Yael Burstein : “Notre routine est devenue une routine des changements”

Lors de la pandémie due à la Covid-19 Yael Burstein a rencontré un triple défi. Chercheuse, artiste et enseignante, elle partage son expérience de cette nouvelle réalité dans un entretien pour CultureXchange.

CultureXchange : de quelle façon la pandémie a-t-elle impacté votre travail ?

Yael Burstein : « mon travail a été impacté surtout en ce qui concerne l’ordre et la priorité des projets. Mon travail d’enseignante cette année a pris de l’ampleur. En tant qu’enseignante, je travaille au sein d’une association qui vise à soutenir des écoles juives dans leurs efforts pédagogiques de formation et de développement d’outils académiques et numériques. Lors du premier confinement, mon travail a triplé. J’ai dû modifier le contenu des cours selon les modalités actuelles et les besoins de nos professeurs dans leurs enseignements à distance. »

CultureXchange : lors du premier confinement, en quoi votre routine de travail a-t-elle changé ?

Yael Burstein : « je suis passée de 60% de télétravail à 100%. Mon studio et mon bureau font désormais partie de mon petit appartement parisien : mon appartement est devenu le monde. J’ai été obligée de modifier et adapter mon espace à mes nouveaux besoins qui ont souvent changé, dû aux cycles de confinement, déconfinement et reconfinement. »

CultureXchange : en ce qui concerne votre travail créatif, au fil de cette année, est-ce que votre relation avec votre médium a changé ?

Yael Burstein : « mon désir et ma volonté sont de travailler avec des matériaux comme des colles, des couleurs fortes et des techniques manuelles : faire du collage et dessiner. Le processus créatif est beaucoup plus improvisé, indéfini, simple, intuitif et très varié. J’ai commencé beaucoup de travaux mais je n’ai presque rien terminé. Ce moment dans lequel on vit me permet d’être dans un esprit de création, dans un rythme personnel, sans l’obligation de faire « un travail fini », dans un rythme qui est défini plutôt par l’intérieur que par l’extérieur. »

CultureXchange : comment les événements de cette année ont-ils impacté votre créativité ? 

Yael Burstein : « je ne pense pas que j’aie eu un blocage, ou s’il y en avait un, je ne me souviens plus. Le plus important pour moi c’est de continuer à créer. Je pense que créer chaque jour quelque chose m’aide et me permet de trouver ma créativité à un moment ou un autre. De nos jours, l’incertitude exige beaucoup d’énergie et de créativité dans notre vie quotidienne. Avoir l’attention et les énergies pour l’art n’est pas évident. » 

CultureXchange : travaillez-vous pour une galerie ? Si oui, cela vous a-t-il permis de bénéficier d’un soutien financier lors des deux confinements ?

Yael Burstein : « non, ce sont l’enseignement et la recherche qui me soutiennent dans cette époque. Je suis assez satisfaite de ça car cela me permet d’être plus flexible avec mes expérimentations créatives pour le moment, sans avoir besoin de créer une œuvre complète dédiée à un client. » 

CultureXchange : que-pensez-vous du fait que le secteur culturel ne soit pas considéré comme essentiel par les autorités ?

Yael Burstein : « déjà, la classification des secteurs et des gens essentiels ou non essentiels est horrible ! Nous sommes tous essentiels, mais c’est aussi à nous tous de nous adapter et de modifier nos méthodes, afin de pouvoir surpasser cette situation le plus vite et le mieux possible. Le secteur de la culture engage, il impacte l’esprit des gens. Des modifications sont nécessaires, mais la classification de “non-essentielle” et la fermeture complète sont une décision non seulement triste, mais dangereuse.  » 

CultureXchange : des projets auxquels vous deviez participer ont-ils été annulés ou reportés en raison de la crise liée à la Covid-19 ? Si oui, comment avez-vous géré cette situation ? Qu’avez-vous ressenti ?

Yael Burstein : « oui, plusieurs projets ont été annulés ou modifiés. D’abord tu es déçue, puis il y a beaucoup d’incertitude et de colère, mais enfin j’essaie d’être assez attentive et ouverte afin d’identifier des nouvelles opportunités qui existent et émergent. » 

CultureXchange : à votre avis, dans ce contexte, y a-t-il une crise de créativité, ou au contraire la créativité a-t-elle été alimentée par la crise ?

Yael Burstein : « les deux. La situation actuelle est en train de bouleverser notre monde. Je pense que cette crise est aussi une opportunité d’avoir des réflexions neuves sur notre vie et notre monde artistique. Si nous pouvons aller au-delà et réfléchir sur des choses plus grandes, nous pourrons aussi en profiter. Par exemple, si on parle depuis quelques dizaines d’années de l’art pour tous et pour chacun, le moment est peut-être venu de l’art chez chacun, par chacun. »

Propos recueillis par Rosalia ROMANO

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