Magazines littéraires: Quelle exposition de la diversité littéraire ?


Chaque mois, la presse littéraire française doit faire face à une production littéraire très importante, afin de proposer le meilleur à ses lecteurs. Cette diversité a donc un double enjeu, puisqu’elle est aussi bien une problématique qu’un atout dont il faut tirer profit, comme nous l’a expliqué Baptiste Liger, directeur de la rédaction de LiRE Magazine Littéraire.

En 1975, Bernard Pivot et Jean-Louis Servan-Schreiber créent le magazine LiRE. À l’époque, celui-ci se compose principalement d’extraits d’œuvres littéraires, ainsi que d’une petite partie actualités et d’un cahier critique très succinct. Mais déjà, le journal regroupe tous les genres littéraires, traitant aussi bien de romans que de biographies ou d’essais. Rapidement, l’activité du mensuel se diversifie, avec l’apparition d’une nouvelle formule qui intègre des portraits, des dossiers, permettant une approche plus large de la production littéraire. Le mensuel généraliste s’impose comme référence, aux côtés du Magazine Littéraire et de Quinzaines.

Des pages bien remplies

Peu à peu, un monopole de ces titres s’instaure, renforcé il y a quelques mois par la fusion (non sans remous) entre LiRE et le Magazine Littéraire. Une union qui découle des dangers menaçant la presse écrite. Et que certains avaient déjà prédit, comme ce kiosquier parisien en 2015 : « On ne nous les demande pas bien souvent, mais ils ont quand même leurs fidèles ; malheureusement, comme partout, leurs ventes baissent clairement et je ne serais pas surpris si l’un d’entre eux venait à disparaître », disait-il à l’époque à Livre Hebdo. Et si cette action n’est pas vraiment une disparition, on s’en approche tout de même.

Cette fusion donne plus de force au nouvel organe de presse, mais se fait au détriment des livres et de leurs auteurs. Face à la production littéraire astronomique, ils n’étaient pas trop de deux pour relayer toutes les informations. Une limite dont a conscience Baptiste Liger. Cependant, comme il le souligne, « est-ce qu’il vaut mieux une voix forte ou pleins de petites voix que l’on n’entend pas trop ? ». Car les places sont chères, et une critique dans LiRE Magazine Littéraire apparaît comme le Graal pour un auteur. Seule une soixantaine d’élues sur les 7000 publications mensuelles. Mais à noter que ce nombre reste en moyenne six fois celui des rubriques littéraires de magazines généralistes.

Une surproduction littéraire

À chaque nouveau numéro, le choix se fait parmi des dizaines et des dizaines de livres. Les éditeurs croulent sous les manuscrits, et peu seront ceux à voir leur nom dans les colonnes des journaux. C’est pour les rédacteurs un travail qui commence « bien à l’avance, pour obtenir des épreuves, des préprogrammes. Pendant le (premier) confinement, je me penchais déjà sur la rentrée de septembre », nous dit Baptiste. Sans doute une raison pour que bien souvent, les rubriques littéraires de magazines d’actualités, telles que Le Monde des Livres ou Le Figaro Littéraire, se contentent d’évoquer les têtes d’affiches, au détriment d’auteurs moins connus, et parfois de la qualité des recommandations. Une problématique que nous résume le directeur de LiRE : « Il faut, partout, des têtes de gondole. Si l’on fait abstraction de toutes considérations comme ça, que ce soit les tirages ou la notoriété, on se coupe de tout un pan du public. Et par ailleurs si tu ne fais que ça, il n’y a plus de qualité ».

Vive la spécificité ?

Une des solutions s’inscrit alors dans la presse littéraire plus spécifique, avec des publications comme Alibis, spécialisé dans le polar, Casemate, dédié à la Bande dessinée, ou encore À Verse, une revue tournée vers la poésie. Si elles touchent un public moins large, elles sont le meilleur moyen de renseignement pour un lecteur cherchant des informations et des conseils sur son genre de prédilection. Malheureusement, l’économie de la presse écrite étant en péril, nombre de ces journaux spécialisés sont voués à disparaître, ou du moins à évoluer. Ainsi,  depuis 2016, la revue Alibis n’existe plus qu’en ligne, dans une version bien réduite. Un changement qui peut déstabiliser un lectorat de plus en plus vieux.

D’autres voies au chapitre

Face à ces limites, d’autres solutions s’imposent. Par exemple, les numéros thématiques (spécial polar, poésie, femmes de lettres etc.), mais aussi les hors-séries. LiRE Magazine Littéraire en a développé quatre sortes. « Nous avons les hors-séries sur des grands classiques. Victor Hugo, Flaubert. 100 pages, avec des articles de vulgarisation et des articles pointus, pour un public de néophytes ou de spécialistes. Le deuxième axe relève de la pop culture. Nous lançons aussi des hors-séries plus philosophiques. Et enfin les hors-séries langue française. C’est un angle qui est un peu à part. Nous visons des publics très différents, et cherchons surtout à montrer toutes les facettes de la production littéraire. »

Une prise de position à double tranchant. D’un côté, ces numéros offrent un accès plus large à la littérature, en intégrant d’autres arts. Ainsi, un hors-série sur Tolkien mentionnera les adaptations cinématographiques du Seigneur des Anneaux, attirant un public plus vaste. Un hors-série sur Proust contente un lectorat plus traditionnel. Mais encore une fois, cette solution fait de l’ombre aux plus petites publications, moins reconnues et recommandées. De plus, les sujets abordés dans ces publications sont bien souvent les mêmes d’un magazine à l’autre, puisqu’ils sont liés à l’actualité, et donc abordés par la presse littéraire, mais aussi par la presse plus générale (qui attire plus de lecteurs).

L’exposition comme dernier recours

Mais si la presse littéraire semble donc limiter l’expression de la diversité littéraire, d’autres moyens lui rendent hommage. Parmi eux, les salons du livre. On en compte plus d’une vingtaine en France, accueillant des centaines d’auteurs et des milliers de lecteurs. Et qu’ils soient généraux ou spécialisés, ils représentent tout le paysage littéraire, aussi bien français que mondial. Auteurs invités, auto-publiés, connus ou inconnus, tous sont conviés à venir rencontrer leurs lecteurs, et promouvoir la richesse du patrimoine littéraire. Ces manifestations sont pourtant vouées à évoluer, en particulier suite à la pandémie que nous traversons, comme le confirme Baptiste : « Ça peut durer dans le temps, mais il faut toujours croire en la possibilité de créativité et trouver une réponse, la plus adéquate possible aux demandes de tous les publics. »  Quoi qu’il en soit, ils restent des événements culturels incontournables… bien souvent couverts par les journaux littéraires !


 

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