Le père Noël est Jeff Bezos

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pendant les fêtes, tandis que les commerces souffrent de plusieurs restrictions sanitaires, Amazon se frotte les mains! Le géant des ventes en ligne « accroit ses avoirs au détriment du reste de l’humanité et de la planète », dénonce un rapport de Attac France.

Qui n’a jamais cédé à la tentation d’acheter un produit en toute commodité depuis son canapé?  Créé en juillet 1994 par Jeff Bezos, Amazon est désormais devenu le symbole de notre société basée sur la consommation et sur la rapidité. Le système sur lequel il s’appuie, né aux Etats Unis et importé successivement en Europe, est aussi simple que malin. Vous cherchez un livre? Une idée de cadeau pour votre nièce? Vous avez fini un produit ménager ou les biscottes pour le petit déjeuner de demain matin? Ou simplement vous vous ennuiez et vous avez envie de faire les magasins tout en restant en pyjama? La réponse à toutes ces demandes est Amazon. Parce que sur la plateforme de la multinationale tout est disponible et à portée de main, livré à ta porte dans l’espace d’une demie journée. Un service de toute commodité, si on ne creuse pas sur ce qui se trouve derrière sa façade. 

Les sapins de Noël cette année se rempliront un peu plus de cadeaux achetés sur Amazon | © Rex Features – Geoff Moore

En effet, la conduite de la multinationale états-unienne présente plusieurs côtés sombres, qui ne semblent pas être pris en considération par ses millions d’utilisateurs dans le monde entier. L’imposition d’un commerce global, dépassant les frontières, nuit aujourd’hui aux petits et aux grands commerçants nationaux. C’est ce qui est évoqué par Attac France dans son rapport « Impunité fiscale, sociale, environnementale : immersion dans le modèle Amazon » de novembre 2019. Si sur le plan écologique le géant des ventes a un impact climatique alarmant, sur le plan fiscal la situation est encore moins responsable. Selon les estimations d’Attac, Amazon dissimulerait 57% de son chiffre d’affaires du marché français. Cette pratique lui permettrait une évasion fiscale massive, mettant l’entreprise en concurrence déloyale face aux commerçants locaux. 

L’ouverture de nouveaux entrepôts, à partir des années 2000, a été accueillie avec un grand enthousiasme au sein de l’Hexagone. Sous prétexte de la création de nouveaux emplois, la multinationale a toujours bénéficié d’importantes facilitations fiscales dans tous les pays où elle s’est implantée. Cela n’étant en aucun cas justifié, l’entreprise a d’ailleurs démontré une insouciance par rapport aux conditions de ses employés, souvent précaires et mal payés. Pour ce qui concerne l’économie des commerces, notamment dans la vente de livres, l’imposition de la plateforme en ligne a provoqué une chute de 12% des effectifs salariés en librairie. Il a par ailleurs déterminé une croissante homogénéisation de la demande du marché, grâce à des recommandations ciblées et mise en avant des produits les plus vendus. La multinationale est tellement influente que des millions d’entreprises locales ont été obligées de vendre leurs produit sur sa plateforme marketplace, qui leur offrirait une meilleure visibilité sous la contrainte de plusieurs conditions. 

L’économie du livre face à la menace Amazon | © Les Echos

Un choix moral s’impose alors : jusqu’à quel point nous est-il permis de fermer les yeux sur les dérives de ce marché pour garantir notre confort? Mais il y a des domaines dans lesquels les français privilégient encore l’éthique, on pense notamment à la lecture. Ainsi, certains commerces parviennent à résister à la crise. L’Hexagone compte aujourd’hui, selon le rapport Attac, un total de 3200 points de vente de livres sur le territoire, plus qu’aux États Unis! Cependant, la situation sanitaire actuelle a augmenté considérablement le chiffre d’affaires d’Amazon. Tous les commerces non essentiels étant fermés pendant le premier confinement, la vente en ligne a véritablement explosé et Amazon encore une fois était au premier rang. De la même manière, pendant le mois de décembre dernier la population a été tourmentée par un questionnement : rester chez soi et privilégier les achats en ligne ou favoriser les commerces physiques et risquer ainsi des rassemblements dans les rues où encore dans les centres commerciaux? Malheureusement, la situation actuelle nous contraint à faire des nombreux compromis. C’est le dilemme auquel est confrontée la pluspart des consommateurs. Il n’y a effectivement pas une solution définitive à ce problème et les français ont alors été reprimandés pour avoir laissé les magasins vides ou pour les avoir trop remplis. Nous espérons alors que la nouvelle année nous facilite la tâche et que nous puissons plus souvent nous unir au combat d’Intermarché et d’autres commerçants en disant « désolé Amazon ».

Giulia Pandolfi

À la une : Papa Noël trie les colis chez Amazon dans une vignette de Andy Ventura | © Andy-ventura.blogspot.com

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