Le coût humain de la surproductivité

Des associations se regroupent pour pointer du doigt les conséquences humaines des conditions de travail imposées par le leader de la vente en ligne.

“Travaillez dur, amusez-vous, écrivez l’histoire”: travaillez dur peut-être, amusez-vous, un peu moins. Au vu des conditions de travail de ses employés, le géant Amazon devrait sans doute revoir son slogan. En novembre 2019, l’association française Attac publie un rapport de soixante pages dénonçant l’impunité fiscale sociale et environnementale dont la multinationale Amazon bénéficie depuis de nombreuses années. Écrit en partenariat avec Les Amis de la Terre et l’Union Syndicale Solidaire, le rapport consacre toute une partie aux conséquences néfastes du modèle Amazon sur la santé des salariés.

Être toujours plus rapide, toujours plus productif. L’objectif du leader mondial de la vente en ligne n’a pas changé depuis sa création par Jeff Bezos en 1994. Mais quel est le coût humain de cette course à la productivité ? D’après le rapport du groupe Attac, les conditions de travail chez Amazon sont « parmi les plus dures du secteur » et ne sont pas sans conséquences pour de nombreux salariés.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, travailler chez Amazon c’est mettre sa santé en danger. De nombreuses activités au sein de l’entreprise telles que le rangement, l’étiquetage ou le paquetage provoquent chez les salariés une fatigue physique et morale non négligeable. Certains postes impliquent de marcher en moyenne quinze kilomètres par jour tout en portant des charges lourdes, pouvant, sur la durée, entraîner d’importantes séquelles physiques. Les syndromes d’épuisement, les troubles musculosquelettiques ainsi que les accidents du travail ne sont pas rares chez Amazon. En 2015, sur le site de Saran, sur les 901 salariés, 20 % ont été jugés « aptes avec restriction médicale » par la médecine du travail. Une enquête sur les conditions de travail au sein du groupe Amazon a été menée en 2018 en Pologne. L’inspection du travail y a notamment remarqué : «des erreurs dans les protocoles d’établissement des circonstances des accidents du travail, le défaut d’équiper les employés d’équipements de protection individuelle » exposant les salariés à de nombreux risques. 

L’enrichissement de Jeff Bezos au détriment de ses employés. ©slyngstad_cartoons sur Facebook.

Le rapport d’Attac dénonce également la manière dont la course à la productivité met en danger la vie d’autrui par un non-respect du droit du travail. L’association pointe notamment du doigt le recours fréquent aux licenciements en fin de période d’essai qui en amène plus d’un en situation précaire. Le recours au licenciement est d’autant plus alarmant lorsqu’il concerne des femmes enceintes à qui l’on aurait reproché une baisse de productivité.

Cette optique de surproductivité imposée par l’entreprise est permise par un système de surveillance et de « feedback » des plus stressant et anxiogène pour les salariés. Certains salariés sont équipés d’un appareil électronique permettant à leurs responsables de surveiller le temps qu’ils prennent pour exécuter une tâche. Ce système impose une tension permanente chez le salarié qui se sent alors épié dans ses moindre faits et gestes. A la fin de leur journée de travail, de nombreux salariés doivent effectuer un retour auprès de leur supérieur. Si en France le sujet de ces entretiens tourne davantage autour de questions de sécurité, en Pologne il s’agit plutôt d’évaluer la performance du salarié, ce qui peut parfois aboutir à la prise de mesures disciplinaires à son encontre. Lorsque l’on travaille chez Amazon, le stress dû à la surveillance ne vient pas seulement d’en haut. L’entreprise, qui prône la compétition et la performance individuelle, encourage la dénonciation de comportements qui pourraient nuire à la productivité du groupe. Ce poids mental supplémentaire rend d’autant plus difficile le travail chez Amazon. L’ensemble des conditions sont si peu favorables que sur le site de Montélimar, les salariés en CDI ne restent en moyenne pas plus de deux ans et demi.

« Nous ne sommes pas des robots » créée en réaction aux traitements déshumanisants des salariés d’Amazon. ©gmb uk

Cependant, le coût physique et moral que subissent les salariés d’Amazon n’aura peut-être bientôt plus lieu d’être. Tout simplement car l’entreprise n’aura plus de salariés. Afin de maximiser sa productivité, l’entreprise cherche à se débarrasser du facteur humain. Cela à déjà commencé et risque fortement d’impacter de manière drastique toutes les strates de la société. En 2015, la multinationale comptait 7,7 salariés pour 1 robot, en 2017, elle n’en compte plus que 4,7. L’entreprise a déjà lancé le projet de supermarché sans caisse qui pourrait laisser dans son sillage près de 170 000 caissiers et caissières sans emplois en France.

AC Lemarchand.

Image de couverture: photo de Stephanie Keith/Getty Image sur Vox.com.

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