L’enfer des entrepôts amazon

Couverture : Fulfillment center à Staten Island © The Guardian

Toujours plus vite au détriment des salariés, voilà la stratégie d’Amazon. Le géant américain doit une grande partie de son succès à la rapidité de ses délais de livraison. Rien ne serait possible sans les milliers d’employés qui s’affairent dans les entrepôts de la compagnie. Seulement, les conditions de travail de ces salariés sont critiques comme l’indique un rapport réalisé par l’association Attac. 

Le diable s’habille en Alexa. Amazon compte près de 645 000 employés dans le monde. En Europe, les fulfillment centers (centres logistiques) de l’entreprise sont présents dans 9 pays dont la France. Amazon profite des différences économiques entre les pays. Ils utilisent les centres logistiques présents en Pologne pour livrer les clients allemands. En réalité, le « siège » de Varsovie ne correspond qu’à une boite aux lettres. Cela permet à Amazon d’exploiter les travailleurs polonais qui bénéficient d’une faible protection sociale et de salaires beaucoup moins élevés que leurs voisins allemands. Le droit du travail en Pologne étant limité, les salariés des entrepôts en Pologne doivent faire face à une activité épuisante. 

Portrait d’une employé Amazon dans le cadre d’une campagne publicitaire © Youtube

Bien qu’une récente campagne de publicité d’Amazon tente de redorer l’image des fameux entrepôts en affichant des portraits d’employés très reconnaissants. Les révélations sur les conditions de travail dans les entrepôts sont sans équivoque. Le rapport d’Attac indique « les travailleuses et travailleurs, spécialisé.e.s à chaque tâche sont soumis à la pression d’un travail toujours plus accéléré et harassant. Sur certains postes les salarié·e·s marchent plus de 15 kilomètres par jour et portent souvent des charges lourdes. Le règlement de l’entreprise impose une productivité en hausse constante ».

Notamment, la position des « pickers » est particulièrement stressante puisqu’ils sont équipés d’un appareil électronique qui suit leur efficacité en tant réel. La pression mise sur ces employés est extrême. Amazon est même en train de développer un bracelet qui pourrait guider les gestes des employés afin d’être le plus productif possible. Une telle volonté de contrôler les travailleurs à ce point est alarmante. D’autant plus que chaque salarié doit affronter l’épreuve du feedback en fin de journée qui passe sa performance en revue. En France ces entretiens ne sont pas mis en place de la même manière, mais en Pologne ce dispositif peut aboutir à des sanctions sur les employés. Le rapport d’Attac précise que « un accord portant sur un moratoire du feedback – suspension de ce dispositif de contrôle et notation pendant 4 mois entre octobre 2018 et janvier 2019 – a été gagné par les salarié·e·s » mais cela n’est qu’un début. 

Un “picker” dans un centre logistique Amazon © IdeaStream

Les conséquences de telles conditions de travail sont terribles. De nombreux travailleurs et anciens salariés souffrent de problèmes de santé et de maladies professionnelles. Attac rapporte que les syndromes d’épuisement, les accidents de travail et les licenciements pour inaptitude sont fréquents. Il semble que ces conditions difficiles influent les départs prématurés de beaucoup de personnes. Par exemple, à Montélimar les salariés en CDI restent en moyenne pas plus de 2 ans et demi. 

Amazon exploite ses employés dans leurs propres entrepôts. De façon plus indirecte, l’entreprise exploite aussi des salariés dans des industries du monde entier. La plateforme continue de vendre des articles fabriqués dans des usines insalubres du Bangladesh malgré l’effondrement du Rana Plaza en 2013. Alors qu’après ce drame de nombreux distributeurs se sont engagés à ne plus utiliser ces usines, Amazon continue d’en tirer profit. 

“J’ai manqué un quart de travail à Amazon et ils ont tué mon petit cousin” Tweet se moquant d’Amazon © Twitter

En somme, ces terribles conditions de travail sont alimentés par la culture du leadership poussé à son paroxysme que cultive Amazon. D’ailleurs, l’entreprise affirme que son succès vient des 14 principes érigés par Jeff Bezos. Cette petite bible du management compte des commandements tels que « obtenir des résultats », « l’obsession du client », « s’investir personnellement » ou encore « privilégier l’action ». Au final, Jeff Bezos dont la fortune s’élève à 200 milliards de dollars continue de s’enrichir aux dépens de ses salariés. 

Kamissa Ba.

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