« Ici, en France, la gestion des hôpitaux est catastrophique »

Thomas Baranger à 28 ans et est infirmier dans une clinique psychiatrique en région parisienne. Depuis le début de la pandémie il a gardé son travail mais avec un changement de planning constant. Il a partagé avec CultureXchange son vécu depuis le mois de mars 2020 et son point de vue par rapport au statut d’infirmier en France.

Ce n’est pas par vocation qu’il a choisi ce métier mais plutôt car ses parents étaient déjà dans le milieu hospitalier. Au départ il voulait être tireur d’élite dans la gendarmerie, un métier qui demande de fortes capacités physiques et psychologiques; mais il a choisi l’infirmerie aussi pour le côté « service à la personne ». Il s’est spécialisé dans la psychiatrie pendant ses études, et ça l’a intéressé surtout pour le côté relationnel. Il travaille dans une clinique privée, qui contrairement à ce qui se passe dans les hôpitaux publics a beaucoup d’argent grâce au remboursement de l’État (au tour de 200.000€). Mais cette argent ne va pas vers le personnel, ce qui peut peser quand les horaires de travail ne sont pas faciles.

Comment la pandémie a affecté ton travail ?

La clinique a été touché directement. Pour la première vague (en mars), 3 sur 4 patients sont rentres chez eux. De ce fait, l’organisation a été très difficile à gérer car il fallait construire des équipes pour moins de patients et mixer les infirmiers et les médecins. Mon planning changeait tous les jours. Je pouvais recevoir un message le soir comme quoi je devais travailler le lendemain. J’étais dans l’inconnu. Normalement je ne travaille pas les weekends, mais j’ai dû le faire pendant toute cette période. Tout ça m’a empêché d’avoir une routine, de m’organiser moi-même pour faire du sport ou d’autres activités. Ce n’était pas facile.

Et pour les patients ?

Eux, ils étaient en lien par téléphone (5j/7 normalement) donc on a du tout gérer a distance. On a gardé uniquement ceux qui étaient en danger et ne pouvaient pas rentrer chez eux. Tout ça a créé des difficultés psychiques. Surtout pour les adolescents qui ont déjà des fragilités psychologiques, ça a été très difficile. Dans les hôpitaux psychiatriques les gens sont en crise. Nous, on est déjà en crise, et les patients sont encore plus touchés. Le côté psychique on n’en parle pas trop. Ceux qui sont déjà fragiles ont un impact psychologique réel. Les soignants doivent gérer leur propre stress pour ne pas transférer ça aux patients. On a eu uniquement une réunion pour parler de la crise, ouverte à la parole. Après ça il n’y a eu aucun suivi, il n’y avait rien de mis en place, pas de psychologue pour nous… Les soignants on leur demande de faire, mais pas de question pour leur santé.

Tu fais quelque chose pour te changer un peu les idées en dehors du travail ?

On s’est jamais arrêtés de travailler. La phrase « métro – boulot – dodo », résume très bien ma vie ces derniers temps. Je n’ose pas me plaindre, j’ai de la chance de pouvoir continuer à travailler. Mais le ressenti du temps est bizarre. Déjà les loisirs dehors ne sont pas possibles donc on est obligés de faire beaucoup de choses à la maison pour faire passer le temps. Des jeux vidéo, du footing… des activités d’évasion.

Comment trouves tu le statut de l’infirmier en France ?

Pas de nouveautés : nous sommes sous-payés, mal traités par le management… On suit des ordres car les hôpitaux et cliniques sont des entreprises donc il faut faire du chiffre. On a un taux de remplissage de lits à faire mais il n’y a pas de patients. On est souvent en sous-effectif. Les infirmiers donnent beaucoup, ils sont souvent en épuisement. Pour la pandémie ils nous ont versés la prime de 1500€.. C’est une belle vitrine mais c’est juste un prétexte pour étouffer le feu et faire taire les gens. Les conditions de travail n’ont pas changé. Le salaire a augmenté de 90€ mais c’est grâce à une bataille depuis des années. J’ai des connexions en Allemagne et les offres d’embauche peuvent aller entre 3000/4000€ par mois. Et aux États-Unis les infirmiers ont pu gagner dix fois plus pendant cette période. Ici, en France, la gestion des hôpitaux est catastrophique. On peut inventer plein de choses mais ça ne fait que mettre les gens en colère. Ça créé un faussé.

Vu sur archives.coordination-nationale-infirmiere.org

Que penses-tu du vaccin qui arrive ?

Il faut éviter de passer trop de temps à lire sur le vaccin. Il y a des informations sans source et c’est souvent à cause des réseaux sociaux, mais on peut aussi dire des choses qui sont peut-être vraies… Bien sûr qu’on peut douter. Moi je suis obligé de me faire vacciner pour mon travail. Mais le vaccin est aussi pour se protéger. Peut-être qu’il y aura des conséquences sur le long terme, qui sait. Il y a du business derrière, c’est à nous de voir si on fait confiance ou pas.

En parlant des réseaux sociaux, que penses tu (en tant qu’infirmier) des courants complotistes qu’on y voit ?

Le complotisme a toujours existé. Les gens ont besoin de recréer autre chose pour se rassurer. C’est aussi une forme de contrôle et de dire « moi j’ai raison ». Le fait de ne pas savoir crée le besoin de remplir les cases vides. Pour le cas du Coronavirus, on ne voit pas les gens dans les hôpitaux (juste ce qu’on voit dans les médias), donc c’est difficile de croire à tout ce qui se passe réellement.

Pour finir, quels sont pour toi les commerces ou activités essentielles qui devraient rester ouvertes ?

Salles de sport peut-être, le cinéma, les salles de spectacle… Il y a tellement de choses à gérer, mais ça ne va pas faire du mal à se divertir. Tout ça contribue au bien être général. Tout dépend de la question sanitaire. Les arts du spectacle meurent jour après jour. Je suis curieux de connaitre le chiffre des suicides et des troubles générés par toute cette période. On ne parle pas de tout ça, les troubles psychiques et les maladies mentales, surtout avec le confinement et la solitude. Le secteur psychologique est débordé.

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