes magnétiques, les disques compacts, les MP3 et enfin les plateformes de streaming. 

Développé en 1992, le format MP3 est devenu connu de tous qu’après 1999, avec la création de Napster. Cette application controversée a permis à des milliers d’utilisateurs de partager de la musique sous forme de fichier audio MP3, dans ce qui pourrait être la plus grande bibliothèque musicale jamais constituée. Elle a, par la suite, donné naissance à des plateformes comme iTunes. Shawn Fanning, l’un des deux fondateurs américains de Napster, a déclaré à BBC World Service que “pour la première fois de toute l’histoire, la musique était disponible en ligne pour tout le monde ». Les maisons de disques ont ensuite transformé cette idée en un modèle commercial. Aujourd’hui, les plateformes de streaming numérique changent totalement la façon dont nous consommons la musique.

Quel est le format préféré des artistes ? Painting Shadows est un groupe originaire de Berlin, composé d’Ario Behshad, Jan Pablo Arce Lemke, Luca Alacán Friedrich et Pedro Riera Hipp. Ces quatre étudiants utilisent à contrecœur les formats numériques : « Nous n’avons pas vraiment le choix. Il est beaucoup plus coûteux de sortir notre musique dans un format physique que dans un format numérique ».

Jack Campbell, musicien et ingénieur du son dans le Colorado, est beaucoup plus enthousiaste à l’égard de la technologie moderne et partage qu’il « choisirait toujours les supports non physiques plutôt que les CD. » Il défend également Bandcamp, un site américain d’achat et d’écoute de musique en ligne qui met en avant les artistes indépendants. Contrairement à Spotify, il n’est pas nécessaire d’avoir un label, un distributeur ou une personne intermédiaire sur Bandcamp. Ce dernier donne la priorité aux artistes. Spotify donne la priorité aux auditeurs.

Si les plateformes de streaming connaissent un tel succès, c’est parce qu’ « il est devenu très facile d’écouter de la musique » explique le groupe allemand. En effet, pour un petit abonnement mensuel (la version Premium de Spotify coûte 9,99€ par mois), et même gratuitement si vous êtes prêt à renoncer à certaines fonctionnalités très pratiques, vous pouvez avoir accès à des milliers d’albums et de chansons. Tout ce dont vous avez besoin est votre téléphone, afin de stocker de la musique que vous pouvez télécharger sur internet, car Spotify peut même être utilisé hors ligne.

Mais à un prix aussi bas, quels sont les coûts réels pour les artistes et les consommateurs ? 

Perspectives sur le droit d’auteur  

En échange d’un petit abonnement mensuel, Spotify offre aux usagers un accès instantané et illimité à la musique du monde entier et de l’histoire.  

Par contre, au cours des dernières années, les artistes se sont plaints de plus en plus de ne pas recevoir une compensation équitable de la part de certaines plateformes de streaming musical. 

L’industrie du streaming fait actuellement amende honorable et propose une aide financière directe ou indirecte pour soutenir la communauté musicale.  Ces services consistent notamment à permettre aux artistes de collecter des fonds par le biais de leur profil Spotify ou à permettre aux artistes de poster et de diffuser leur contenu aux fans depuis chez eux. 

Spotify paie désormais des droits d’auteur et donne des compensations pour les créations originales dans le but de s’adapter aux besoins des artistes et des utilisateurs.   

Les questions de propriété intellectuelle et les possibilités de création entrent toutes deux en ligne de compte dans le débat sur la question de savoir si Spotify représente ou non une issue à la crise des labels musicaux.  Le montant payé pour les téléchargements représente environ 70% des revenus générés par la vente, la publicité et les abonnements payants.

Les statistiques de l’IFPI, l’association qui représente l’industrie du disque dans le monde, montrent qu’en 2020, 46 % des revenus mondiaux des maisons de disques proviendront des services numériques en ligne.   

Depuis sa création, Spotify a fait valoir que les diffusions en « streaming » garantissaient des droits de reproduction ou de distribution en vertu de la loi sur le droit d’auteur.    

 La page principale de la politique de Spotify en matière de droits d’auteur affirme que :

Spotify respecte les droits de propriété intellectuelle et attend de ses utilisateurs qu’ils en fassent de même. Si vous êtes titulaire d’un droit d’auteur, ou le mandataire du titulaire d’un droit d’auteur, et si vous estimez qu’un contenu disponible directement via le Service Spotify porte atteinte à vos droits d’auteur, nous vous remercions de bien vouloir nous en informer

Spotify droits d´auteur

Malgré ce credo, Spotify a conclu un accord avec la National Music Publishers Association (NMPA) en 2016 pour assumer la responsabilité des redevances qui n’avaient pas été payées depuis la création de la société.   

Bien que la politique de Spotify en matière de droits d’auteur semble être solide, des doutes subsistent aujourd’hui quant à ses principes.

Le streaming nourrit-il son artiste ?

L’énoncé de mission autoproclamé de Spotify déclare vouloir « libérer le potentiel de la créativité humaine – en donnant à un million d’artistes créatifs la possibilité de vivre de leur art… »  Il y a actuellement plus de 3 millions d’artistes en streaming sur Spotify. Mais combien de ces artistes vivent uniquement de leurs œuvres publiées sur la plateforme ? En d’autres termes, les artistes sont-ils réellement rémunérés pour leur travail ? C’est l’un des principaux problèmes que les artistes rencontrent avec le géant du streaming.

La rémunération reçue par les artistes de la part de Spotify se décompose en trois éléments.

