À quoi ressemble la journée d’un livreur à vélo ?

Les livreurs à vélo sont les esclaves de la vie moderne : en poursuivant le rêve de devenir son propre chef, beaucoup subissent des injustices. ©latribune.fr

Ces travailleurs ont au moins une fois sonné à nos portes. Pourtant, l’expérience humaine derrière ces visages reste souvent dans l’inconnu.

À présent, le marché français de la livraison de repas à domicile représente 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cette modalité de livraison est très répandue dans le contexte sanitaire actuel, dans lequel la plupart des restaurants parient sur la vente à domicile pour s’en sortir. Une telle expansion se fait en dépit des conditions de travail qualifiées de “sous emploi”, par Jules Salé, ancien livreur à vélo en région parisienne.

Les livreurs de repas à domicile présentent souvent le même profil : des hommes, vers la trentaine et d’origine étrangère. On dirait des frères qui travaillent ensemble dans une petite compagnie familiale car ils se ressemblent tous un peu. Mais cette image est très loin de la réalité. Ils pédalent presque toujours pour des grandes entreprises et ne se connaissent guère. À vrai dire, ils n’ont pas de collègues. À l’exception de leur vélo, leur sac à dos et leur téléphones portables, ils travaillent en solitaire. “L’ordinateur est devenu notre collègue de travail et en même temps nos supérieurs hiérarchiques”, remarque Salé.

Dans un entretien avec France Culture, il raconte sa première expérience de livreur à vélo. L’homme de 30 ans relate comment les logiciels numériques répandus dans ce travail ont remplacé les liens humains et impactent négativement les livreurs. Il se remémore ses premiers jours de travail : “je me sens oppressé par cet ordinateur qui me surveille”. Dans son récit, il raconte que le logiciel de gestion connaissait sa localisation exacte et notifiait sa position à la gérance de la compagnie pour laquelle il travaillait – laquelle n’hésitait pas à le contacter si besoin pour qu’il se dépêche de livrer des nouvelles commandes.

“On se sent programmé”, ajoute-t-il en racontant comment la vitesse de livraison joue sur la rémunération. En effet, il y a un chronomètre dans les applications de leurs smartphones depuis lesquels ils prennent connaissance des nouvelles commandes et des adresses de livraison : “il y a un chronomètre rouge qui s’affiche et qui me dit que je suis en retard”, raconte-t-il en expliquant qu’il ne comprenait même pas comment marchait le système qui le dirigeait tout au long de la journée.

À cause du chronomètre et des temps limités entre une livraison et une autre, il affirme que les livreurs ont l’impression d’être toujours en retard, en particulier parce qu’entre deux livraisons il n’y a pas une minute à perdre : “On a du temps de trajet entre les livraisons. On doit attacher nos vélos, on doit appeler les clients, faire leur code, monter l’escalier, les attendre, regarder l’itinéraire suivant, boire un gorgé d’eau, redescendre, reprendre le vélo… Tout ça prend du temps !”, s’écrie-t-il encore très touché par cette situation.

“Je me suis senti robotisé, en fait ç’aurait pu être moi ou un drone qui faisait le boulot et ç’aurait été pareil”, conclut-il. Chaque journée n’est qu’une course contre la montre dans le trafic trépidant parisien. Les auto-entrepreneurs de la livraison à vélo roulent toujours plus vite, ignorant même parfois les feux rouges et mettant leur vie en danger à un rythme effréné. Leurs conditions de travail laissent beaucoup à désirer : ils ne sont pas indemnisés en cas d’arrêt maladie ou de chômage et ne bénéficient pas d’une mutuelle d’entreprise. En plus de cela, tout le matériel est à leurs frais : vélos, casques, smartphone… même s’ils ne touchent pas toujours le salaire minimum.

Écoutez l’emission Les Pieds sur Terre pour en savoir plus.

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