Bezos rigole, mais Attac s’attaque au géant US

Société – En 2019, l’association française Attac s’est penchée sur la toute-puissance de la plateforme dans un rapport révélateur. Enquête sur une compagnie qui vous veut du bien… ou pas ?

En un clic, vous avez commandé un puzzle de 1000 pièces incroyablement peu coûteux auquel vous savez pertinemment que vous ne toucherez pas pendant le confinement ? Merci Amazon, le géant de la distribution rapide et des tarifs les plus bas du marché. Vous vous êtes déjà demandé qui ce qui se cache derrière tous vos achats compulsifs sur le site, ou plutôt qui ?

Source: SiècleDigital

Amazon c’est l’entreprise à plusieurs centaines de milliards de dollars de Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde en 2020. Amazon c’est aussi une des entreprises les plus catastrophiques en terme de respect des travailleurs.

Frontières, transports, intérimaires, pression et surveillance, tous les moyens sont bons pour Amazon afin de minimiser les coûts de distribution. Derrière son apparente légalité, Amazon a en fait le pouvoir magique de se faufiler à travers les mailles du filet. Un premier exemple serait le placement de leurs entrepôts. Avec ses deux centres logistiques idéalement placé à la frontière polonaise avec l’Allemagne, Amazon n’hésite pas à profiter des législations qui lui sont les plus avantageuses. Pour fournir plus facilement son plus gros demandeur européen, l’Allemagne, et garder ses prix ultra compétitifs, Amazon ne s’est pas implanté en Pologne par hasard, un exemple : le droit de grève n’est pas aussi accessible en Pologne que chez ses voisins français et allemands. En revanche, les centres logistiques de Szczecin et de Wroclaw n’en sont pas moins surchargés de commandes, au contraire, et inutile de préciser que les employés polonais ne touchent pas le même salaire que chez nous non plus.

Source: Amazon.

Et si la Pologne et ses législations désavantageuses vous paraissent lointaines, la France y passe aussi. Avec plus de 25 sites logistiques, même le pays des droits de l’homme et de la grève n’est pas à l’abri des tours de passe-passe d’Amazon dans sa quête de tarifs toujours plus bas. Le plus fameux de ces tours est devenu un cliché dans le monde du travail : les intérimaires, ces zones d’ombre législatives qui travaillent autant que les autres salariés mais qui sont fragilisés par leur statut « temporaire ». Chez Amazon, les intérimaires représentent souvent la moitié des effectifs et il y a une raison officieuse : ils sont dispensables dû à leur contrat de travail, et souvent précaires. Ce ne sont pas les intérimaires qui vous croisez sur les lignes de piquet, beaucoup ne prennent pas le risque de contrarier leur patron pour éviter d’être renvoyés.

Au delà de ces dérives législatives bien dissimulées aux yeux de l’acheteur compulsif que vous êtes, certaines techniques du géant logistique pour améliorer sa productivité ne sont elles pas aussi légales. Plusieurs scandales avaient déjà éclaté aux États-Unis concernant le traitement plus que douteux de certains employés, y compris de femmes enceintes, mais le rapport d’Attac confirme les déplorables conditions de travail dans les entrepôts. Le travail des agents logistiques est déjà souvent dur (lourdes charges, grandes distance à parcourir à répétition dans les entrepôts), mais Amazon y rajoute une dimension qui se rapproche de l’exploitation. Les gestes et les déplacements des employés sont tracés et enregistrés afin de « maximiser » leur productivité. La demande toujours grandissante d’instantanéité de la part des consommateurs a de lourdes conséquences sur la santé des petites mains qui travaillent à assembler leurs commandes. L’épuisement et les accidents sont monnaie courante, mais pour Amazon les employés sont dispensables et les licenciements pour inaptitude sont délivrés sans hésitations, puisque la main d’œuvre est immédiatement remplacée. Amazon profite des protections du travail laxistes, mais aussi de catégories sociales défavorisées qui ont besoin de ce genre de travaille pour subsister.

Source: Getty Images / Capital

Si la dimension humaine d’Amazon est catastrophique, le phénomène de rapidité et de facilité que propose la plateforme est symptomatique d’une société toujours en quête de satisfaction instantanée. Avec l’apparition de l’achat via internet, les consommateurs se sont habitués à trouver tous les produits qu’ils désirent et à les recevoir tout de suite sur le pas de leur porte. Et si tout le processus de commande s’effectue grâce à la technologie pour les acheteurs, il ne faut pas pour autant oublié les êtres humains qui travaillent d’arrache-pied, souvent dans de pauvres conditions et pour des salaires minimes, pour nous fournir ces plaisirs passagers.

Emma Loiret

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