1. Les redevances mécaniques s’accumulent chaque fois qu’un consommateur diffuse un fichier audio sur Spotify.

2. Les redevances d’exécution publique stipulent que chaque diffusion d’un fichier audio sur Spotify est considérée comme une exécution publique.

3. Les paiements aux propriétaires d’enregistrements sont versés aux propriétaires de droits d’auteur d’un enregistrement et représentent généralement le pourcentage le plus important d’un paiement global.

Fourni par Soundcharts Blog.

Que signifie tout cela ? Selon les calculs effectués par Soundcharts, les artistes sur Spotify reçoivent la somme énorme de 0,0032 $ par stream.

Pour Jack Campbell, ce calcul signifie qu’atteindre plus d’un million de streams n’équivaut pas à la rémunération de rockstar que certains peuvent imaginer. La chanson la plus populaire de Campbell, Absentee (2013), a été diffusée plus de 1,9 million de fois sur Spotify. Cependant, la rémunération pour cet exploit par ailleurs impressionnant s’élève à environ 3 000 dollars par an.

Painting Shadows

Dans d’autres situations, la rémunération reçue de Spotify est juste suffisante pour couvrir les frais de ses services. Painting Shadows paie la rémunération annuelle relativement faible de 50€ à son distributeur, Distrokid. Leurs chansons les plus populaires étant Unsettled Boy et Flowers on Cocaine (2019) avec respectivement 31 000 et 17 000 streams, les bénéfices financiers de la diffusion de leur travail sur Spotify sont directement reversés dans les frais payés à leur distributeur.

Bien sûr, se soutenir en tant qu’artiste dans l’industrie musicale est fait d’innombrables dynamiques qui dépassent le monde du streaming. « La carrière d’un musicien a toujours consisté à donner des concerts et à mettre en place autant de sources de revenus fiables que possible, par le biais de produits dérivés, de tournées, de la vente de CD, du streaming… Spotify pourrait certainement payer plus, mais il n’est qu’une pièce du puzzle, » disait Campbell.

Les autres pièces du puzzle

En 2021, Spotify a atteint le seuil de 155 millions d’abonnés premium, sur ses 345 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Spotify a écrasé la concurrence avec son offre premium abordable, notamment pour les étudiants, tandis que leur principal concurrent, Deezer, se targue du nombre respectable de 7 millions d’utilisateurs premium. Le mastodonte suédois est la tendance actuelle et la plateforme que les artistes du monde entier se doivent de viser s’ils veulent toucher un large public. Cependant, pour chaque avantage que Spotify peut offrir à un artiste, des inconvénients sont à prendre en compte.

Produire plus de contenu augmente la visibilité des artistes. Les playlists « Découvertes » générées par Spotify ont changé la manière dont nous écoutons de la musique. Spotify utilise un algorithme qui collecte des données sur nos habitudes et goûts et va ensuite nous recommander des musiques qui vont correspondre à ces goûts, et surtout des musiques à la popularité grandissante. L’algorithme détermine qu’une musique est en train de gagner en popularité si cette dernière ne se fait pas sauter par la majorité des utilisateurs durant les 30 premières secondes d’écoute. Spotify est donc un service de streaming qui fonctionne comme un réseau social, d’où l’importance de la popularité.

Painting Shadows estime d’ailleurs que l’aspect compétitif de ce réseau nuit à la créativité : « avoir toute la musique du monde à portée de main est incroyable mais par conséquent, la notion du dit « album-concept » est en train de disparaître et il nous semble que la musique fade, type « fast-food » va persévérer pendant que la musique sophistiquée est vouée à disparaître ». La compétition mène à la surproduction.

L’aspect compétitif de l’industrie musicale amène les artistes en devenir à s’interroger sur leur volonté de vraiment s’engager dans une carrière musicale, surtout à un moment clé où le streaming numérique surpasse la vente de copies physiques. Les objectifs évoluent pour les musiciens, maintenant que le succès se mesure en nombre d’écoutes et téléchargements.

La transition numérique semble s’être installée dans l’esprit des artistes, cependant la valeur des accomplissements et du succès reste subjective. Jack Campbell, qui utilise Spotify depuis une décennie en tant qu’artiste et consommateur, « ne dirait pas que l’action de publier de la musique sur Spotify est un accomplissement » bien qu’il admette que tout le procédé de créer et enregistrer de la musique est toujours aussi satisfaisant. De leur côté, Painting Shadows ont vu Spotify comme « une bonne opportunité pour partager nos idées via la musique avec nos amis et familles » ce qui en soit est une réussite indiscutable. Spotify offre aux artistes du monde entier une plateforme où ils peuvent partager l’art qu’ils ont créé, mais cette dernière influence et façonne la manière dont on crée et écoute de la musique. 

Spotify : Bien parti pour durer ?

Tous les indicateurs montrent que Spotify est un élément de la communauté des plateformes de streaming qui restera populaire pendant des décennies. Cependant, la fluctuation des avantages et des limitations offerts aux artistes et aux consommateurs actifs sur la plate-forme déterminera le degré de popularité de l’application. Pour l’instant, elle semble disposer d’une base d’utilisateurs suffisamment stable pour lui permettre de tenir tête à des concurrents tels qu’Apple Music. Cela dit, le passé du monde numérique montre qu’il suffit d’un nouvel arrivant pour faire tomber un empire.

Article redigé par: Erdem Ozgunay, Madelyn Colvin, Shamene Rajendrabose et Elaine Nava

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